Seize années de réclusion et 750 000 euros d’amende. Les peines requises à l’encontre de Mohamed Zerrouki et Badreddine Abbou sont lourdes. Trop pour la défense qui a réclamé, sur des tons différents, plus de compréhension. Une peine mixte a été réclamée à l’encontre de l’épouse du « boss ». Le verdict est attendu ce jeudi.
Comment juger un dossier « inhabituel », selon l’expression de l’avocate générale Virginie Audebert ? Un dossier où se mêlent trafic de stupéfiants et blanchiment, où les accusés admettent leurs responsabilités, parfois a minima « mais c’est notable », apprécie la porte-parole de l’accusation. Dans son réquisitoire, elle ne fait pas de différence sur les rôles de Mohamed Zerrouki et Badreddine Abbou : « une pyramide à deux têtes avec des décisions égales ».
Cette version est forcément contestée par les avocats de la défense. Me Alexandre Parra-Bruguière ne discute pas l’implication d’Abbou dans le trafic, « il vous l’a dit, il y baigne depuis longtemps ». Mais aux yeux de son défenseur, cela n’en fait pas un associé, « un intermédiaire, un fournisseur et pas le seul, Monsieur Zerrouki l’a reconnu ». Un homme dont l’intelligence « doit lui permettre de passer à autre chose », rassure Me Parra-Bruguière.
Zerrouki ? « Imagination, illusions, fantasmes ! » pour sa défense
Et le « boss » ? Détendu, même souriant, Mohamed Zerrouki peut compter sur Me Mourad Battikh, un avocat détonant. Pour l’homme de loi, arrivé récemment dans le dossier, aucun doute : « Rien, pas d’élément à charge. De l’imagination, des illusions, des fantasmes ». Il admet le trafic de drogue, « un rôle de semi-grossiste », mais vilipende le rôle de chef de groupement ayant pour objet une activité illicite en lien avec les stupéfiants.
Une infraction criminelle particulière retenue par le parquet. « Il ne suffit pas d’imaginer, il faut le prouver ». Le « boss », « une invention médiatique », selon Me Battikh, apprécie. Plusieurs magistrats de la cour ont longtemps été impliqués dans la lutte contre les stupéfiants à Toulouse, et connaissent donc forcément les Izards. Entendront-ils l’argumentation ?
Pour le chef d’entreprise dont le garage servait de « base arrière » à l’organisation, Virginie Audebert requiert 10 ans de réclusion et 100 000 euros d’amende. Ayoub Badr est en fuite depuis le début de l’affaire. « Son rôle, au plus près de l’argent et des stupéfiants, n’avait rien de mineur », assure l’avocate générale.
Sous emprise, sa femme « ne savait pas »
Hakim Boudjellah, défendu par Mes Morgan Dupoux et Pierre Le Bonjour, a entendu des réquisitions limitées à six ans. « Ce n’est ni un simple livreur, ni un chauffeur », pourfend l’avocate générale. Ses avocats réclament pourtant son acquittement pour sa complicité dans la direction du groupement. « Cela ne tient pas », estiment-ils.
Reste Madame Zerrouki contre laquelle l’avocate générale n’a pas montré beaucoup de mansuétude, avec une peine réclamée de quatre ans, dont deux avec sursis. Aux yeux de l’accusation, « il est trop facile de dire Je ne savais pas ». Pourtant, son avocate, Me Elena Campario argumente, trouve sur ses comptes bancaires « des dépôts en liquide modestes, et limités », des contrefaçons « dans ses sacs et vêtements de marque ». Surtout, Me Campario défend une femme « sous l’emprise de son époux. Cet homme ne lui dit rien, et ne lui parle surtout pas de ses activités illicites. Comment affirmer qu’elle savait ? Rien ne le démontre. »
Verdict attendu ce jeudi, probablement dans l’après-midi.
















