Depuis plus de deux ans, une mère de la région toulousaine voit son adolescente s’enfoncer dans les fugues, la consommation de stupéfiants et les ruptures familiales. Placée en foyer depuis plusieurs mois, la jeune fille continue de disparaître régulièrement.
C’est l’histoire d’une mère qui, malgré les alertes, les démarches et les demandes d’aide, regarde son adolescente de 16 ans lui échapper un peu plus à chaque fugue.
Souhaitant conserver l’anonymat, Sophie* raconte un combat qui dure depuis plus de deux ans. Un combat commencé, selon elle, après un retour à Toulouse. Peu à peu, sa fille change de comportement, s’éloigne de l’école, multiplie les mauvaises fréquentations et commence à consommer du cannabis, puis d’autres stupéfiants. Les absences se répètent, les tensions familiales s’aggravent et plusieurs hospitalisations interviennent.
Face à ce qu’elle décrit comme un profond mal-être, la famille sollicite de nombreux professionnels. Éducateurs, psychologues, travailleurs sociaux… les intervenants se succèdent, sans parvenir à enrayer la spirale. « J’avais l’impression que plus personne ne m’écoutait », confie-t-elle.
« Je ne sais pas où elle est, avec qui elle est, ce qu’elle fait »
À l’automne 2025, la jeune fille est placée dans un foyer de Haute-Garonne. Sa mère espère alors une amélioration de la situation. Mais les fugues commencent rapidement.
« Quinze jours après son arrivée, elle a commencé à découcher. Depuis, c’est presque toutes les semaines », raconte Sophie. « Parfois, je reçois juste un message pour me dire qu’elle est en fugue. Je ne sais pas où elle est, avec qui elle est, ce qu’elle fait. »
À chaque disparition, dit-elle, les mêmes angoisses ressurgissent. « J’ai peur qu’il lui arrive malheur, qu’elle tombe dans un guet-apens ou qu’elle ne rentre pas du tout. J’ai peur qu’elle se fasse de nouveau agresser ou qu’elle passe la nuit dans un squat, à la merci de personnes mal intentionnées. »
Selon elle, ces départs s’accompagnent de consommations régulières d’alcool et de drogues. Elle craint également que son adolescente ne fréquente des personnes susceptibles d’exercer une forme d’emprise sur elle. Des inquiétudes qu’elle affirme avoir signalées à plusieurs reprises aux intervenants chargés de son suivi.
« J’ai l’impression de la regarder s’éloigner »
Pour tenter de comprendre ce qui se passe, Sophie dit avoir passé des mois à surveiller les réseaux sociaux fréquentés par sa fille. Snapchat et TikTok reviennent constamment dans son récit. « Tout se fait en ligne aujourd’hui. Les contacts, les rendez-vous, les discussions… C’est devenu impossible de suivre ce qui se passe », estime-t-elle.
Les fugues ont progressivement détérioré les liens familiaux. Aujourd’hui, les contacts sont devenus rares. « Elle ne veut plus me voir. J’ai l’impression de la regarder s’éloigner sans pouvoir faire quoi que ce soit », souffle-t-elle.
Après deux ans et demi de démarches, de rendez-vous et de signalements, elle dit surtout ressentir une profonde fatigue. « J’ai perdu ma fille. Et tout le temps qui passe, ce sont des moments qu’on ne rattrapera jamais. »
*Prénom d’emprunt














