La Cour des comptes a condamné Nicole Bigas, présidente de l’association Confluences à Montpellier, à une amende de 4 000 euros après plusieurs irrégularités relevées dans la gestion des Internationales de la Guitare. Rémunérations, bail, subventions publiques ou gouvernance : les magistrats financiers pointent une série de manquements jugés graves autour du célèbre festival occitan.
Dans l’Hérault, la culture occupe une place importante dans l’identité et l’attractivité du territoire, entre festivals, grandes manifestations musicales et événements soutenus par les collectivités locales. Parmi eux, les Internationales de la Guitare se sont imposées au fil des années comme l’un des rendez-vous culturels les plus connus de Montpellier et de sa région.
Créé dans les années 1990, ce festival musical mêlant concerts, découvertes d’artistes et salon de la lutherie attire chaque année des milliers de spectateurs en Occitanie. Mais derrière cette vitrine culturelle, la Cour des comptes pointe aujourd’hui une série d’irrégularités financières jugées graves dans la gestion de l’association Confluences, organisatrice de l’événement.
L’affaire porte sur plusieurs décisions prises entre 2018 et 2019 au sein de cette structure, notamment autour de la rémunération et du recrutement du directeur général du festival, Talaat El Singaby, fondateur historique des Internationales de la Guitare.
Nicole Bigas condamnée à une amende de 4 000 euros
La décision a été rendue le 22 mai 2026 par la chambre du contentieux de la Cour des comptes. Nicole Bigas, présidente de l’association Confluences, a été condamnée à une amende de 4 000 euros pour plusieurs irrégularités de gestion.
La procédure faisait suite à un contrôle mené par la Chambre régionale des comptes Occitanie sur les exercices 2018 à 2022. Un rapport publié en 2024 relevait déjà de nombreuses anomalies autour de la gestion financière de l’association.
Les magistrats évoquaient notamment une fréquentation du festival dont « les données n’apparaissant pas fiables », mais aussi des subventions publiques particulièrement importantes accordées à la structure. Selon ce rapport, plus de 500 000 euros d’argent public étaient versés chaque année à l’association via différents financements institutionnels.
Les Internationales de la Guitare au cœur des critiques de la Cour des comptes
Dans sa décision, la Cour des comptes reproche à Nicole Bigas d’avoir accordé une indemnité de départ à la retraite à Talaat El Singaby en décembre 2018 sans autorisation du conseil d’administration.
Quelques mois plus tard, le fondateur historique du festival avait été recruté à nouveau comme directeur général à compter de juillet 2019.
La juridiction financière pointe également la signature d’un avenant concernant le bail des locaux de l’association afin d’augmenter le loyer versé à une SCI dont Talaat El Singaby était le gérant et l’unique associé. Selon la Cour des comptes, Nicole Bigas « n’était pas compétente et ne disposait pas d’une habilitation du conseil d’administration » pour engager ces dépenses.
Une « faute grave » et un important préjudice financier
La chambre du contentieux estime également que la présidente de l’association a commis « une faute grave ayant causé un préjudice financier significatif à l’association ». La décision évoque notamment la poursuite de l’activité salariée du directeur général entre janvier et juin 2019 sans contrat de travail formalisé, en contradiction avec certaines dispositions du code du travail et du code de la sécurité sociale.
Autre point soulevé : la rémunération du directeur général dépassait les plafonds autorisés pour permettre à l’association de continuer à bénéficier du régime fiscal réservé aux structures à gestion désintéressée.
Selon un autre article consacré à l’affaire, les rémunérations de Talaat El Singaby représentaient entre 100 000 et 200 000 euros par an selon les périodes contrôlées. La Cour des comptes souligne également que les augmentations de rémunération « n’ont pas été accordées régulièrement ».
Le décès du fondateur du festival a changé la procédure
Les poursuites visant Talaat El Singaby se sont éteintes après son décès en 2025 à l’âge de 82 ans. C’est donc Nicole Bigas qui a dû répondre seule devant la chambre du contentieux de la Cour des comptes lors de l’audience du 14 avril 2026 à Paris. Nicole Bigas dispose désormais d’un délai de deux mois pour faire appel de cette décision.
Cette décision illustre aussi le renforcement des contrôles concernant les associations bénéficiant d’importants financements publics. La Cour des comptes rappelle que les responsables associatifs peuvent désormais être sanctionnés lorsqu’ils engagent des dépenses sans autorisation, provoquent un préjudice financier important ou accordent des avantages injustifiés.
Dans un territoire où les festivals et événements culturels occupent une place importante dans l’économie locale, cette affaire dépasse largement le seul cadre administratif. Elle interroge aussi sur la gestion des grandes structures culturelles soutenues par l’argent public.








