Remis d’une petite entorse au pied, le N.8 international du Stade Toulousain (28 ans ; 10 sélections) revient au sein d’un groupe à la production inconstante. À deux matchs d’une éventuelle demie à Marseille, et alors que le triple champion de France en titre reçoit Lyon, ce samedi 30 mai à Ernest-Wallon, à l’occasion de la 25e journée de Top 14 (14h30), l’heure n’est pas à l’affolement.
Est-ce dur pour une reprise d’affronter une chaleur pareille ?
Oui. Après, on a l’habitude. Chaque année, je crois qu’à cette période, à plus ou moins quinze jours, on a toujours une semaine ou deux où il fait très chaud. Mais c’est vrai que le premier entraînement quand on reprend, ça fait toujours un peu bizarre (sourire). Surtout qu’on a coupé la semaine dernière, mais c’est toujours agréable, il vaut mieux ça qu’avoir de la pluie.
Cette semaine de coupure lors des finales européennes a-t-elle été bénéfique, tant physiquement que mentalement après la lourde défaite à La Rochelle (10-38) ?
Pour ma part, j’étais là la semaine dernière parce que je m’étais fait une petite entorse au pied, donc je devais faire des soins. Mais je crois que ça a permis à tout le monde de couper un peu dans une saison qui est très longue.
L’UBB, club d’où vous êtes arrivé depuis bientôt quatre ans, vient de remporter sa deuxième Champions Cup de rang. Y a-t-il une ambivalence de sentiments vous concernant ?
Dans ces semaines-là, quand on voit les autres gagner, on a toujours envie d’y être. Donc ça nous fait aussi réfléchir sur notre fin de saison. Ça ne fait que nous donner de la motivation. C’est toujours particulier quand tu es un adversaire et que tu as été éliminé par l’équipe qui gagne. Tu as forcément envie d’être dans ces moments. On a eu la chance de le vivre il y a deux ans. On avait pour habitude d’aller au moins jusqu’en demi-finale et de vivre des campagnes européennes assez pleines. Cette année, elle a été un peu en dents de scie. C’est pour ça que ce sont toujours des semaines assez frustrantes, parce que je crois que l’ensemble de l’équipe a envie de jouer ces grands moments, ces grands matchs. Ce sont des souvenirs qui restent gravés à jamais. Après, comme je l’ai toujours dit, j’ai encore quelques amis là-bas et félicitations à eux parce que je crois que sur la compétition et sur la finale, ils l’ont amplement mérité. Par rapport à ça, il n’y a rien à dire. Désormais, on a la chance et l’opportunité de pouvoir gagner un titre en Top 14, donc on est focus sur le Top 14.
On a l’impression que vous êtes branchés sur courant alternatif depuis votre élimination européenne. Comment abordez-vous ces deux derniers matchs de la phase régulière, face à Lyon puis au Racing 92 ?
C’est vrai qu’on a eu un parcours en dents de scie, à l’extérieur comme à domicile. Je pense que sur les prochains matchs, il faut qu’on arrête un peu de penser à cette fin de saison. On a eu la chance d’avoir une certaine avance, qui s’est diminuée à deux victoires à l’approche des dernières journées. Donc peut-être qu’inconsciemment, ce matelas de points nous a fait, par moments, être en demi-teinte, en pensant au futur plutôt qu’au présent. Je crois que le seul objectif de la semaine qu’on a, c’est de prendre ce match, de battre Lyon à domicile. La première des choses, c’est de retrouver une certaine forme de souveraineté à domicile parce que la dernière fois, on a déçu nos supporters au Stadium (24-27 contre Clermont, NDLR). Il y avait une histoire particulière autour du match et on n’a pas su faire les choses correctement. Et en plus de ça, quelques mecs s’en vont (Dimitri Delibes et Naoto Saito, NDLR). On va tout faire pour honorer leur dernière sortie à domicile. Donc on veut juste gagner ce match de Lyon, et ce qui reste après, on aura le temps d’en parler.
À quoi attribuez-vous votre relâchement ?
Je pense qu’il y a plein de facteurs qui entrent en jeu. Mais encore une fois, on n’a aucune excuse. On ne doit en aucun cas se cacher derrière ça. Il y a d’autres équipes qui ont des parcours similaires au nôtre. Tout le monde n’est pas allé jusqu’au bout dans les compétitions européennes et pour autant, il y a d’autres équipes qui réussissent et qui sont constantes, à l’image de concurrents comme Pau, le Stade Français ou La Rochelle depuis quelques matchs. C’est juste ce petit truc qui fait qu’on va retrouver petit à petit confiance dans ce qu’on fait de manière constante. Je pense qu’on peut être à la fois dithyrambiques et très négatifs à notre égard. Je pense qu’on n’est pas si loin que ça. Et on le voit, on est capables sur des matchs, comme quand on veut réagir à Toulon, de faire de grosses performances. On est capables de faire de bons matchs. Il faut juste que chacun d’entre nous monte le curseur comme on a su le faire auparavant sur des échéances comme ça. Individuellement, il faut qu’on hausse le curseur pour pouvoir apporter au collectif. Et j’espère que ça nous sourira.
N’y a-t-il pas parfois un manque d’indulgence vis-à-vis de vos performances ?
Quand tu as l’habitude de gagner, quand tu as un historique comme le club a, une expérience énorme, beaucoup de joueurs internationaux, forcément que les attentes sont énormes. Et je pense que c’est aussi ça qui nous a permis, dans le passé, d’aller chercher au-delà de ce qu’on est capables de faire tous les jours. On connaît les règles du jeu. On sait très bien que quand tu gagnes beaucoup, tu peux être à la fois adulé mais à la fois critiqué. Quand ça va un peu moins bien et qu’on s’attend à beaucoup de choses parce que tu es une équipe avec beaucoup de joueurs d’un certain niveau, forcément tu déçois. On a toujours eu l’habitude de gérer cette pression, il n’y a pas de raison qu’on ne soit pas capables de le faire. Après, comme je le disais, chacun doit individuellement hausser le curseur dans tout ce qu’il fait. Dans sa préparation, dans les semaines de match, dans les préparations de match, pour se mettre dans des dispositions mentales pour attaquer les matchs dans l’idée de tous les gagner. Je crois que ça a été une période particulière où, comme on n’avait pas l’obligation de gagner tous les matchs pour être directement qualifiés, peut-être qu’il y a eu parfois des moments d’errance qui ne nous ont pas aidés. Je crois qu’il faut repartir sur des choses simples et juste gagner les matchs. Et notamment celui-ci de ce week-end à domicile, pour être sûrs de finir dans les deux premiers.
Vous dites que vous n’êtes pas loin mais de l’extérieur, on a l’impression que vous n’êtes jamais arrivés à ce moment-là de la saison dans cette configuration…
Ce sont les personnes de l’extérieur qui jugent et qui sont à même d’en parler. Mais nous, de l’intérieur, je pense qu’il n’y a aucun doute. On est tous conscients qu’une équipe de haut niveau, tout sportif de haut niveau, à des moments, a peut-être des périodes de moins bien. On fait tout chaque jour pour essayer de trouver les solutions, de modifier certaines choses, de se remettre en question sur ce qui n’a pas été. De toute façon, c’est quelque chose d’assez bateau, mais la seule chose qu’on peut contrôler, c’est la manière dont on s’entraîne, se prépare, travaille. Et il n’y a que ça qui nous a toujours permis de rebondir. Je crois qu’il faut qu’on arrive à retrouver sur les rencontres à venir une certaine constance, et notamment aussi dans la durée du match. C’est-à-dire ne pas avoir des trous parce qu’on a vu aussi que quand on a eu des victoires, il y a des passages dans le match où on est peut-être un peu moins bien. Il faut essayer de retrouver cette solidité tout au long du match, même si des fois tu peux perdre des matchs en tombant contre meilleur. Mais nous, on est confiants, on sait qu’on est capables de le faire et je pense qu’on n’est pas devenus, du jour au lendemain, une mauvaise équipe. On sait qu’on a la qualité et surtout, on a un groupe qui est assez exceptionnel. Donc, on fera tout pour ne rien lâcher.
À titre individuel, c’est votre quatrième saison à Toulouse et on a l’impression que vous n’aviez pas encore jamais connu une saison aussi mitigée. Est-ce votre ressenti ?
Oui, clairement, c’est un fait. J’ai eu surtout, comme je l’avais dit au début d’année, une période un peu compliquée en début d’année avec deux ou trois petits pépins physiques et deux ou trois contre-performances. Quand tu es dans une dynamique de groupe, les mecs à côté sont très bons et j’avais un peu moins ma place en tant que titulaire. Je trouve que depuis la période des doublons de novembre, j’ai retrouvé des sensations. C’est vrai que là, malheureusement, sur les deux matchs de phases finales (Bristol et l’UBB en Champions Cup, NDLR), j’étais blessé donc ça ne m’a pas permis d’enchaîner. Mais je retrouve des sensations. Je me suis toujours senti bien quand j’ai enchaîné les matchs. Et c’est vrai que cette année, même si j’ai joué quand même pas mal de matchs, une grande partie, il y a eu ces petits moments où je n’ai pas forcément enchaîné. Je pense que ça m’aurait permis d’avoir encore plus de rythme et d’avoir de meilleures sensations. Donc moi, je me sens bien. Je me sens bien sur le terrain, je me déplace et j’essaie d’apporter ce que j’ai toujours essayé d’apporter à l’équipe. Sur la touche, mon déplacement et le jeu pour essayer qu’elle soit encore meilleure.
Plutôt de bon augure avant la période qui arrive, surtout au sein d’une troisième ligne où les blessures s’accumulent…
Malheureusement, dans les saisons qui sont ultra longues et ultra intenses, il y a toujours des blessés au moment des phases finales, de plus ou moins longue date, et on a toujours malheureusement trois, quatre, cinq absents importants. Alors on essaie d’en avoir le moins possible, mais c’est vrai qu’en troisième ligne, on n’est pas épargnés. Notamment avec les blessures d’Antho (Jelonch), de Mathis (Castro-Ferreira), de Léo (Banos), qui sont des mecs qui comptent énormément pour nous. Mais comme toujours, on ne va rien lâcher et les mecs qui seront sur le terrain feront tout pour défendre les couleurs du Stade.













