Les routes et les pistes cyclables peuvent devenir de véritables plaques chauffantes en été. Avec des épisodes de canicule de plus en plus fréquents, la question n’est plus seulement de construire de nouvelles infrastructures, mais aussi de les adapter au réchauffement climatique.
Demain, certaines pistes cyclables pourraient devenir de véritables fournaises en plein été. Pour anticiper les effets du réchauffement climatique, la Haute-Garonne a lancé une série de tests sur plusieurs communes du département. Pendant plusieurs jours, des équipes du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) ont analysé différents revêtements à Muret, Grenade, Labège, Pibrac, Léguevin, Villeneuve-Tolosane, Cugnaux, Portet-sur-Garonne, Le Fauga, Pin-Balma, Flourens ou encore Auterive. Leur mission : trouver les matériaux les plus adaptés aux canicules à venir.
Pourquoi certaines pistes chauffent davantage ?
À première vue, toutes les pistes cyclables se ressemblent. Pourtant, face au soleil, elles ne réagissent pas de la même façon. Les chercheurs se sont notamment intéressés à un indicateur appelé « albédo ». Derrière ce terme technique se cache une notion simple : la capacité d’une surface à réfléchir la lumière du soleil.
Plus une chaussée absorbe les rayons du soleil, plus elle stocke de chaleur. À l’inverse, une surface qui réfléchit davantage la lumière chauffe moins. C’est pourquoi les enrobés très foncés, largement utilisés sur les routes et certaines pistes cyclables, peuvent devenir particulièrement chauds lors des épisodes de canicule. Ils contribuent également à accentuer les îlots de chaleur dans les espaces urbains.
Trouver le bon équilibre
Pour autant, la solution n’est pas de recouvrir les pistes d’un revêtement blanc. Une surface trop réfléchissante pourrait provoquer des phénomènes d’éblouissement et rendre la pratique du vélo moins confortable, voire plus dangereuse lors des journées très ensoleillées. Les équipes du Cerema cherchent donc le meilleur compromis entre fraîcheur, sécurité, confort et durabilité.
À Muret, les scientifiques ont utilisé des équipements de pointe pour mesurer la réflexion de la lumière mais aussi l’adhérence, la perméabilité et le confort des différents revêtements. L’objectif est d’identifier les matériaux capables de résister à la fois aux fortes chaleurs et aux épisodes de pluie intense qui se multiplient eux aussi avec le changement climatique.
Une adaptation devenue incontournable
Cette campagne d’essais intervient alors que les projections climatiques annoncent une hausse importante des températures dans les décennies à venir. Selon les études du Cerema, la Haute-Garonne pourrait connaître une augmentation comprise entre 2,5 °C et 4 °C d’ici la fin du siècle. Un scénario qui rapprocherait progressivement le climat local de celui observé aujourd’hui dans certaines zones méditerranéennes.
Face à cette évolution, les collectivités doivent repenser leurs infrastructures. « Les fortes chaleurs sont malheureusement devenues la norme », rappelle Victor Denouvion, vice-président du Conseil départemental en charge de la bifurcation écologique. Pour les élus comme pour les ingénieurs, l’enjeu consiste désormais à imaginer des équipements capables de supporter ces nouvelles conditions climatiques tout en restant agréables à utiliser.
Un impact potentiel sur tout le réseau vélo
Les mesures réalisées fin mai ne concernent pas uniquement quelques kilomètres de pistes cyclables. Les données collectées sur les différents sites du département vont être analysées dans les prochains mois. Un premier rapport est attendu à l’automne. L’objectif est de créer un véritable référentiel permettant d’identifier les revêtements les plus performants face aux fortes chaleurs.
Les conclusions pourraient ensuite être appliquées progressivement sur l’ensemble des 140 kilomètres du Réseau Express Vélo (REV) développé par le Département. Pour les cyclistes, cela pourrait se traduire à terme par des itinéraires plus confortables lors des épisodes caniculaires.
Des infrastructures plus fraîches et moins polluantes
Cette réflexion s’inscrit également dans une démarche plus large de réduction de l’impact environnemental des infrastructures routières. Depuis 2024, le Département a généralisé plusieurs techniques dites « bas carbone » pour l’entretien de ses chaussées. Les nouveaux marchés intègrent notamment davantage de matériaux recyclés, l’utilisation de liants biosourcés et des procédés nécessitant moins d’énergie lors de la fabrication des enrobés.
Selon la collectivité, ces choix permettent de réduire jusqu’à 50 % les émissions de gaz à effet de serre liées aux travaux routiers tout en diminuant fortement la consommation d’énergie des chantiers. À mesure que les canicules deviennent plus longues et plus fréquentes, l’enjeu dépasse désormais la simple question du confort. Il s’agit aussi de construire des infrastructures capables de s’adapter au climat de demain sans aggraver davantage le réchauffement déjà en cours.











