Elle sortait du métro de Toulouse, une nuit de juillet 2023, après une soirée festive entre amis. Foued, 34 ans, l’a attrapée par le bras, giflée, avant de lui imposer des actes à caractère sexuel. La jeune femme est parvenue à lui échapper en hurlant, « terrifiée ». Grâce à l’ADN, la police est remontée jusqu’à l’agresseur présumé. Un récidiviste en situation irrégulière. Lui et sa mémoire défaillante comparaissaient devant le tribunal correctionnel, jeudi. Une histoire glaçante.
La scène fera cauchemarder n’importe quelle jeune femme rentrant de soirée à Toulouse. Juillet 2023, métro Roseraie, vers 3 heures du matin. Après avoir bu quelques verres entre amis, Alice*, écouteurs sur les oreilles, regagne son appartement où l’attend son compagnon. Soudain, un inconnu se jette sur elle.
L’agresseur la plaque contre un grillage
« Il la saisit par le bras, tente de l’embrasser, lui touche la poitrine et le sexe par-dessus son pantalon », grimace la procureure. Visage mangé par une barbe drue, Foued, un Algérien de 34 ans, comparaît pour agression sexuelle et violences en récidive. Revit-il la scène ? La victime se débat, parvient à prendre la fuite. Mais comme dans un film de série Z, l’agresseur la rattrape.
Il plaque Alice contre un grillage, lui enserre le cou de ses phalanges, distribue de grandes gifles pour la soumettre, lui place la main devant la bouche. « Elle a commencé à crier, elle avait peur de moi », peine à expliquer le prévenu dont l’intention initiale, selon lui, était juste de « récupérer son Snapchat ». Il glisse ses doigts dans le pantalon de la jeune femme.
« Ça l’a détruite »
Dans un sursaut, elle parvient à se dégager. Ses cris réveillent des témoins et font fuir Foued. Alice court jusque chez elle. Son compagnon la décrit « en pleurs », « terrifiée ». Le même adjectif revient dans la bouche de sa meilleure amie qu’elle appelle dans la foulée. Alice revit un traumatisme ancien : elle a déjà été victime d’une agression sexuelle dans sa jeunesse. La dernière en date aura raison de son couple. « Ça l’a détruite », soupire son ex-compagnon devant les enquêteurs.
Dans le box, le trentenaire en situation irrégulière peine à expliquer son acte ce soir-là. Il concède, mais a minima. « En fonction de ses interlocuteurs, sa version change », tance le parquet. Deux ans après les faits, son nom est sorti des fichiers grâce à une trace ADN relevée sur la victime. « Et pas n’importe où, pas à la cheville : au niveau de la ceinture et du sexe », martèle la procureure.
« Je veux plus m’approcher des femmes »
Le président tente de faire sortir Foued de sa coquille. Il n’obtient que des réponses parcellaires. Un paravent bien pratique, l’abus d’alcool. « Je lui ai demandé si elle était célibataire. Elle m’a dit oui. Je l’ai peut-être touchée, mais je me souviens pas où. Je voulais rien lui faire, j’aurais pas dû lui parler. Je veux plus m’approcher des femmes ».
Idée brillante, sur le papier. D’autant que le trentenaire a déjà été condamné pour le même type de faits, trahissant, selon le ministère public, « un certain mode opératoire ». Alice a attendu l’arrivée de son avocate, Me Katia Ouddiz-Nakache, en cours d’audience, pour pénétrer dans la salle. Elle préfère garder le silence.
« Pas aimé, violenté, abandonné »
La procureure tente de soigner l’amnésie (de façade ?) qu’oppose Foued quant à ses précédentes dérives. « En 2021, à Toulouse, vous avez suivi une femme dans la rue, à 5 heures du matin. Vous lui avez touché les seins et le sexe. Puis vous vous êtes masturbé devant une autre. Et vous avez touché les fesses d’une troisième victime ». Il se baladait nu et alcoolisé sur la voie publique. « Tous ceux qui boivent ne commettent pas des agressions sexuelles dans la rue », tranche la représentante de la société.
En défense, Me Antoine Ramognino perçoit bien « une soudaineté, une impulsivité, mais pas de mode opératoire » chez son client. L’avocat revient sur le parcours de vie chaotique d’un enfant issu d’un milieu rural, violé à l’âge de 5 ans par un cousin dans la force de l’âge, livré à lui-même et à l’errance (Algérie, Maroc, Espagne, France) dès les prémices de l’adolescence. « Il n’était pas aimé, a été violenté et abandonné. En réalité, c’est un homme seul, depuis toujours ».
« La culpabilité doit changer de camp »
« Faut-il attendre une cinquième victime ? ». Le parquet réclame cinq ans de prison ferme. Le tribunal ramène la peine à quatre ans, avec maintien en détention et interdiction définitive du territoire français. Foued est inscrit (de nouveau) au fichier des délinquants sexuels. La victime se voit allouer 5 000 euros de dommages et intérêts au titre de son préjudice moral.
« Ce genre de comportement alimente le sentiment d’insécurité à Toulouse, résume la procureure. C’est l’une des raisons pour lesquelles les jeunes femmes se retournent dans la rue pour vérifier qu’elles ne sont pas suivies. La culpabilité doit changer de camp ».
*Prénom modifié















