Lorsqu’on lui diagnostique un cancer à seulement 25 ans, Laetitia voit son quotidien basculer. Entre chimiothérapie, radiothérapie et longs mois de traitement, une autre inquiétude s’impose rapidement : pourra-t-elle un jour devenir maman ? Sept ans plus tard, la jeune femme tient aujourd’hui son fils dans ses bras grâce à une greffe de tissu ovarien réalisée au CHU de Toulouse.
Cette naissance, annoncée par le CHU de Toulouse dans un communiqué publié le 11 juin, met en lumière une pratique encore peu connue du grand public. À l’hôpital Paule-de-Viguier, les équipes de médecine de la reproduction développent depuis plusieurs années des techniques permettant de préserver la fertilité de patientes confrontées à des traitements lourds, notamment contre le cancer. La naissance du fils de Laetitia constitue ainsi la quatrième obtenue au CHU grâce à une greffe de cortex ovarien, une intervention encore rare en France.
Un cancer diagnostiqué à 25 ans
Tout commence en avril 2019. Laetitia apprend qu’elle souffre d’un sarcome d’Ewing situé sur une vertèbre, une tumeur maligne qui touche principalement les os. Le temps presse. Avant même le début de la chimiothérapie, les médecins lui proposent une solution susceptible de préserver ses chances de devenir mère plus tard : prélever puis congeler une partie de son tissu ovarien.
« Au moment du diagnostic, la seule technique de préservation de la fertilité qui a pu m’être proposée était la cryoconservation. J’ai accepté ce choix, avec l’espoir profond de devenir un jour maman », raconte la jeune mère dans le communiqué diffusé par le CHU de Toulouse. Une semaine seulement avant le début des traitements, des fragments de cortex ovarien sont prélevés puis conservés. Commence alors un long parcours médical. Chimiothérapie, radiothérapie, nouveaux cycles de traitement : pendant plusieurs années, la priorité reste la lutte contre la maladie.
L’annonce de la rémission change tout
Les traitements s’achèvent à l’été 2020. Mais il faudra attendre encore plusieurs années avant que le projet de maternité puisse revenir au premier plan. En décembre 2024, les médecins lui annoncent sa rémission. « Enfin, fonder une famille avec mon compagnon s’est avéré possible », explique la patiente dans ce même communiqué.
Une nouvelle étape commence alors. Les équipes du CHU décident de réimplanter les fragments de tissu ovarien prélevés avant les traitements. L’intervention est réalisée par le docteur Yann Tanguy Le Gac. Les contrôles qui suivent sont assurés par le docteur Florence Cadoret. Le principe est simple dans son objectif, mais complexe dans sa réalisation : réimplanter le tissu ovarien conservé afin de restaurer le fonctionnement naturel des ovaires et permettre, si possible, une grossesse.
Une grossesse naturelle quelques mois plus tard
Les premiers résultats sont rapidement encourageants. Quelques mois après la greffe, les examens montrent que le tissu ovarien fonctionne de nouveau. Puis survient ce que Laetitia appelle encore aujourd’hui « la plus belle des surprises ». « En juin 2025, j’étais enceinte », raconte-t-elle dans le communiqué. La grossesse débute naturellement, sans recours à la procréation médicalement assistée.
En février 2026, son fils naît en bonne santé à la maternité Paule-de-Viguier de Toulouse. « Je suis heureuse d’avoir pu bénéficier de cette greffe, mais je regrette qu’il existe encore trop peu d’informations sur cette pratique. C’est un long parcours, mais il ne faut pas hésiter. Chaque jour, je mesure la chance d’être en vie, et surtout celle d’être maman », témoigne la jeune femme.
Une technique encore méconnue
La préservation de la fertilité est devenue un enjeu majeur dans la prise en charge de nombreux cancers. Certains traitements, notamment les chimiothérapies ou les radiothérapies, peuvent en effet altérer définitivement le fonctionnement des ovaires. Pour les jeunes patientes, il est parfois possible de prélever des ovocytes ou de conserver du tissu ovarien avant le début des traitements.
Selon les données citées par le CHU de Toulouse, la fonction hormonale est restaurée dans environ 90 % des cas après une transplantation de tissu ovarien, généralement quelques mois après la greffe. Le taux moyen de grossesse est estimé à 38 %, avec des résultats variant selon les patientes et les études réalisées. Autre élément encourageant : près de 70 % des grossesses surviennent naturellement, sans recours à une assistance médicale à la procréation.
« Le fruit d’un travail d’équipe »
Pour les professionnels du CHU de Toulouse, cette naissance illustre également l’importance de la coopération entre plusieurs spécialités médicales. « C’est pour que d’autres femmes, comme Madame A, puissent vivre ces moments d’immense bonheur, que nous accompagnons les jeunes femmes atteintes d’un cancer en préservation de la fertilité », souligne le docteur Florence Cadoret dans le communiqué.
La gynécologue du service de médecine de la reproduction insiste également sur la mobilisation de nombreuses équipes autour de ces parcours particulièrement complexes. « Nous sommes sincèrement heureux de cette naissance et celle-ci est le fruit d’un travail d’équipe. Merci au service de médecine de la reproduction et à l’équipe de chirurgie pour leur engagement sans faille », ajoute la spécialiste. Pour Laetitia, au-delà de la prouesse médicale, l’essentiel est ailleurs. Après des années de combat contre la maladie, son histoire est devenue celle d’une rémission, mais aussi celle d’un projet de vie rendu possible.













