À 1 150 mètres d’altitude, perché au-dessus de la vallée de Siguer, Lercoul est officiellement la commune la moins peuplée d’Ariège. Onze habitants permanents, 19 km² de territoire, et derrière ce paradoxe apparent, une histoire qui remonte à l’Antiquité.
Une commune à part entière depuis la Révolution
Il faut d’abord remettre les choses en perspective : Lercoul n’a pas toujours existé en tant que commune. Avant 1793, ce hameau de haute montagne dépendait de la paroisse de Siguer, dans la vallée en contrebas. C’est la Révolution française qui lui a accordé le statut de commune à part entière, au même titre que des milliers d’autres localités du pays.
Depuis lors, Lercoul n’a jamais renoncé à cette existence administrative. Même aujourd’hui, avec une poignée d’habitants permanents, la commune conserve sa mairie, son monument aux morts, sa fontaine et son église. Un village qui tient debout, coûte que coûte, à quelques kilomètres à peine de la frontière andorrane.
Trois cents habitants au XIXe siècle : l’époque du fer
Pour comprendre Lercoul, il faut remonter au siècle dernier et à celui d’avant. En 1836, le village atteignait son pic historique de 329 habitants. Quarante ans plus tard, en 1876, il en comptait encore 315. Une vitalité qui s’explique par une seule et même raison : le fer.
À quelques centaines de mètres du village, la mine de fer du Rancié était alors la plus grande exploitation minière des Pyrénées françaises. Ses premières traces d’activité remontent au IIIe siècle après J.-C., et certains historiens estiment que l’extraction pourrait être encore plus ancienne, peut-être gauloise. Pendant vingt siècles, ce gisement a alimenté une cinquantaine de forges à travers tout le Couserans et le pays de Sault.
Les habitants de Lercoul y travaillaient comme mineurs, mais aussi comme carriers dans les ardoisières de Siguer voisines. L’agriculture de subsistance complétait le tableau, et le commerce transitait par le port de Siguer, passage naturel vers les vallées environnantes. Une économie multiple, robuste, qui faisait vivre tout un versant de montagne.
La fermeture des mines, le début de l’agonie
La fin du XIXe siècle marque un tournant brutal. Le minerai s’épuise progressivement, les coûts d’exploitation liés à l’altitude deviennent insupportables face à la concurrence des grandes mines découvertes ailleurs en France. La mine de Rancié, entrée en déclin dès 1890, ferme définitivement en 1929 à la suite d’un accident rendant les travaux de remise en état non rentables.
Lercoul plonge alors dans un exode rural inexorable. Les familles partent une à une vers les villes de la plaine. Les dernières ardoisières ralentissent le mouvement sans l’enrayer. En 1975, le village touche le fond : il ne reste plus que 5 habitants.
C’est là que réside le vrai vertige de l’histoire de Lercoul. En moins d’un siècle, une communauté de plus de trois cents âmes s’est dissoute presque entièrement.
Un renouveau discret, à pas comptés
Depuis, la courbe a timidement remonté. Des retraités, quelques actifs en quête de silence et d’authenticité ont franchi le pas pour s’installer dans ce village que le temps semble avoir épargné. La population officielle oscille autour d’une quinzaine de personnes selon les recensements, avec 11 habitants permanents recensés à ce jour.
Les montagnes communales sont aujourd’hui louées à un éleveur qui y fait paître des vaches et un troupeau de brebis tarasconnaises, perpétuant à sa manière une tradition pastorale vieille de plusieurs générations. Chaque été, un concours de peinture en plein air se tient sur la place du village, ouvert à tous, amateurs comme confirmés. Un événement modeste, mais qui dit quelque chose d’essentiel sur la volonté de ces quelques habitants de faire exister leur commune.
Un territoire vivant, entre GR10 et patrimoine minier
Lercoul n’est pas seulement un village fantôme en sursis. C’est aussi un point de départ pour les randonneurs, avec le GR10 qui passe à proximité et offre des vues plongeantes sur la vallée. Les traces des anciennes mines constituent un itinéraire pédagogique parcouru chaque année lors des Journées européennes du patrimoine, avec une visite commentée du chemin muletier de la mine de Rancié.
Le village lui-même mérite qu’on s’y attarde : ses ruelles de pierre, sa fontaine, les toits en écailles caractéristiques de l’architecture pyrénéenne composent un ensemble intact, presque irréel dans son silence. À moins de 15 kilomètres à vol d’oiseau de l’Andorre, Lercoul est l’un de ces endroits où l’on comprend ce que le mot “bout du monde” peut vouloir dire, en bien.









