À seulement 20 kilomètres de Toulouse, la forêt de Buzet montre déjà les conséquences du changement climatique. Sous l’effet des canicules à répétition, des centaines d’arbres sont condamnés, les mares s’assèchent et la biodiversité s’affaiblit. Face à cette nouvelle réalité, les gestionnaires du massif adaptent leurs pratiques et misent sur la régénération naturelle pour préserver la forêt de demain.
À seulement 20 kilomètres de Toulouse, la forêt de Buzet se démarque comme un vrai poumon vert de l’agglomération. Chêne sessile, chêne pédonculé ou charme, les 1 000 hectares du massif, dont 450 appartiennent au département, donnent une vraie sensation de fraîcheur aux promeneurs qui parcourent ses sentiers. Mais le tableau pittoresque vient d’être perturbé. En s’enfonçant dans le bosquet, il est maintenant normal de croiser des traces de peinture sur certains arbres dont la silhouette évoque parfois des brindilles sèches. Un bien triste tableau pour Frédérique Guillaume, responsable du site depuis l’année dernière, qui a noué un véritable lien avec ce bois : « On veut voir nos arbres en bonne santé, et nous sommes tristes quand notre forêt dépérit. »
La faune et la flore assoiffées
Si la forêt semble souffrir, c’est à cause des vagues de chaleur successives qui traversent l’Hexagone depuis cinq ans. « Les arbres dépérissent à cause de la succession chaque année de canicules. »
Au milieu de ces arbres qui s’assèchent, la faune souffre également du manque de pluie. Les mares, véritables refuges pour les insectes et animaux, sont dangereusement vides. « Nous ne sommes qu’à la mi-juillet, c’est très préoccupant pour le reste de l’été », s’inquiète Frédérique Guillaume. En pensant tout de suite aux grenouilles qui ont pris l’habitude de se réunir autour du point d’eau le soir, il craint une forte mortalité cette année : « La biodiversité souffre en cascade de cette chaleur. »
Couper pour protéger le reste de la forêt
En continuant de marcher le long du sentier, un autre arbre marqué, lui aussi, sera abattu. « Quand les arbres sont trop secs, ils sont condamnés, nous n’avons pas les moyens de les sauver. » Finalement, ce sont 200 m³ de bois qui vont être abattus cette année, soit environ 200 arbres. Ils sont repérés à l’aide d’un drone ou par l’Office national des forêts (ONF), qui les repère en faisant des rondes pour les marquer puis les abattre. Ces mêmes arbres secs se transforment alors en allumettes et pourraient mettre le feu au reste de la forêt en un instant.
La régénération spontanée, le futur de la forêt
À côté de ces grands arbres, d’autres toutes petites branches, âgées de trois à quatre ans à peine, pourraient passer inaperçues. Mais en s’approchant, Frédérique Guillaume explique : « On mise aussi beaucoup sur la régénération spontanée. » Il touche alors la feuille d’un minuscule charme : « Ça fait trois ans qu’il subit les canicules chaque été, et il est toujours vivant. » En laissant les arbres pousser naturellement, ils créent une variabilité génétique. « C’est peut-être l’arbre du futur. »
La forêt de Buzet sous haute surveillance incendie
Le départ de feu, il faut à tout prix l’éviter dans ces zones à risque. « J’avoue que cette année, le risque d’incendie, il reste en tête », glisse le responsable du bois. « Quand on voit Fontainebleau, 2 000 hectares, c’est plus de la totalité de notre massif qui part en fumée. »
Pour être le mieux préparé, une poche d’eau est toujours prête à l’emploi afin d’aider le SDIS 31. L’année dernière, un petit départ de feu s’était déclaré dans la prairie, mais avait rapidement été stoppé : « Dans ces moments, il faut être rapide. » Pour limiter les risques, les équipes du bois veillent à relever les branches des arbres et à débroussailler les zones inflammables et sèches.
Ils renforcent également les patrouilles pour sensibiliser les visiteurs. La forêt avait d’ailleurs dû fermer complètement son accès ce vendredi 10 juillet, car la zone était classée en rouge sur la météo des forêts. « Les gens ne respectent pas toujours les consignes. »
Dans cette forêt, le choix est radical : l’heure est à la bifurcation écologique, où il faut prendre un virage radical. « Le changement climatique, il est présent, alors il faut maintenant s’adapter, il n’est plus temps de vouloir faire marche arrière. »













