Apryl, jeune femme trans de 22 ans, dénonce l’accueil qu’elle aurait reçu aux urgences de l’hôpital Purpan à Toulouse. Venue pour des douleurs aux chevilles, elle a été interpellée au masculin, malgré sa demande d’être appelée « madame ». Une situation qui a déclenché des moqueries dans la salle d’attente, et un gros malaise pour la patiente. Sa vidéo TikTok relatant l’incident a dépassé les 4,6 millions de vues, et de nombreux internautes la soutiennent en commentaires. Le CHU se défend en invoquant les règles d’identito-vigilance et en assurant un accompagnement « sans discrimination ». On vous raconte.
Apryl, jeune femme trans de 22 ans, ne peut cacher son émotion. En pleurs dans une vidéo postée sur TikTok, elle dénonce l’accueil qu’elle aurait reçu à l’hôpital Purpan. « J’ai été victime de transphobie », souffle-t-elle. Le mardi 27 octobre, souffrant de douleurs aux chevilles, elle se rend aux urgences. « Mon médecin traitant ne pouvait pas me recevoir avant plus de dix jours », précise-t-elle.
Une demande pas respectée
Sur place, elle se présente à l’accueil et donne ses documents d’identité, encore genrés au masculin. Elle demande à la secrétaire à être appelée ‘madame’ et à informer le personnel. « C’est fondamental », appuie la Toulousaine. Sur ce sujet, le Défenseur des droits recommande « l’usage de la civilité souhaitée par la personne dans toute correspondance et échange, même en l’absence de modification de la mention du sexe à l’état civil ».
« Je ne fais pas cette requête à chaque fois, assure Apryl. D’ailleurs, au début de ma transition, on m’appelait régulièrement ‘monsieur’. Mais aujourd’hui, on ne remarque plus que je suis une personne trans. Dans la salle d’attente, j’ai senti des regards malintentionnés, je ne me suis pas sentie en sécurité et j’ai fait ça pour me protéger. »
« J’ai souvent peur pour ma vie »
Elle s’assoit pour attendre son tour, mais lorsque l’infirmière arrive, elle l’appelle « monsieur ». Un sentiment de désarroi s’empare alors de la jeune femme, accentué par les rires entendus dans la salle d’attente. « Un des patients présents a lancé ‘starfoullah c’est un homme’… », déplore-t-elle. Apryl explique la situation à l’infirmière, qui ne lui aurait pas présenté d’excuses et rétorqué se fier uniquement aux documents.
« Je sais qu’aux urgences, les gens sont débordés, mais il faut pouvoir faire quelque chose… » Selon elle, cette situation l’a « mise en danger » en exposant publiquement sa transition, alors qu’elle souhaitait rester discrète. « Les personnes de la communauté LGBTQIA+ sont exposées aux agressions, j’en ai moi-même subi plusieurs. J’ai souvent peur pour ma vie. On ne sait pas ce qui aurait pu se passer… »
Le CHU se défend
« Son identité de genre n’a, en aucun cas, été remise en question », rétorque le CHU de Toulouse qui « regrette l’incompréhension exprimée ». « Les règles d’identito-vigilance, qui visent à garantir l’identification des patients et la sécurité de leur parcours de soins, reposent sur le recueil d’informations administratives issues des données d’état civil et de l’Assurance maladie. »
« Les équipes hospitalières sont sensibilisées à ces situations », poursuit l’établissement. Ce dernier se dit « attentif aux conditions d’accueil de chaque patient, qu’il assure sans discrimination, fondé sur le respect, l’égalité de traitement et la qualité des soins ».
Plus de 4 millions de vues sur TikTok
Se sentant à la fois honteuse, triste et en colère, Apryl décide de tourner une vidéo pour raconter l’incident à ses proches, qu’elle poste le lendemain sur TikTok. La publication cumule aujourd’hui plus de 4,6 millions de vues. « Je ne m’attendais pas à ça, confie-t-elle. Il y a des commentaires haineux, mais c’est surtout du positif, des gens me soutiennent, partagent leurs propres expériences, certains issus du milieu médical expliquent comment ils fonctionnent pour accueillir des personnes trans… »
Si elle a partagé son témoignage, c’est pour sensibiliser à sa « réalité ». « Ce n’est pas normal, l’hôpital doit être un lieu où l’on se sent en sécurité », lance Apryl. Mais la jeune femme tient à montrer d’autres exemples : « Je fais régulièrement des prises de sang dans un laboratoire dans le cadre de mon traitement hormonal. J’ai demandé à être appelée ‘madame’, je n’ai jamais de souci là-bas. »















