Alors que le film “L’Abandon”, retraçant les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, est actuellement diffusé au cinéma, la question de la liberté pédagogique reste plus que jamais d’actualité. Dans une petite école du Lot, Alexis Bonnefis, instituteur en maternelle, se distingue par une méthode d’enseignement très personnelle. Avec ses élèves, il crée un univers immersif, presque théâtral, où l’imaginaire occupe une place centrale.
Plus de cinq ans après l’assassinat de Samuel Paty, le film L’Abandon, consacré aux onze derniers jours de la vie du professeur d’histoire-géographie, est actuellement diffusé au cinéma. Pendant 1h40, le long-métrage aborde plusieurs thèmes majeurs comme l’isolement des enseignants, le manque de soutien institutionnel, mais aussi la question de la liberté pédagogique.
À l’école Saint-Joseph, dans le petit village de Limogne-en-Quercy, un instituteur de maternelle l’invoque quotidiennement et se démarque justement par une approche bien éloignée des méthodes traditionnelles. Avec Alexis Bonnefis, les enfants découvrent l’école à travers des univers immersifs, des mises en scène théâtrales et une pédagogie tournée vers l’imaginaire et l’ouverture au monde.
Un parcours pour le moins original
Aujourd’hui âgé de 57 ans, Alexis Bonnefis, arrivé à École Saint-Joseph au début de l’année scolaire, n’a pas toujours consacré sa vie à l’enseignement, même si éduquer les enfants occupe désormais une place centrale dans son parcours.
Avant de devenir instituteur, rien ne semblait pourtant le destiner à une salle de classe. « J’ai un parcours très atypique. Après le Bac, j’ai été danseur classique à Nantes. J’ai aussi obtenu un master en archéologie, j’ai été moniteur de ski… J’ai vraiment un peu tout fait avant d’enseigner », raconte-t-il.
Derrière ces multiples vies professionnelles, un rêve est pourtant resté intact, celui de devenir professeur des écoles. C’est finalement vers l’enseignement spécialisé qu’il se tourne à l’aube de sa carrière. « J’ai débuté dans une toute petite école de campagne. Je m’occupais d’enfants en situation de handicap et c’est une expérience que j’ai beaucoup appréciée », confie l’instituteur. Avant d’ajouter : « Je ne sais pas si c’est pour cela que j’ai une pédagogie spéciale… ou si c’est moi qui suis original ».
Après plus de deux décennies passées dans l’enseignement spécialisé, Alexis Bonnefis pose finalement ses valises à l’école Saint-Joseph du petit village de Limogne-en-Quercy, qui compte à peine 850 habitants. L’établissement cultive une image à part. « Il est connu pour être particulier, notamment dans sa manière d’éduquer. Les parents le savent », explique-t-il. L’école est composée de trois classes dans lesquelles sont inscrits 58 élèves au total.
Alexis Bonnefis prend en charge une classe de maternelle de 21 enfants, répartie en quatre niveaux : toute petite section, petite section, moyenne section et grande section. Ses élèves ont entre deux et cinq ans. Un âge très jeune, certes, mais qu’il perçoit comme une véritable richesse, y compris pour lui-même : « Ce que j’aime dans cette tranche d’âge, c’est l’imaginaire. Les enfants découvrent le monde et ils m’apportent autant que ce que je peux leur amener. » Mais, concrètement, à quoi ressemble la pédagogie d’Alexis Bonnefis ?
Un voyage en Angleterre, sans quitter l’école
La dernière idée en date prend la forme d’un voyage en Angleterre, sans quitter l’école. « Pour le coup, cette idée n’est pas de moi. Je l’ai empruntée à une collègue. Je m’en suis inspiré et je l’ai adaptée », confie-t-il. Le temps d’une journée, les enfants seront donc plongés dans le pays de Shakespeare. Ils prendront fictivement les transports, un trajet jusqu’au Big Ben, et devront parler anglais, ou du moins essayer, tout au long de l’expérience, avec les enseignants mais aussi avec des bénévoles anglophones. « Le côté théâtral est un peu fou. Je ne dis jamais aux enfants que le voyage est imaginaire. Ils sont libres d’interpréter et de vivre l’expérience comme ils le veulent », explique Alexis Bonnefis.
Les enfants débuteront leur voyage dès l’entrée de l’école, où leurs passeports, créés pour l’occasion, seront contrôlés. Ils rejoindront ensuite une salle de classe transformée en avion de ligne, direction l’Angleterre. « Nous avons préparé la vidéo d’un vol, que l’on diffusera sur le vidéoprojecteur », précise-t-il. Et à leur sortie, les élèves auront l’impression de fouler le sol londonien. Après des activités dessin, sportives et la dégustation du thé, ils prendront le bus à deux étages pour visiter la ville. Ils découvriront ses monuments, feront les touristes devant Big Ben et auront la chance d’assister au couronnement du roi.
À l’issue de la journée, « ils prendront confiance en eux et auront moins peur de parler anglais avec des adultes. L’immersion linguistique est importante dès la maternelle. Ils n’auront plus honte de se tromper et cela leur montrera que tout est possible s’ils y croient », estime Alexis Bonnefis. Même constat pour Hermione, Anglaise d’origine, maman de Roan, 4 ans : « Les activités proposées par Alexis, comme l’accrobranche, la visite d’une ferme, les interviews de personnalités du village ou encore ce voyage fictif, sont des expériences qui ouvrent les yeux des enfants et leur permettent de découvrir beaucoup de choses autrement », explique-t-elle.
À la rencontre des habitants du village
Parmi les autres activités originales imaginées par l’instituteur, les enfants partent aussi à la rencontre des personnalités du village. Policiers, prêtres, boulangers ou encore fermiers passent tour à tour devant leur micro. « Dans une période où les enfants sont submergés par les écrans, nous voulions leur faire rencontrer des personnes réelles », explique Nathalie Bonnefis, directrice de l’école depuis plus de 25 ans. À travers ces projets, l’école cherche avant tout à développer l’ouverture au monde et la confiance en soi des élèves. « Les classes de découverte me tiennent particulièrement à cœur. C’est souvent dans ces moments-là que l’on découvre les enfants autrement », confie-t-elle.
Alexis Bonnefis est à l’origine de cette idée. « Nous avons commencé par interroger un artiste qui exposait dans le village. L’expérience leur a plu et nous avons donc continué », précise-t-il. Les enfants réalisent les interviews très sérieusement, filment au téléphone sur pied et se partagent les rôles, l’un étant metteur en scène, un autre cadreur ou journaliste. Elles sont ensuite diffusées sur YouTube. « L’idée est de laisser une trace de ce que font les enfants. »
Gauthier Agius












