La gauche fait face à de nombreux dilemmes en vue du second tour des municipales. Malgré l’absence d' »accord national » du Parti socialiste avec La France insoumise, les annonces d’alliances conclues ou en cours s’accumulent, comme à Lyon, Toulouse, Limoges, Avignon ou encore Besançon.
Les tractations en vue d’alliances au second tour des municipales ont bel et bien commencé, au lendemain d’un premier tour notamment marqué par une percée de LFI. Le secrétaire général du parti socialiste Pierre Jouvet a répété lundi 16 mars qu’il n’y aurait pas d' »accord national » entre les socialistes et les insoumis dans l’espoir de l’emporter au second tour. Il a même « solennellement » demandé à LFI de se retirer à Marseille ou encore Amiens. Il n’exclut pas, néanmoins, des alliances locales possibles.
« Des fusions sont en cours ou faites dans la moitié des villes de plus de 100.000 habitants » avec LFI, a également assuré à l’AFP l’Insoumis Paul Vannier. Des accords d’alliance ont déjà été trouvés à Toulouse, Avignon, Besançon, tandis que les négociations se poursuivent à Lille ou encore Nantes.
• Un accord rapidement trouvé à Toulouse
À Toulouse, quatrième ville de France, les candidats insoumis et le PS et les Écologistes ont annoncé lundi 16 mars une « liste commune » au terme d’une nuit blanche de négociations. Avec leurs 27,5% et 25% de voix respectives, l’insoumis François Piquemal et le socialiste François Briançon sont ainsi en bonne position pour tenter de battre les 37% du maire divers droite sortant Jean-Luc Moudenc, car cela leur donne un avanage de 10 points d’avance.
François Piquemal a annoncé prendre la tête de cette « liste commune en capacité d’ouvrir une nouvelle ère à Toulouse »: il deviendrait ainsi, en cas de victoire, maire de la ville pendant que son allié, François Briançon, dirigerait la métropole toulousaine.
Alors que le Parti socialiste a refusé tout accord national avec LFI, François Briançon assume son choix de fusion. « Je me suis entretenu avec Olivier Faure (…) j’ai pris mes responsabilités », a affirmé la tête d’une liste PS, Écologistes, Place Publique, Génération.s et PC. « Quand on est de gauche, on rassemble la gauche », a déclaré le patron du PS de Haute-Garonne. Lundi, le Parti radical de gauche (PRG) a lui annoncé son retrait de la liste d’union, « avec le sentiment du devoir de clarté ».
• À Lyon, la liste de Grégory Doucet rejointe par La France insoumise
La liste d’union de la gauche du maire écologiste de Lyon Grégory Doucet a annoncé lundi après-midi avoir été « rejointe » par la liste de La France insoumise portée par Anaïs Belouassa-Cherifi en vue du second tour des élections municipales contre l’ancien patron de l’OL Jean-Michel Aulas. « Le rassemblement autour de Grégory Doucet s’élargit. En responsabilité, les listes de La France insoumise ont, comme ailleurs, rejoint cette dynamique », écrit-elle dans un communiqué.
Un accord déjà redouté par Jean-Michel Aulas, qui a qualifié d' »accord de la honte en train de se mettre en place » à gauche au soir du premier tour.
• « Une seule liste de gauche » face au RN à Avignon
« Il n’y aura qu’une seule liste de gauche » au second tour, a confirmé lundi un proche du candidat socialiste David Fournier, en 3e position au premier tour avec 19.89% des voix devant son alliée insoumise Mathilde Louvain (19.03% des voix). Une condition sine qua non pour espérer garder Avignon à gauche après 14 ans de mandat socialiste, face à la liste Rassemblement national d’Anne-Sophie Rigault (RN), arrivée 2e avec 25,52% des voix et devant le candidat suprise (et journaliste télé) sans étiquette Olivier Galzi qui est en tête .
La candidate LFI Mathilde Louvain avait assuré vouloir agir « en responsabilité » à l’AFP, expliquant qu’il fallait voir comme « un péril » la montée du RN à Avignon, dans un département fief de l’extrême droite.
• La gauche de Besançon unie pour « battre la droite »
À Besançon aussi, la maire écologiste sortante qui a été largement distancée par le candidat Les Républicains dimanche a annoncé que LFI se ralliait à elle pour « battre la droite » au second tour. La candidate d’une alliance Écologistes-PS-PCF Anne Vignot (33,37% des voix) s’unit avec la candidate LFI Séverine Véziès qui a obtenu 10,90% des suffrages, dans l’espoir de battre la liste de Ludovic Fagaut (40,13%), soutenue par le MoDem, de Laurent Croizier.
• Une fusion PS-LFI aussi à Limoges
Le candidat PS-PCF-Place publique Thierry Miguel, troisième du premier tour à Limoges, a accepté lundi de fusionner sa liste avec celle du député Insoumis Damien Maudet pour battre le président LR de la métropole Guillaume Guérin, en tête dimanche, selon leurs équipes de campagne.
Thierry Miguel et Damien Maudet, qui ont recueilli respectivement 16,92% et 24,86% des voix dimanche, contre 27,34% pour Guillaume Guérin, espèrent ainsi faire rebasculer à gauche cette ville de 130.000 habitants dirigée par le PS pendant plus d’un siècle (1912-2014).
· D’intenses négociations en cours à Lille
Les discussions s’intensifient à Lille entre les trois forces de gauche arrivées en tête, socialistes et insoumis cherchant une alliance avec les Écologistes. « On travaille à trouver un accord respectueux du résultat des urnes », a déclaré à l’AFP l’équipe de Stéphane Baly lundi matin. « Il faut laisser du temps à la discussion », a-t-elle ajouté, tout en tablant sur un accord d’ici « ce soir » afin de préparer le second tour.
Les écologistes lillois mènent des discussions parallèles avec les deux camps de gauche, a expliqué sur France Info la cheffe des Écologistes Marine Tondelier.
« Ils avaient deux équipes de négociation, une avec La France insoumise et une avec le Parti socialiste. C’est ce qui s’est passé toute la nuit et c’est ce qui va encore se passer », a-t-elle déclaré, soulignant que le score du PS est « historiquement le plus bas qu’ils n’ont jamais fait en 70 ans. »
Sur BFM Lille, Lahouaria Addouche a de son côté jugé que les négociations avançaient « bien ». « Nous devrions trouver un accord. Avec Stéphane Baly, nous avons beaucoup de points de convergences », a-t-elle assuré. « Nous avons discuté une grande partie de la nuit », a indiqué sur Ici Nord lundi matin le député LFI du Nord Aurélien Le Coq, disant espérer « des annonces certaines de manière très proche ».
• Le maire PS Olivier Bianchi annonce une fusion « technique » à Clermont-Ferrand
Le maire sortant socialiste de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, a annoncé lundi la fusion « technique » de sa liste avec celle de La France insoumise (LFI) conduite par la députée Marianne Maximi en vue du second tour des élections municipales.
« Nous avons décidé de mettre en commun nos forces à travers un accord technique » au second tour, a déclaré lors d’une conférence de presse l’édile, qui brigue un troisième mandat dans une ville socialiste depuis la Libération. Olivier Bianchi et Marianne Maximi, avec 29,99% et 17,01% des voix, ont été devancés contre toute attente par le candidat LR Julien Bony (33,95% des suffrages).
• Le maire sortant de Tours fusionne
Selon les informations de La Nouvelle République, la gauche est parvenue à un accord de second tour à Tours.
Le maire sortant Emmanuel Denis (union de la gauche entre Les Écologistes, le Parti socialiste, le Parti communiste, L’Après et Place publique) est arrivé en tête du scrutin avec 34,04%, devant le candidat de droite Christophe Bouchet qui a obtenu 23,88% des suffrages.
L’insoumise Marie Quinton s’était qualifiée au second tour avec 11,46%, juste derrière le candidat du RN Aleksandar Nikolic (11,69%). Le second tour devrait donc être une triangulaire entre Emmanuel Denis, Christophe Bouchet et Aleksandar Nikolic.
• À Brest, le maire PS sortant en difficulté annonce une alliance avec LFI
Le maire PS de Brest François Cuillandre (23,8%), distancé par la droite au premier tour des municipales (Stéphane Roudaut est en ballotage favorable avec 30,24%, NDLR), a annoncé lundi s’allier avec La France insoumise (LFI) au second tour, dans le cadre d’une fusion technique.
« La gauche reste majoritaire à Brest, dans sa diversité », a-t-il souligné M. Cuillandre au cours d’une conférence de presse commune avec la tête de liste LFI Cécile Beaudouin. « Le souhait que nous avons, c’est de continuer cette aventure en commun de la gauche », a-t-il ajouté.
• Des accords plus improbables à Marseille ou Paris
Même la maire sortante de Nantes et numéro deux du parti socialiste Johanna Rolland, pourtant tenante d’une ligne anti-LFI, a entamé des négociations avec le parti mélenchoniste, pour barrer la route au candidat LR qui la talonne. Mais à Paris et Marseille, les négociations s’annoncent plus ardues après des campagnes extrêment tendues entre socialistes et insoumis.
La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a jugé « risquée » la stratégie de Benoît Payan à Marseille et d’Emmanuel Grégoire à Paris d’exclure toute alliance avec LFI. Et elle a vivement critiqué ceux la refusant par principe, comme Raphaël Glucksmann et François Hollande, qui veulent « être les rois du cimetière de la gauche ».
Ce lundi, le coordinateur de La France Insoumise Manuel Bompard a répété son souhait d' »une fusion entre les différentes listes (de gauche) pour battre la droite et l’extrême droite, comme d’ailleurs c’est la tradition à gauche depuis la nuit des temps ».
Les choix pour le second tour du 22 mars devront être tranchés au plus tard mardi à 18 heures, dernier délai pour déposer ses listes en préfecture. À ce moment-là, les têtes de liste ayant obtenu plus de 10% des voix dimanche devront dire si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.

















