Une femme de 37 ans a été condamnée à quatre ans de prison, dont un avec sursis, par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Pendant plus de trois ans, elle a convoyé des centaines de milliers d’euros issus du trafic de stupéfiants entre Toulouse, l’Espagne et les Pays-Bas, au volant d’une Volkswagen équipée d’une cache.
La Volkswagen Passat ne disait rien. Une berline ordinaire, avalant les kilomètres entre Toulouse, d’autres grandes villes françaises, l’Espagne ou les Pays-Bas. Mais pour les enquêteurs, cette voiture était bien plus qu’un simple moyen de transport. Elle était devenue un outil. Sous l’habitacle, ils soupçonnaient l’existence d’une cache destinée à dissimuler des liasses de billets, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros, issues du trafic de stupéfiants.
Au centre du dossier, L., 37 ans, domiciliée près de Montauban. Pendant plus de trois ans, du 1er janvier 2021 au 24 janvier 2024, elle jouait le rôle de « collectrice ».
L’affaire ne démarre pas par une saisie spectaculaire. Elle commence avec de l’argent. Beaucoup d’argent. En février 2023, dans le cadre d’une autre information judiciaire ouverte à Toulouse pour trafic de stupéfiants, blanchiment aggravé et détention d’armes, les enquêteurs exploitent des échanges issus de la messagerie cryptée Sky ECC.
Dans ces conversations, il est question d’un « banquier occulte », d’un million d’euros venu de Rotterdam et d’une femme chargée de remettre des fonds à Toulouse. Le 16 janvier 2021, cette femme aurait convoyé 330 000 euros, alors que 450 000 euros étaient attendus. Les liasses sont photographiées. Les interlocuteurs discutent du comptage, du lieu de rendez-vous, de la nécessité de ne pas faire cela dans la rue. Un détail revient : « une fille avec une Passat ».
Une année chargée
À partir de là, les enquêteurs de la Jirs de Bordeaux, à qui les investigations ont été confiées, déroulent le fil. Téléphonie, péages, surveillances physiques, sonorisation du véhicule : le dossier devient une carte minutieuse de trajets courts, rapides, souvent suspects. La ligne attribuée à L. effectue de nombreux allers-retours vers l’Espagne. Dix voyages significatifs sont relevés entre mars 2022 et janvier 2023. Bordeaux apparaît comme un point de collecte. Toulouse comme un lieu de remise. Mataró, en Espagne, comme une destination régulière. Le parking situé face à un hôpital revient dans le dossier comme un décor de rendez-vous discrets.
Les scènes décrites par l’instruction sont brèves. Une voiture se gare. Un homme approche. Une portière s’ouvre. Un sac change de mains. Puis viennent les bruits captés dans l’habitacle : papiers froissés, verrouillage, déverrouillage, claquements métalliques. Pour les enquêteurs, ces sons racontent ce que les occupants ne disent pas : l’ouverture d’une cache, la manipulation de billets, leur dissimulation dans la voiture.
À Mérignac, en avril 2023, L. rencontre M. Quelques mots suffisent. « Je prends les poches ? », demande l’homme. « Oui. Ok, merci », répond-elle. Les deux repartent. Quelques jours plus tard, à Toulouse, H. monte à son tour côté passager avec un sac. La conversation évoque « 180 ». Les enquêteurs comprennent qu’il ne s’agit pas d’une somme anodine.
L. a toujours contesté avoir transporté des stupéfiants. Elle a en revanche admis avoir convoyé des liasses d’argent sous cellophane. Selon ses déclarations, les adresses de départ et d’arrivée lui étaient transmises par coordonnées GPS. Pour reconnaître la bonne personne, elle recevait en amont la photo d’un billet de cinq euros portant un numéro. Elle a aussi expliqué avoir été rémunérée en espèces, selon les montants transportés : 1 500 euros pour 150 000 euros acheminés, 4 000 euros pour 400 000 euros.
Le parquet fait appel
La semaine dernière, le tribunal correctionnel de Bordeaux l’a déclarée coupable de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement et de blanchiment du produit d’un trafic de stupéfiants. Le tribunal est resté en deçà des réquisitions. À l’audience, le parquet avait demandé six ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende contre L., défendue par Me Jacques Dérieux. Contre M., défendu par Me Simon Takoudjou, il avait requis six ans de prison et 300 000 euros d’amende.
Les juges ont finalement prononcé quatre ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis pour L., avec un aménagement sous bracelet électronique, qui est donc sortie de prison le soir même, et quatre ans de prison avec maintien en détention pour M. La trentenaire devra aussi exercer une activité professionnelle, suivre une formation ou un enseignement et ne pas entrer en contact avec R., présenté dans le dossier comme l’un des hommes clés de cette filière.
R., jugé par défaut, a écopé de la peine la plus lourde : huit ans de prison. Le tribunal a décerné un mandat d’arrêt à son encontre et prononcé une interdiction définitive du territoire français. Le parquet de Bordeaux a décidé de faire appel de ces trois peines.













