Devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, la vérité progresse à petits pas. Certes, Mohammed Zerrouki et ses proches admettent un début d’implication, mais loin des millions d’euros identifiés par les policiers lors de l’enquête. Les dépositions des enquêteurs, programmées ce jeudi après-midi, risquent de tendre les débats.
« Oui, j’ai fait des choses. » Cette reconnaissance de Mohamed Zerrouki, 45 ans, constitue un début. Depuis son arrestation en mars 2021, cet homme repoussait son implication, de près ou de loin, dans le trafic de drogue du quartier de son enfance, aux Izards dans le nord de Toulouse.
En admettant une implication « pour rendre service à d’autres », Mohamed Zerrouki essaye en même temps de s’éloigner du rôle que lui prête, depuis plusieurs années (la prévention court de 2014 à 2021), la justice. Ce jeudi matin, il a donc à nouveau reconnu. Mais à l’entendre, il serait un second couteau, pas du tout « le boss » que présente le dossier.
L’art de « rendre service »
La présidente Dominique Coquizard, patiente, a pris bonne note. Sans relancer de questions. Juste une, quand même, sur les fameux téléphones PGP, aux conversations bien ennuyeuses. Zerrouki a évité le piège : « Je n’ai jamais reconnu utiliser ces appareils. » Les investigations démontrent pourtant le contraire.
Son épouse, seule à être restée libre dans ce dossier, continue d’affirmer son innocence. Elle a redit ce jeudi matin « n’être au courant de rien ». Et son goût pour les vêtements et accessoires de marque retrouvés chez elle ? Là encore, il risque d’être délicat d’affirmer longtemps « ne rien savoir ».
Hakim Bouddejelah a admis également ses fonctions de « livreur », d’homme à tout faire très proche du « boss » désigné. Les policiers l’ont observé transportant drogues et argent. Ce qu’il reconnaît pour la première fois devant la cour d’assises. L’ambition de gagner « un peu d’argent » pour nourrir sa famille expliquerait son plongeon dans la délinquance. Ce « petit rôle » comme il se plaît à le définir est sans doute, là encore, éloigné de la réalité.
De très gros bénéfices
En revanche, Badreddine Abou assume avec une sincérité surprenante ses fonctions « de rendre service ». Lui a depuis le départ, et son arrestation à Launaguet avec une voiture où étaient soigneusement dissimulés argent liquide (137 000 euros) et montres de luxe (valeur estimée à 45 000 euros), toujours admis son implication. « Je rendais service. Je me servais de mes contacts », a-t-il répété ce matin.
« Pourquoi faire ? », insiste faussement innocente la présidente Dominique Coquizard. Ce garçon assez « chill » n’hésite pas : « Je connaissais des gens. Mon rôle consistait surtout à trouver de la cocaïne de qualité à un prix intéressant… »
Avec à la clef, selon l’enquête, de très gros profits : plus d’un million d’euros de revenus sur la vente de cocaïne pour un investissement de 350 000 euros ! Une fiche de comptabilité de Mohamed Zerrouki, saisie, a permis cette évaluation. Pas mal pour des « petits ».














