À Saint-Privat-du-Fau, au début du mois de mai, environ 1 500 personnes se sont rassemblées dans le cadre d’une rave party sur un terrain agricole. La Chambre d’agriculture et les Jeunes Agriculteurs du département déplorent des dégradations importantes.
Durant une petite dizaine de jours à plus de 1 300 mètres d’altitude, environ 1 500 personnes se sont rassemblées dans le cadre d’une rave party, prenant possession d’un terrain agricole.
Si le département de la Lozère est composé de nombreux espaces agricoles, il convient que certains sont exploités avec beaucoup plus d’attention. Ce qui explique la colère des agriculteurs locaux. Alexis Cabirou, président des Jeunes Agriculteurs de Lozère, déplore la multiplication de ces fêtes sur des terres agricoles : “Nous sommes particulièrement touchés par ce phénomène ici. À Saint-Privat-du-Fau, certains agriculteurs ont fermé l’accès à environ 1 000 personnes, avec l’aide des gendarmes. Les gens n’ont pas forcément compris que ces terres sont notre outil de travail”.
L’écosystème lourdement impacté
Sur place, c’est tout un écosystème qui aurait été perturbé. Selon Alexis Cabirou, cette rave party était organisée sur une zone à forts enjeux pour la faune et la flore locale. Tout au long de l’année, “nous sommes contraints de traiter différemment ces zones. Ce sont des prairies sensibles où nous ne pouvons pas labourer quand nous le souhaitons, où nous ne devons pas surpâturer ni mettre d’engrais. Ouvrir des pistes, couper des clôtures et piétiner ces champs, détruit le travail de l’agriculteur”, souligne-t-il.
Des dégâts confirmés par la Chambre d’agriculture de Lozère, qui s’est rendu le 19 mai sur les lieux pour constater leur ampleur. Gabin Sezille, conseiller spécialisé en agronomie et environnement auprès de l’organisme rapporte : “Les principaux dégâts concernent d’abord les chemins d’accès, avec des pistes défoncées, des coupes d’eau et des clôtures abîmées. Sur les prairies de pâture, nous constatons un compactage des sols ainsi que des ornières créées au milieu des pâturages par le passage des véhicules. L’herbe ne pourra pas y être consommée.” 12 hectares de prairies seraient impactés.
Des déchets plastique et une voiture encore sur site
En plus d’avoir été piétinée, la parcelle est souillée par des plastiques et des départs de feu. “Il reste encore des déchets, des bâches, ainsi qu’une voiture sur place. On note aussi des huiles de vidange liées à des pannes de véhicules et des départs de feu au milieu des prairies. Certaines zones présentent de très gros impacts sur la flore des prairies naturelles, classées sensibles, où la végétation ne repartira évidemment pas. C’est toujours le même constat. Et malheureusement, au final, c’est toujours aux agriculteurs de nettoyer”, explique Gabin Sezille.
Selon lui, les dégâts sont estimés à plusieurs milliers d’euros. Au-delà des dommages, c’est aussi le sentiment de gâchis qui règne sur ces agriculteurs. Pour nourrir les bêtes, plusieurs solutions à court terme. L’une d’entre elles consiste à l’achat de fourrage. “Même si nous pouvons ramasser un fourrage de qualité, le volume ne sera pas assez important, il va forcément falloir complémenter l’alimentation des animaux. Et ces compléments peuvent venir de l’étranger, par exemple des concentrés à base de soja importé du Brésil.” À l’heure où l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne suscite de vives interrogations, difficile pour certains agriculteurs de se positionner.
Nathan Heuillet











