Le Département de la Seine-Saint-Denis présente ce lundi 11 mai un nouveau plan d’urgence pour les enfants et adultes en situation de handicap. En cause : un manque de places jugé persistant dans les établissements médico-sociaux, malgré les financements déjà annoncés.
La Seine-Saint-Denis remet le sujet du handicap sur le devant de la scène ce lundi 11 mai. Le Département organise une visite de l’EEAP “Les Mille Couleurs”, à Bondy, avant un temps d’échange avec des élus, des associations, des gestionnaires d’établissements et des personnes concernées. Stéphane Troussel, président du Département, Stéphane Blanchet, vice-président chargé de l’autonomie, et Stephen Hervé, maire de Bondy, sont attendus sur place. Cette prise de parole doit accompagner un nouveau plaidoyer en faveur d’un grand plan d’inclusion pour les enfants et les adultes en situation de handicap du territoire.
Un département toujours très peu doté
Selon le Département, 190 000 personnes vivent aujourd’hui en situation de handicap en Seine-Saint-Denis. Ce chiffre aurait progressé de 20 % entre 2022 et 2025. La collectivité affirme que le territoire reste l’un des moins bien équipés de France métropolitaine en structures médico-sociales. Pour les moins de 20 ans, le taux d’équipement en places d’hébergement hors accueil de jour atteint 4,8 places pour 1 000 personnes, contre 7,9 au niveau national. Chez les adultes, il tombe à 1,8 place pour 1 000 personnes, contre 4,3 en moyenne nationale. Dans son document, le Département résume sa position avec une formule forte : « L’égalité républicaine ne peut plus être à géométrie variable. »
Des besoins encore très importants
Une première mobilisation avait déjà été menée en 2023 avec l’Agence régionale de santé. À l’époque, près de 5 000 solutions nouvelles avaient été jugées nécessaires pour rattraper le retard du territoire. Depuis, le Plan Inclus’IF a permis d’annoncer 720 nouvelles places en Seine-Saint-Denis, dont 313 pour les enfants et 410 pour les adultes.
Mais le Département estime que ces créations restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. La feuille de route évoque plus de 7 000 enfants en recherche active d’une solution. Parmi eux, 4 500 chercheraient un accompagnement par un service d’éducation spéciale et de soins à domicile et 2 500 une place en institut médico-éducatif. Au total, plus de 13 000 enfants disposent d’une notification d’orientation de la MDPH.
Des familles souvent sans solution adaptée
Le manque de places a aussi des conséquences directes sur les familles. Certains enfants restent à domicile avec des aides jugées insuffisantes. D’autres se retrouvent dans des structures qui ne correspondent pas à leurs besoins. Le Département évoque également la situation des enfants suivis par l’Aide sociale à l’enfance. Plus de 15 % des enfants accompagnés par l’ASE en Seine-Saint-Denis seraient en situation de handicap. Parmi eux, 213 attendraient une place dans un établissement ou un service médico-social. Dans son plaidoyer, la collectivité estime que ces ruptures entraînent une perte de chance importante pour les jeunes concernés et une pression supplémentaire sur leurs proches.
Les adultes également concernés
Les adultes en situation de handicap sont confrontés aux mêmes tensions. Selon les chiffres présentés, plus de 15 000 adultes disposent d’une notification d’orientation de la CDAPH. Parmi eux, 3 500 seraient actuellement en recherche active d’une admission dans une structure adaptée. Le Département évoque aussi plus de 1 500 situations dites complexes, lorsque l’orientation proposée n’a pas pu être appliquée ou lorsque la solution actuelle n’est pas adaptée. Faute de places, certaines personnes restent plus longtemps que prévu à l’hôpital ou dans des structures pour enfants. D’autres partent vers la Belgique. La Seine-Saint-Denis indique que 600 adultes et 54 enfants ayant une notification de la MDPH du territoire y sont actuellement hébergés.
Cinq demandes adressées à l’État
Face à ce constat, la collectivité formule cinq propositions. Elle demande d’abord le financement de projets déjà prêts pour créer des places supplémentaires destinées aux enfants. Elle souhaite aussi renforcer les dispositifs chargés des situations complexes. Le Département appelle également à développer des solutions pour les personnes en situation de handicap vieillissantes, dont les besoins augmentent. Les deux dernières demandes portent sur le niveau national : une répartition plus équitable des financements et une meilleure prise en charge de tous les enfants en situation de handicap, quelle que soit la situation administrative de leurs parents. « Nous appelons l’État à prendre la mesure de la situation de notre territoire », écrit le Département.
Un message politique et social
Pour Stéphane Troussel et Stéphane Blanchet, cette démarche vise à obtenir un rattrapage durable. La collectivité ne présente pas cet appel comme une demande ponctuelle, mais comme une réponse à un retard structurel. Le Département affirme vouloir garantir « les droits, l’autonomie et l’inclusion » des personnes en situation de handicap. La conférence de presse organisée à Bondy ce 11 mai doit donc servir à porter ce message avec les associations, les établissements et les personnes concernées.


















