À l’approche de la soutenance de son mémoire de fin d’étude, Emilie a appris la rechute de son cancer. Sa demande d’anticipation pour valider son diplôme a été refusée par le rectorat, au nom d’un principe d’égalité. Une double peine pour cette mère de famille de Castres (Tarn) qui a déjà mobilisé des milliers de soutiens. Voici tout ce qu’il faut savoir.
Lorsqu’on lui diagnostique un cancer en 2019, Emilie fait un choix : se battre. Elle affronte un lymphome, un cancer du système lymphatique, et parvient à le vaincre. De cette épreuve, elle ressort avec une décision claire : changer de vie.
À 41 ans, cette coiffeuse installée à Castres entame alors une reconversion. Direction Toulouse, où elle se forme pour devenir éducatrice spécialisée. Deux années d’efforts, d’engagement, et un objectif en ligne de mire : obtenir son diplôme.
« Je voulais me recentrer et j’ai bénéficié d’un apprentissage qui s’est très bien passé », raconte-t-elle. Les résultats suivent. Tous les modules sont validés. Elle termine même major de sa promotion. Une seule étape reste à franchir : la soutenance orale de son mémoire, un entretien d’une trentaine de minutes prévu entre le 8 et le 12 juin 2026.Un dernier obstacle, avant de tourner la page.
Mais le 20 avril dernier, une nouvelle brutale tombe. Le cancer est de retour. Son oncologue lui annonce une rechute et la mise en place imminente d’un protocole de soins lourd, incluant une chimiothérapie. Le calendrier, lui, ne change pas. Et l’évidence s’impose : dans cet état, Emilie ne pourra pas soutenir son mémoire.
Dossier et certificat médical de l’oncologue
Face à l’urgence, elle sollicite le rectorat de l’académie de Toulouse. Sa demande est simple : pouvoir passer son oral de façon anticipée. Elle fournit un dossier médical complet, un certificat circonstancié de son oncologue, et rappelle sa situation administrative : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), invalidité catégorie 2. La réponse tombe : refus.

« Pour le rectorat, ça serait un manque d’équité, explique la Castraise très en colère. Et ce, malgré la présentation de mon dossier médical dans son intégralité et d’un certificat médical circonstancié de mon oncologue. »
En France, les examens sont encadrés par des règles strictes destinées à garantir l’égalité de traitement entre candidats. Mais pour Emilie, cette règle devient une impasse. « Avec le traitement, je ne serai pas en capacité de tenir des propos… Je ne comprends pas la décision du rectorat… C’est une aberration, je me sens mise à l’écart de la société. »
Car derrière cette décision, il y a aussi une réalité concrète. Une formation financée au prix de sacrifices. Deux années d’investissement. Et une échéance désormais hors de portée. « Je veux passer mon diplôme, assure-t-elle. Je me suis pleinement investie, j’ai le soutien de mes camarades et de mes professeurs… »
Une pétition en ligne
Sans session de rattrapage en septembre, et avec un protocole de soins qui doit s’étendre sur un an, la perspective est vertigineuse : une validation de diplôme repoussée à juin 2028. À condition, encore, que son état de santé le permette. En attendant, Emilie refuse de se résigner. Elle a lancé une pétition la semaine dernière. Près de 2000 signatures ont déjà été recueillies.
Contacté, le rectorat maintient sa position, tout en évoquant une marge d’adaptation : « Les épreuves orales se déroulent du 8 au 12 juin, conformément à un calendrier académique fixé pour l’ensemble des 270 candidats. […] Toutefois, pleinement consciente des contraintes spécifiques rencontrées par Madame F., la division des examens et des concours du rectorat a veillé à apporter une réponse adaptée. Ainsi, tout sera mis en œuvre pour lui permettre de passer son épreuve orale au jour et au créneau horaire de son choix, y compris avec un ajustement de dernière minute, dès lors que celui-ci s’inscrit dans la période fixée du 8 au 12 juin. »
Entre calendrier administratif et urgence médicale, le compte à rebours est désormais lancé.
















