Une simple vidéo de 25 secondes a propulsé le jeune groupe de rap électro toulousain Rec quiem au cœur d’une polémique politique. Publié après un concert improvisé dans la rue au festival d’Aurillac, l’extrait a dépassé 1,3 million de vues en 10 jours et suscité des milliers de commentaires, dont une déferlante de messages haineux visant les musiciens et leur public. On vous dit tout sur cette séquence qui a marqué les réseaux sociaux.
Une vidéo de 25 secondes de concert transformée en machine à polémique politique. C’est ce que vient d’expérimenter, à ses dépens, le groupe de musique Rec quiem, trio de rap électro fondé il y a un an dans la Ville rose. Une de ses publications vient d’être visionnée plus d’1,3 million de fois sur les réseaux sociaux en seulement dix jours, et a reçu des milliers de commentaires, des tombereaux de haine pour la plupart.
Le 21 août 2026, le combo toulousain se rend au Festival international de théâtre de rue d’Aurillac et improvise un concert dans une rue du centre-ville, devant une église. L’un de leurs titres, « Culture Pirate », trouve de suite son public. Fidèle à son style « rap cyber-orchestral », il dénonce la loi Ripost, qui vise à alourdir les sanctions contre les organisateur de free parties. Crêtes, dreadlocks, piercings, Dr. Martens, capuches pour se protéger de la pluie… Les spectateurs sont à leur image, punks et festifs. « Tout le monde était dans la joie, la bonne humeur, c’était vraiment génial », se souvient NarSix, le guitariste et fondateur du groupe.
Celui-ci déchante hélas vite après avoir publié un extrait de ce live sur Instagram, Facebook et TikTok. « D’habitude, nos vidéos génèrent au maximum 20 000 vues. Là, on a de suite dépassé les 60 000. On s’est dit, c’est cool, ça a accroché, on va publier un deuxième extrait de la vidéo. Et c’est là où tout s’est envolé… » 150 000 sur Instagram, puis 580 000 sur Facebook, les compteurs du web s’affolent.
« Cassos », « gauchiasse », « zombies »
Mais le vrai problème vient du contenu des messages. Les musiciens et leur publics y sont traités de tous les noms d’oiseaux : PLP (« pue-la-pisse »), « cassos », « camés », « relève gauchiasse ». Des « traine-savatte », des « zombies », sales, assimilés LFI, accros au RSA et à la bière 8.6. « S’ils sont anarchistes, on peut aller les défoncer sans que la police intervienne ? » « Il faut les stériliser… » Les posts sont partagés abondamment, parfois par des comptes très suivis, tels que celui de Gilbert Collard. L’ancien député européen RN commente la vidéo sur son compte Facebook : « Le pays est à la rue… » Certains présentent même la séquence comme une free party qui se serait invitée par surprise dans le festival d’Aurillac.
Si les musiciens de Rec quiem ont gagné en notoriété, cette vague de réactions les a laissés sur le flanc. « C’est beaucoup, beaucoup de haine pour des gens qui sont en train de kiffer un concert dans la bonne humeur. C’est décevant de voir qu’il y a autant de gens qui ne sont pas assez ouverts d’esprit pour laisser d’autres faire juste ce qu’ils ont envie de faire », poursuit NarSix.
Pour lui, cette déferlante n’a pourtant rien d’anodin. Il y voit une tentative d’instrumentalisation politique : « C’est un coup de manipulation médiatique. On est à l’approche de l’élection présidentielle, on sait que cette année, ça va être tendu. Dans la fachosphère, ce genre d’images déclenche une peur, qui est retraduite avec violence sur les réseaux sociaux. » Ce qui devait rester un extrait de concert est devenu le prétexte à une tout autre partition.













