La société qui l’avait débauché pour en faire son principal dirigeant était leader de la location de voiturettes de golf avec option d’achat. Ses « golfettes » sillonnaient les 18 trous verdoyants, tout comme les allées arborées des campings. Nommé au prix de manager de l’année 2016, Serge comparaît devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour banqueroute et abus de confiance. Voici pourquoi.
Comment a-t-il atterri dans ce bourbier ? Cheveux grisonnants et verbe clair, Serge, 63 ans, se le demande encore mezzo voce à la barre du tribunal correctionnel de Toulouse. Il comparaît pour abus de confiance et banqueroute. « Jamais je n’aurais dû accepter de venir dans cette société. Ça me pourrit la vie depuis dix ans ».
Manager de l’année 2016
Reconverti dans le conseil, le sexagénaire passé par HEC s’est taillé une réputation de sérieux tout au long de sa carrière. « Marketing et vente » au sein de la marque au losange, notamment, dont il fut le directeur de succursale à Toulouse.
Deux décennies à vendre des voitures avant d’être débauché par ORA VE, « le leader du marché de la location avec option d’achat de golfettes ». Du leasing. Une fois reconditionnées, ces voiturettes électriques emblématiques des parcours de golf menaient une seconde vie dans les campings.
Comment cet homme nommé pour le prix du « manager de l’année 2016 », comme le glisse opportunément son avocat Me Jacques Monferran, se retrouve-t-il à devoir potentiellement plus d’un million d’euros selon les demandes formulées par la partie civile ? En 2015, il devient président du directoire d’ORA VE (aujourd’hui liquidée, NDLR). « Je ne suis ni directeur financier, ni comptable de formation. Mon rôle était de bâtir un business plan pour les cinq ans à venir, chercher de nouveaux investisseurs ». Trouver des capitaux.
Tour de passe-passe pour générer de la trésorerie ?
L’actionnaire principal a prévu d’injecter 5 M€ dans l’entreprise. En juin 2016, Serge signe de son côté avec la BNP pour une entrée au capital à hauteur de 3 M€. Le cash va rentrer et ORA VE, développer son activité. Mais la machine se grippe subitement. « En juin, [le directeur financier] me dit qu’on est en positif de 200 000 euros. En octobre, je découvre qu’on est en négatif de 1,4 M€ », constate le prévenu.
La partie civile lui reproche d’avoir « fait financer deux fois le même véhicule par des organismes de crédit différents » et d’avoir « revendu des voiturettes alors que le bail était encore en cours avec des clients ». Le chiffre de 900 véhicules concernés est avancé. Pour générer de la trésorerie et combler le gouffre financier dans lequel la société s’engloutit ? Le président décèle une certaine accélération du phénomène pour la période concernée.
« Le dindon de la farce » ?
Le procureur abonde. « Il aurait hérité d’une situation laissée par ses prédécesseurs qui se seraient entendus pour lui faire porter le chapeau ? Même s’il n’y a pas eu enrichissement personnel, c’était lui le décisionnaire [à ce moment-là] ». Il réclame 18 mois de prison avec sursis et l’interdiction de gérer toute entreprise pendant trois ans.
« Dans la basse-cour judiciaire, mon client est le pigeon, le dindon de la farce ou le bouc émissaire », persifle Me Monferran qui déplore l’absence à la barre des anciens dirigeants d’ORA VE qui ont, selon lui, initié certaines pratiques.
Sortie de bunker inespérée
« Sa signature ne figure sur aucun document. Il est intègre. Quand on l’a informé de la situation financière, il s’est immédiatement placé sous la protection du tribunal de commerce. Il a agi en toute bonne foi et en totale transparence. Ce ne sont pas des miettes de responsabilité qui font le pain de la culpabilité ».
Relaxe « au bénéfice du doute ». Le tribunal n’a relevé « aucun élément intentionnel » dans son comportement. En quittant la salle d’audience avec ses conseils, Serge semble allégé d’un poids de plusieurs tonnes. Eagle inespéré en sortie de bunker, au dernier trou, neuf ans après le début du parcours.














