TÉMOIGNAGE. Journaliste à La Dépêche du Midi, Lisa Hervé va à la rencontre d’inconnus et leur demande de raconter leur histoire. Cet ancien peintre décorateur à son compte vit aujourd’hui dans un fauteuil roulant. Entre souvenirs de carrière et séquelles d’une chute brutale, son récit, marqué par la résilience, souligne le combat quotidien d’un homme face à la perte d’autonomie et au silence. Il se confie.
Originaire de Beaumont-sur-Lèze, Alain ne se déplace plus qu’aujourd’hui au rythme de son fauteuil roulant. Cet homme a appris son métier au centre de formation Pierre-Paul-Riquet, à Toulouse. Il s’est lancé dans le grand bain en exerçant pendant trente ans le métier de peintre décorateur de bâtiment et a même été à son compte avec quatre employés sous ses ordres. Il porte en lui des histoires liées à son ancien métier, mais une chute brutale a eu des conséquences irréparables. « J’ai trop bu et je suis tombé en avant », explique Alain, dans son fauteuil roulant.
« J’ai perdu mon fils, mon père et ma mère coup sur coup »
S’il est aujourd’hui fier d’afficher quatre années de sobriété totale, le corps n’a pas retrouvé sa vigueur d’antan. « Mon histoire est difficile parce que j’ai perdu mon fils, ma mère, puis mon père coup sur coup il y a plus de dix ans », confie-t-il avec émotion. Désormais, il doit composer avec une mobilité réduite et une élocution entravée qui l’isolent physiquement, mais pas mentalement.

Un parcours de vie marquant
Le métier d’Alain n’était pas qu’une simple activité, c’était un lien social permanent. En tant que patron, il aimait discuter avec ses clients, une interaction qui lui manque cruellement aujourd’hui. Depuis son accident, il doit utiliser des appareils qui lui rabattent les dents pour pallier une phonation devenue difficile. « Ça me gêne un peu parce que je parlais avec des clients quand même et c’était sérieux », explique-t-il, se remémorant son passé de chef d’entreprise. Cette nouvelle réalité est celle d’un homme qui a tant de choses à raconter, mais dont il est difficile de les exprimer. Pourtant, derrière la fatigue, l’esprit reste vif. Il se souvient avec précision de ses chantiers aux alentours de Toulouse, de cette époque où ses mains façonnaient les murs et les plafonds avec une expertise reconnue.
La famille comme dernier rempart
Face à la solitude qui s’est installée, Alain puise sa force dans son cercle familial restreint. Il a un fils de quarante ans et trois petits-enfants : deux filles et un garçon, qui représentent des piliers essentiels à sa vie. « Ils viennent me rendre visite une fois par mois », avoue Alain, le sourire aux lèvres. S’il avoue que sa vie est aujourd’hui « moins bien qu’avant », il s’accroche à l’idée d’une amélioration possible. Ce sexagénaire a toujours eu un lien fort avec sa famille : « Le plus marqué ? C’est que ma famille, elle disparaisse », raconte-t-il, la gorge serrée.
« Ma vie, elle a été tout le temps super »
Son souhait le plus cher est d’obtenir un suivi régulier en kinésithérapie pour vaincre sa peur de retomber : « J’aimerais me trouver un kiné rien que pour moi pendant une heure, tous les deux jours à peu près. Trois fois par semaine, ça m’irait », glisse-t-il humblement. Pour cet homme qui a toujours aimé les choses simples, son bonheur réside désormais dans l’espoir de durer le plus longtemps possible, entouré des siens. « Ma vie, elle a été tout le temps super », conclut-il, prouvant que malgré les épreuves, l’étincelle n’est pas éteinte.













