Le 7 mai 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est rendu à Toulouse pour signer un protocole d’accord avec les élus des collectivités locales. Le message était clair : la LGV Bordeaux-Toulouse est désormais, selon ses propres termes, « irréversible ». Une annonce attendue, après des mois de tensions autour du financement et de la crainte d’un désengagement de l’État.
Mais concrètement, où en est le projet, et qui met la main à la poche ?

Un chantier en phase préparatoire
Sur le terrain, les premières activités ont démarré en mai 2024. Il ne s’agit pas encore de poser des rails ou de creuser des tunnels, mais des travaux préparatoires ont bien été engagés dans les secteurs nord de Toulouse et sud de Bordeaux. En février 2026, un arrêté interpréfectoral signé par les préfets de Haute-Garonne, Gironde, Lot-et-Garonne et Tarn-et-Garonne a autorisé le lancement de sondages géotechniques et de diagnostics archéologiques sur l’ensemble du tracé. Ces investigations sont indispensables avant toute construction d’envergure.
Côté organisation, SNCF Réseau a confié au groupe d’ingénierie Systra un contrat de 200 millions d’euros pour assurer l’assistance à maîtrise d’ouvrage sur neuf ans. Les grands travaux de génie civil, eux, ne sont pas attendus avant le premier semestre 2028. Les appels d’offres doivent être lancés avant la fin de l’année 2026, après avoir été suspendus en début d’année par Matignon, créant une vague d’inquiétude chez les élus locaux.
14 milliards d’euros : qui paie quoi ?
C’est la question qui a cristallisé toutes les tensions ces derniers mois. Le projet de Ligne Nouvelle du Sud-Ouest (LNSO), dont fait partie la LGV Bordeaux-Toulouse, est chiffré à 14 milliards d’euros pour sa première phase. Le financement repose sur une répartition en trois tiers presque égaux : 40 % à la charge de l’État, 40 % assumés par les collectivités territoriales, soit 25 entités dont les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, et 20 % financés par l’Union européenne.
L’UE a pour l’instant accordé 120 millions d’euros, avec une proposition de 3,5 milliards supplémentaires pour la période 2028-2035. Du côté des collectivités, la contribution passe aussi par un “impôt LGV” : une taxe de 24 millions d’euros par an pesant sur 2 340 communes des deux régions. Autant dire que la facture est loin d’être abstraite pour les territoires concernés.
L’État, le maillon qui a vacillé
Pendant plusieurs semaines, un rapport du Conseil d’orientation des infrastructures, dont le contenu a fuité début avril 2026, a semé le doute. Le document pointait une possible hausse du coût global de 20 %, un calendrier difficile à tenir et des financements fragiles du côté de l’État. Bercy avait même évoqué la LGV parmi les pistes d’économies budgétaires, ce qui avait déclenché une mobilisation unanime des élus. Le Conseil régional d’Occitanie avait voté un vœu solennel en février pour exiger que l’État respecte ses engagements.
La visite de Lecornu le 7 mai a mis fin, au moins officiellement, à cette période d’incertitude. Près de 500 millions d’euros ont été débloqués pour lancer concrètement les premières procédures d’appels d’offres. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, a salué l’annonce tout en prévenant que les collectivités resteraient « vigilantes ».
Les opposants toujours dans la course
Le projet n’est pas exempt de frondes juridiques. Le Conseil d’État a rejeté en mars 2026 un recours de quatre associations contestant la déclaration d’utilité publique. D’autres procédures restent néanmoins en cours devant le tribunal administratif de Toulouse, notamment sur le fond du projet et son bilan environnemental.
Paris en 3h10 : pour quand ?
La mise en service de la ligne est officiellement envisagée autour de 2032-2033, avec un risque de glissement vers 2035 reconnu par plusieurs acteurs du dossier. Si le calendrier tient, Toulouse se retrouvera à 3h10 de Paris, contre plus de 4 heures aujourd’hui.
Pour une métropole de 800 000 habitants, l’enjeu dépasse largement le seul gain de temps sur les quais.













