Née en 1993 dans un ancien édifice religieux du quartier Compans-Caffarelli de Toulouse (Haute-Garonne), d’abord sous la forme d’un squat puis d’un espace collectif autogéré, la Chapelle aurait dû écrire cet automne une nouvelle page de son histoire. Mais ce lieu alternatif a perdu les bonnes grâces de la mairie de la ville rose. Ce 6 février 2026, lors du conseil municipal, la ville a finalement voté la suspension, pendant trois ans, des effets de la promesse de vente précédemment conclue avec l’association la Chapelle.
La discorde remonte au 26 septembre 2025. Il était en effet prévu ce jour-là que la ville, propriétaire du site, acte en conseil municipal sa cession à l’association qui le gère. Elle s’y était engagée en 2018 en signant un bail emphytéotique de 40 ans et une promesse de vente conditionnée à des travaux de mise aux normes. L’association la Chapelle a financé ce chantier par une campagne de financement participatif qui lui a permis de collecter 173 000 euros.
Mais la délibération est finalement retirée de l’ordre du jour du 26 septembre. Deux mois plus tard, la Chapelle interpelle le maire (divers droite) Jean-Luc Moudenc, candidat à sa réélection. « Aujourd’hui, toutes les conditions matérielles et administratives sont réunies pour finaliser la vente, et ce en accord avec vos services. (…) Quand tiendrez-vous votre promesse ? », l’interroge-t-elle dans une lettre ouverte.
C’est Sacha Briand, l’adjoint au maire en charge des finances, qui répond par voie de presse, fin novembre : « Nous devons justifier du prix de 100 000 euros et rédiger une délibération solide pour ne pas prendre le risque d’un contrôle de légalité par le préfet ou le recours d’un tiers. »
379 000 euros plus cher
Le coup de théâtre de ce 6 février 2026 avait été annoncé par le même Sacha Briand à quelques journalistes avant le conseil municipal, pointant l’activité « essentiellement revendicatrice » de l’association la Chapelle : « Nous lui avons donné la possibilité d’acquérir ce bien sûr la base d’un prix de cession de 100 000 euros, inférieur à sa valeur vénale, en raison de son activité culturelle et d’intérêt général. Mais nous nous rendons compte depuis plusieurs mois d’une forme de dérive avec l’organisation de manifestations assez orientées contre l’État et les forces de l’ordre. Cette activité ne permet plus de justifier d’une vente en deçà de l’évaluation des Domaines qui est de 479 000 euros. »
L’une des manifestations en question est une « Acab Party » (pour « All cops are bastards », soit « tous les flics sont des salauds » en français), programmée le 13 décembre dernier par l’association et qui a finalement été interdite.
Le maire de Toulouse s’est dit « charitable » de donner trois ans aux membres de la Chapelle, « clairement anti-républicains » pour « revenir à l’inspiration qui était la leur quand l’accord a été conclu ». Sacha Briand va plus loin et suggère que l’association pourrait fournir chaque année « un rapport d’activité » démontrant « son but essentiellement culturel ».
Lieu d’expérimentation et « contre-pouvoir »
En pleine campagne des municipales, la Chapelle a reçu le soutien d’élus de l’opposition, dont l’écologiste Hélène Cabanes, ralliée au socialiste François Briançon dans la course au Capitole.
Citant notamment la rencontre avec la réalisatrice franco-libanaise Rima Samman programmée en 2025 autour de son film « Dans le cœur d’une hirondelle », Agathe Roby, élue du groupe Alternative municipaliste citoyenne et engagée pour les prochaines élections auprès de l’insoumis François Piquemal, estime pour sa part que « depuis 30 ans qu’elle existe, la Chapelle a largement fait ses preuves ».
« Alors que vous étiez en partenariat avec le collectif, vous choisissez aujourd’hui de l’attaquer en pointant quatre événements qui ne vous conviennent pas », a attaqué Agathe Roby lors du conseil municipal du 6 février. « Votre argument est de dire que ces manifestations mettent en cause l’État, garant de l’intérêt général. Mais cela ne l’exempte pas de toute critique. Nous sommes dans un État de droit. Les contre-pouvoirs sont reconnus, protégés. La liberté d’expression est défendue. Votre argument est donc un danger pour la démocratie. »
La Chapelle, qui se présente depuis ses débuts comme un « lieu d’expérimentation sociale, politique et culturelle », au fonctionnement bénévole et sans subvention, a choisi de ne pas réagir à l’annonce de la suspension de la vente par la mairie pour « éviter toute surenchère ».
En plus des événements qu’elle accueille temporairement, l’association continue toutefois de proposer ses rendez-vous réguliers comme la relâche du lundi, une soirée de discussion avec cantine à prix libre et micro ouvert, ainsi que la permanence de la librairie le Kiosk, deux fois par semaine.






















