Au mois d’avril, un retraité Toulousain a été contacté par un faux conseiller bancaire. Il fallait mettre ses valeurs au coffre « pour les protéger ». Près de 50 000 euros de bijoux et de Louis d’or ont changé de main et vite disparu. L’homme chargé de récupérer ces souvenirs a été retrouvé grâce à ses empreintes laissées dans l’appartement de la victime. Un garçon de 20 ans qui assume devant le tribunal correctionnel de Toulouse malgré une mémoire bien défaillante.
« Ces vols par ruse se multiplient dans notre ressort. C’est grave et inquiétant », prévient le procureur Céline Pagès. Dans son tee-shirt ample, Naim 20 ans affiche une attitude presque désabusée. Avec ses airs d’adolescent, il affronte sans angoisse apparente le tribunal correctionnel de Toulouse, sous le regard peu conciliant de ses parents. « Les infractions qui vous sont reprochées sont punies de cinq ans d’emprisonnement », lâche le président Didier Suc pour ramener ce jeune homme à la réalité.
En garde à vue après son arrestation le 21 mai 2026, devant les policiers, il a joué les innocents, affirmant ne pas comprendre les reproches formulés. « On a retrouvé vos empreintes dans l’appartement de la victime », rappelle le président. Un petit « oui » arrive en réponse. « Vous reconnaissez ? » « Oui… »
Recruté pour 500 euros via les réseaux
« Pourquoi n’avoir rien dit aux policiers ? » « J’ai eu peur », affirme ce garçon. « De quoi ? » Pas de réponse. Quant aux actes reprochés, un vol par ruse, ils rappellent étrangement l’affaire de la semaine dernière au cours de laquelle un autre retraité toulousain a été dupé par de faux conseillers qui ont réussi à s’emparer de plusieurs centaines de milliers d’euros d’or.
« Le 21 avril, un faux conseiller de la BNP Paribas, la banque de la victime, a appelé cet homme pour le convaincre de mettre ses valeurs en sécurité. Et c’est vous qui êtes allé les chercher… » Naim confirme. « J’ai été recruté par une annonce. Pour 500 euros. Moi, je ne savais pas ce que contenait la boîte que je devais récupérer », tente le jeune livreur.
« Enfin, Monsieur, vous êtes plus qu’un simple livreur. On a retrouvé dans votre téléphone une vidéo avec les bijoux. Et la victime a expliqué que vous n’avez pas voulu lui montrer votre carte d’identité. ‘Faut faire confiance aux agents de la BNP’, lui avez-vous dit. Gonflé ! », s’agace la procureure.
La victime, un retraité de 77 ans trompé par un faux conseiller, « au discours parfaitement rodé, qui lui a mangé le cerveau », constate le président Suc, a quand même pris en photo la voiture du livreur. Grâce à ses empreintes, les enquêteurs de la division de la criminalité territoriale ont remonté la piste. Mais bijoux et Louis d’or restent introuvables. « Moi, j’ai juste remis la boîte », affirme le prévenu. « À qui ? », insiste le président. « Je ne sais pas… »
Trou de mémoire ou volonté d’éviter les ennuis ? La question reste en suspens. La procureure Céline Pagès fustige « ce bras armé ». Malgré l’absence de casier judiciaire, hormis une simple amende, elle requiert deux ans de prison, dont dix mois fermes à effectuer sous bracelet électronique. « Avec l’obligation de réparer les dommages dans le cadre du sursis probatoire », prévient la magistrate.
Pour la défense, le vrai escroc « n’est pas là »
La défense jongle « avec ce subalterne » poursuivi faute de donneur d’ordres. « Bien sûr, ces faits sont révoltants, mais lui, en réalité, il va à la facilité. On lui promet 500 euros pour récupérer une boîte. Il ne réfléchit pas plus loin. On peut lui reprocher, mais le vrai escroc ne se trouve pas devant vous ! », plaide Me Éric Mouton.
L’avocat voulait un sursis simple et éviter un maintien en détention. Le tribunal fait un autre choix : dix-huit mois de prison dont douze mois avec sursis probatoire, mais avec un maintien en détention. « L’aménagement se fera plus tard. Et Monsieur, ne vous trompez pas : votre jeunesse vous évite un séjour plus long en détention. »
Absente de l’audience, la victime peine à oublier. « Les bijoux volés appartenaient à son épouse, aujourd’hui décédée. Ces souvenirs, il ne les retrouvera plus, prévient Me Laura Negrini, son conseil. Et forcément, il s’en veut aussi de s’être laissé duper. »














