EXCLUSIF. Nouveau rebondissement dans l’affaire des intoxications mortelles de cinq résidents de l’Ehpad du Lherm, près de Toulouse. Après la signature manquante de l’expert, qui a invalidé tout son travail, les familles viennent d’apprendre que le principal scellé, l’armoire chauffe-plats, a été purement et simplement détruit sans l’accord du juge d’instruction, rendant impossible toute nouvelle expertise. « Proprement scandaleux », s’indigne la fille d’une victime.
Une affaire maudite ? En 2019, cinq résidents de l’Ehpad de La Chêneraie, à Lherm (Haute-Garonne), au sud de Toulouse, trouvaient la mort par intoxication. L’expertise clé du dossier concluait jusque-là à une rupture de la chaîne du chaud. Jusqu’au coup de tonnerre du 7 mai dernier, que nous vous révélions.
Une pièce essentielle annulée
Sept ans après les faits, cette pièce essentielle a été annulée par la chambre de l’instruction pour vice de procédure. La raison ? L’absence de prestation de serment de l’expert mandaté. Une « légèreté » procédurale qui avait fait bondir les familles des victimes, toujours dans l’expectative quant à la désignation des responsabilités dans le décès de leurs proches.
Mandatés par l’une de ces familles, Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck avaient alors sollicité le magistrat instructeur du pôle criminel de Toulouse afin que l’expertise sur l’armoire chauffe-plats possiblement défectueuse soit pratiquée à nouveau. Nouveau coup de massue ce vendredi 22 mai.
Le principal scellé détruit… par erreur ?
« Nous venons de recevoir un mail du juge d’instruction qui indique avoir eu la désagréable surprise d’apprendre que ce matériel, conservé au sein d’une entreprise privée, a été détruit à l’initiative d’on ne sait qui il y a un an », s’indignent Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck, parties civiles dans le dossier. « Ce n’est pas un simple prélèvement dans une enveloppe. Le scellé en question était gros comme une armoire normande », fustige Me Martin.
Qui a décidé de s’en débarrasser si le juge d’instruction ne l’a pas ordonné ? Et pourquoi ? La disparition irrémédiable et définitive de cette pièce centrale du dossier laisse entrevoir un véritable fiasco judiciaire. « C’est proprement scandaleux. Cela fait sept ans que nous attendons un renvoi devant le tribunal et, après l’annulation de la principale expertise, faute de la signature de l’expert, nous apprenons la destruction de scellés dans une affaire aussi sensible », s’étrangle Evelyne Clamens. Sa maman, Alice, 92 ans, « qui était jusque-là en bonne santé », est décédée lors de cette intoxication collective présumée.
« Nous nous heurtons à l’incompétence »
« Nous sommes sept frères et sœurs, tous très affligés. Nous avons été patients, nous avons fait confiance à la justice et nous nous heurtons aujourd’hui à son incompétence. Nous réclamons que toute la lumière soit faite sur cette affaire », tonne Mme Clamens.
Les avocats de la famille se joignent à elle sur le fond. « Compte tenu des dysfonctionnements dans cette procédure, nous allons écrire à la Chancellerie pour réclamer une enquête des services. Et au parquet de Toulouse pour qu’une enquête soit immédiatement lancée sur cette destruction de scellés, qui est un grave délit », relèvent Mes Franck et Martin.
« Notre pire crainte aujourd’hui est que tout soit enterré », soupire Evelyne Clamens. Et que sa famille, comme celle des autres victimes, n’identifie jamais la chaîne de responsabilités qui les a privées à jamais de leurs chers disparus.













