Claude, un patient de 76 ans, est mort après l’agression d’un voisin de chambre en février 2025 à l’hôpital Garonne de Toulouse. Sa famille dénonce une surveillance défaillante, une mauvaise prise en charge et saisit la justice d’une nouvelle plainte. Cette famille s’interroge : comment de tels drames peuvent-ils survenir ?
« Cela arrive ! Voilà ce que j’ai entendu de la part d’un interne après les violences subies par mon père. Que penser ? Comment un homme, confronté à des difficultés cognitives importantes, que l’on place en confiance pour que sa fin de vie soit plus douce, peut-il être agressé par un autre patient dont on sait, par ailleurs, la violence ? Comment une agression en fin de journée ne provoque-t-elle aucune intervention des équipes soignantes ? Comment peut-on attendre plusieurs heures avant de transférer la victime aux urgences, puis de la ramener dans sa chambre alors qu’il souffrirait d’un hématome intracrânien, sans doute détecté mais pas soigné, ce qui va provoquer sa mort ? Comment ? »

Ces questions, sans réponse, obsèdent les membres de la famille de Claude L., mort à 76 ans à Toulouse. « Mon père a terminé sa carrière à la direction de l’Aviation civile après avoir commencé dans l’Armée de l’air, puis au service de l’État. C’était un spécialiste des instruments de navigation. Il aimait son métier. Retraité à 67 ans, il s’occupait de beaucoup de choses mais, peu à peu, son état s’est dégradé », confie son fils, Emmanuel.
Agressé un mois après son admission
D’abord de petits oublis, des mots croisés introuvables, l’informatique, une de ses spécialités, qui bloque et sa mémoire qui défaille. « En 2024, il a été hospitalisé pour un premier bilan. En mars, il est revenu chez lui mais les hallucinations devenaient fréquentes. La nuit, il déambulait, perdu. Des effets connus de la dégénérescence cérébrale. Pour ma mère comme pour lui, cela est devenu progressivement impossible », confie son fils.
En janvier 2025, le retraité est placé à l’hôpital Garonne « dans un service spécialisé ». Le dimanche 9 février, il est agressé par un probable voisin de chambre. Quatre jours plus tard, il décède. Un drame incompréhensible, au regard des circonstances et de la violence d’un, voir de deux patients. « L’homme soupçonné était identifié comme violent. Et cela ne nécessitait pas plus de surveillance, plus de vigilance ? Au regard de ce profil, est-il sérieux de l’installer dans une chambre au bout du couloir ? » D’autant plus qu’avant le drame, plusieurs incidents avaient été identifiés. « Sans que personne ne nous en parle », s’agace le fils.
Rechercher les responsabilités
Après la mort de Claude, le parquet a ouvert une enquête, puis une instruction. « Les deux hommes âgés, qui pouvaient être impliqués, ont été mis en examen. Ils sont morts depuis. Il est de toute manière probable qu’ils auraient été jugés irresponsables. Les concernant, l’instruction a été clôturée », explique Me Camélia Navarre-Alidor, avocate de la famille de Claude.
Après plusieurs mois de réflexion, la famille a décidé de saisir la justice. « Une plainte pénale a été déposée au parquet », confirme Me Navarre-Alidor. « Au-delà de la prise en charge de mon père après l’agression que j’estime catastrophique, je ne comprends pas la surveillance qui était mise en place à l’hôpital Garonne. Elle était, a minima, inadaptée. Et nous l’affirmons : de telles situations ne peuvent être tolérées et elles ne peuvent pas arriver ! Et oui, elles ne doivent plus arriver. C’est l’objectif de cette plainte. La justice doit rechercher les responsabilités et les fautes. Pour notre père, l’époux de notre mère, il est malheureusement trop tard mais, dans un hôpital, de telles violences sont inimaginables et inacceptables ! »
Interrogé, le centre hospitalier n’a pas souhaité réagir aux reproches de la famille « au regard de l’instruction judiciaire toujours en cours ».













