Il voulait reconquérir la mère de ses quatre enfants. Mais après avoir envoyé des vidéos de chansons romantiques et des SMS amoureux restés lettres mortes, Firmin, 60 ans, a dégainé l’artillerie lourde : il s’est armé, a roulé 400 km jusqu’à Toulouse et promis de tuer celle avec laquelle il est marié depuis plus de quarante ans, avant de se donner la mort. Police et gendarmerie ont évité le pire. Histoire d’une rupture, au tribunal.
Branle-bas de combat. Gendarmes et policiers sont sur les dents, ce dimanche. Un homme a menacé sa compagne par téléphone de venir lui faire la peau. « Je ferai pas de mal aux enfants. Je te tuerai à toi (sic) et je me tuerai après ».
« Le problème, c’est l’alcool »
Dans le box, Firmin ne paraît pas ses 60 printemps. Athlétique dans son tee-shirt blanc, seule sa toison blanchie trahit le poids des ans. Il est jugé pour port d’arme et menaces de mort. Les forces de l’ordre sont intervenues à temps. Mais ça n’a pas été une mince affaire.
« Votre femme vivait à Revel depuis votre séparation. Quand elle a appris que vous arriviez, elle s’est immédiatement enfuie dans un autre département après avoir contacté le 17 », relate la présidente. Absente à l’audience du tribunal correctionnel de Toulouse, la femme le jure : « Je le connais bien. Ça fait quarante ans qu’on vit ensemble. Il n’aurait jamais fait ça à la mère de ses enfants. Le problème, c’est l’alcool ».
Vidéos de chansons romantiques
Elle l’a quitté car elle ne supportait plus son caractère irascible après la bouteille, et les coups qui pleuvaient au moindre désaccord. Elle dépeint le quotidien supposé des femmes dans la communauté des voyageurs. « Quand on a le malheur d’ouvrir sa bouche [contre son homme], on est corrigée ».
Elle dit avoir attendu que les enfants soient grands et autonomes pour s’éloigner. « Cette relation, c’est je te suis, tu me fuis et inversement », soupire l’avocate du prévenu, Me Clothilde Leroux. Firmin pensait pouvoir la récupérer. « Vous lui avez adressé des vidéos de chansons romantiques », énumère la présidente. Douze au total. Elle dormait. Pas de réponse. Le sexagénaire adjoint des SMS de la même veine. Silence.
« Le trajet de 5 heures ne vous a pas calmé ? »
Alors, il s’est mis à la bombarder d’appels et de messages tous plus alarmants les uns que les autres. « J’avais bu ». Il s’alcoolisait en fait depuis 48 heures. Les enfants ont eu peur pour leur mère quand ils ont compris que Firmin avait sauté dans une voiture à Valence (Drôme), où il réside, direction la Haute-Garonne. « J’ai conduit environ cinq heures ». Près de 400 km. « Et vous ne vous êtes pas calmé durant le trajet ? », s’effare la procureure.
Où s’est-il procuré l’arme ? Mystère. Mais le pistolet est approvisionné. Un autre chargeur prêt à l’emploi en cas de besoin. « On ne part pas avec une arme chargée, juste pour discuter », tance le parquet. « Si j’avais dû m’en servir, je l’aurais fait contre moi. Si elle veut que ça s’arrête [entre nous], qu’elle me le dise clairement, à moi ».
« C’est le Diable ! »
Le passé délinquant de Firmin est effacé. « Casier réhabilité ». Il évoque cependant spontanément ses années de prison pour vol. « Quand je suis sorti en 1996, je ne buvais plus et ça a changé ma vie. J’ai rencontré Dieu. Dieu m’a fait tenir ma route ». La présidente le coupe, agacée. « Et c’est Dieu aussi qui vous a dit de prendre le Beretta ? ». Firmin, du tac-au-tac : « Non, ça, c’est le Diable ».
La défense décrypte ce « couple singulier ». Deux « forts tempéraments » liés par une « relation tumultueuse ». « Au cours des quinze dernières années, aucuns coups n’ont été échangés. Il n’est un danger pour personne », appuie Me Leroux, consciente que le climat autour des féminicides en 2026 est « atroce ».
Prison ferme
Le parquet voulait 30 mois de prison. Le tribunal a finalement condamné Firmin à 18 mois dont 9 ferme avec maintien en détention. Le reliquat est assorti d’un sursis probatoire. Obligation de soins. Interdiction de contact avec la victime et de porter une arme pendant dix ans. Dieu n’a pas bronché.













