Eli Normand, 22 ans, est accusé d’avoir tué son beau-père un soir de février 2023 à Toulouse. Ce crime, ce jeune garçon né Jade, le reconnaît. Un acte violent sur fond de malaise profond et d’un alcoolisme qui rendait sa vie, celle de sa mère, de son beau-père tué de quinze coups de couteau et de son frère, impossible. Une première journée d’audience marquée par l’émotion et beaucoup de larmes devant la cour d’assises de la Haute-Garonne.
Ses parents, séparés, se souviennent de Jade, leur petite fille. Pourtant, dans le box de la cour d’assises de la Haute-Garonne, Eli, 22 ans, nerveux dans son tee-shirt gris, n’a rien d’une fille. Petite barbe, cheveux courts et raie sur le côté, voix grave. Sa transformation est totale. « Je me sens bien », dit ce garçon incarcéré depuis plus de trois ans… au quartier des femmes. « Cela se passe correctement. Les gardiens me disent toujours Madame. » Cela ne le trouble pas.
Il vit sans crainte son procès ouvert ce jeudi à Toulouse. « Une peine, même sévère, serait normale », lâche-t-il au détour d’une longue intervention sur sa vie compliquée d’enfant et d’adolescent, soutenu par ses défenseurs, Me Clément Rouger et Laurent Boguet. Les jurés écoutent, une femme seulement et cinq hommes, mais trois magistrates. La présidente Dominique Coquizart fait le choix d’Eli, même si « officiellement, vous êtes toujours femme à l’état civil ou sur votre casier judiciaire vierge », prévient la présidente.
L’alcool, terrible trait d’union
Eli le sait. Malgré la détention et le crime commis, sa transformation s’est poursuivie avec des opérations chirurgicales qui ont supprimé sa poitrine et changé son sexe. « Déjà à l’école, c’était un garçon manqué », se souvient, dans un sourire, une de ses amies. Son père, séparé, ne se trouvait pas dans la confidence. Lui envisageait, « peut-être », une homosexualité. La mère, Christelle, accompagnait sa fille vers la transition malgré ses propres errances.
« Depuis trois ans, je suis sevrée », dit-elle à la cour à voix basse. Plus d’alcool, plus de drogue. Une autre vie sans son compagnon. Le soir du 16 février 2023, dans leur appartement, Eli l’a tué de quinze coups de couteau. Les secours n’ont pas pu le sauver. Cet homme, ancien éducateur, avait 1,46 g d’alcool dans le sang. Et pas mal de méthadone aussi. « Mon frère a connu une enfance très difficile. Dans la famille, déjà beaucoup d’alcooliques », confie Nathalie, sa sœur.
« Je l’ai connu joyeux, pas violent et pas toujours ivre », affirme cette femme. Deux jours avant sa mort, Fabrice sortait d’une cure de désintoxication. « Il voulait arrêter, mais », confie Christelle, compagne de vie et de boisson. À peine la clinique quittée, Fabrice a acheté des bières. « Ce soir-là, il avait beaucoup bu. Il m’a demandé une cigarette. J’étais occupé à retranscrire des témoignages pour appuyer mon dossier de transformation de genre pour l’état civil. Il m’a énervé », raconte Eli.
Un coup de poing, une empoignade pour le faire taire. « Je suis revenu vers la cuisine pour me calmer. Il vociférait encore. » Puis tombe une phrase : « Tu ne seras jamais un homme. » Christelle affirme que son compagnon a évoqué la chose plus crûment. Elle est la seule à le dire. Eli a pris un couteau et a frappé.
« Il a sauvé sa vie… »
Fabrice Portuis, 54 ans, n’est plus là. Christelle est partagée entre « mon amour perdu et mon amour de mère ». Elle visite régulièrement son fils en détention. Une amie d’Eli l’affirme : « S’il n’y avait pas eu ce drame, jamais Eli ne serait sorti de cette spirale. Il a sauvé sa vie. » Me Aymeric Martin-Cazenave s’émeut, pas le témoin.
Dorian, le frère aîné parti quelques années avant le drame, prend la barre. « J’essayais de revenir pour ma sœur, pour ma mère. À chaque fois, Fabrice était bourré, l’ambiance était pesante. » Il sèche ses larmes, qui reviennent aussi vite. « Un matin, Jade m’a appelé. Maman était dans le coma. L’autre restait dans le conflit, tout le temps. Cet appartement, c’était l’enfer. Ce n’était pas possible. » Dorian pleure. Derrière lui, son père, sa belle-mère, sa grand-mère et Eli, seul dans le box, sèchent leurs larmes.
Verdict ce vendredi.











