Un nouveau procès pour une tentative d’assassinat, fin juillet 2022 à Toulouse, replonge depuis trois jours la cour d’assises de la Haute-Garonne dans la guerre des clans autour du contrôle des points de deal. Cette fois, au cœur de la cité Bourbaki, dans la Ville rose. Entre deux accusés en fuite, d’autres libres mais peu présents, des témoins silencieux et une victime absente depuis l’ouverture des débats, la vérité peine à émerger. Quel verdict la cour d’assises spécialement composée va-t-elle rendre ?
Un léger bourdonnement traverse la cour d’assises de la Haute-Garonne ce mercredi 27 mai. Le bruit des ventilateurs installés dans la salle d’audience pour lutter contre la chaleur torride qui y règne. Presque les conditions dans lesquelles les faits que la juridiction doit juger sont reproduits. Dans la nuit du 25 au 26 juillet 2022, l’été était effectivement bien installé.
Sofiane, sur les coups d’une heure du matin, croyait dénicher une affaire fructueuse. Il avait été, en effet, contacté par Samia pour une opération de fausse monnaie. Hélas, il a été vite refroidi. Lorsqu’il arrive sur le point de rendez-vous, rue de l’Isère, près du château de l’Hers, sa Mercedes Classe A est criblée de balles par vingt-deux rafales d’armes automatiques. L’homme en réchappe miraculeusement.
Deux accusés en fuite
Presque deux ans plus tard, quatre hommes et une femme sont jugés depuis vendredi dernier pour ces faits. Seulement, pas simple. Déjà, Sofiane n’assiste pas au procès de ceux qui n’étaient pas loin d’être ses bourreaux. Le temps a-t-il fait son ouvrage ? Cela apparaît peu probable.
La victime se serait retrouvée liée dans une sanguinolente guerre de clans se battant pour un point de deal dans le quartier de Bourbaki. Un lieu de vente efficace à l’époque dans la Ville rose et donc rémunérateur. Au cours de l’été 2022, le contrôle de ce point de vente a fait l’objet de confrontations violentes, sans foi ni loi, et a donné lieu à plusieurs règlements de comptes.
La nature de ces faits et le particularisme des accusés obèrent la bonne tenue des débats devant la juridiction criminelle. Entre la fuite de deux accusés, des témoins qui refusent de comparaître probablement par crainte et le mutisme des accusés pas franchement rassurés, il est ardu de démêler le vrai du faux.
Poussé dans ses retranchements par l’habileté de la présidente de la cour d’assises, Valérie Noël, l’un des accusés résume la situation : « C’est des mecs, à tout moment, ils peuvent nous éteindre. Donc bien sûr, on fait ce qu’ils nous disent… »
Des implications discutables ?
Néanmoins, ces difficultés à lever le voile sur cette nuit du 25 au 26 juillet 2022 risquent de poser problème à l’accusation. L’implication de certains prévenus semble effectivement vacillante. À commencer par celle de Samia, à laquelle il est reproché d’avoir pris contact par Snapchat et de lui avoir tendu le guet-apens. Celle-ci nie toute connaissance du projet meurtrier.
Le verdict approche. Ce jeudi, les avocats des parties civiles, Mes Aimé Diaka et Laurie Castanet, vont plaider pour les victimes, suivis de près par le réquisitoire de l’avocat général Cyril Padilla. Enfin, les plaidoiries des avocats de la défense, incarnée par Mes Sarah Nabet-Claverie, le bâtonnier Pierre Dunac, Victor Font, Hichem Laredj et Alexandre Parra-Bruguières, vont se succéder.
Le verdict de la cour d’assises spéciale, composée uniquement de six magistrats professionnels, est attendu soit tard ce jeudi, soit demain vendredi.










