Devant la cour d’assises de Paris se tient, depuis le 30 mars, le procès dit de la loge Athanor. Une loge maçonnique de la région parisienne où se sont croisés des individus qui ont monté des opérations noires : assassinats et tentatives, des extorsions aussi. Au nom de la DGSE ? Plutôt de leurs intérêts et de clients jusqu’au-boutistes. Au milieu de ce scandale, un chef d’entreprise toulousain. À 41 ans, cet homme sans passé risque gros pour avoir voulu faire récupérer de l’argent dû à un de ses amis, potentiel associé. Les détails de cette curieuse histoire.
Les meilleurs scénaristes auraient sûrement eu du mal à imaginer la trame du dossier Athanor, jugé depuis la fin mars devant la cour d’assises de Paris. Sur les bancs des accusés, vingt-deux individus sans casier judiciaire, dont des militaires qui se rêvaient acteurs d’opérations secrètes.
Ils sont poursuivis notamment pour l’assassinat d’un pilote de course mauvais payeur. Et aussi la tentative d’élimination d’une simple coach sportive, présentée comme une agente du Mossad (!) mais qui, en réalité, faisait simplement de l’ombre à un concurrent. Autre cible, un syndicaliste tendance Gilet jaune dont les revendications agaçaient sa responsable d’entreprise et, enfin, un couple de promoteurs immobiliers, un peu fâchés avec leurs créanciers.
Au départ, une simple histoire d’amitié
Ce dernier volet, un peu moins sanglant, intéresse directement un homme sans histoire qui dirige depuis dix-huit ans une société florissante de construction individuelle implantée dans la Ville rose. Comment ce Toulousain de 41 ans, célibataire davantage connu pour son sérieux que pour ses mauvais coups, se retrouve-t-il jusqu’à mi-juillet devant une cour d’assises ? Avec, en prime, une peine de trente ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d’amende au-dessus de la tête ?
Les magistrats et jurés vont s’intéresser plus particulièrement à la partie « toulousaine » de ce dossier à tiroirs cette semaine à Paris. Avant de se lancer dans la tentative d’extorsion appuyée sur des méthodes expéditives, Pierre T. travaillait. Beaucoup. Au point que ce chef d’entreprise, malgré sa réussite financière, cherchait des soutiens, voire un associé. Des relations l’ont mis en contact avec Alain M., un entrepreneur parisien.

Avec ce professionnel, les relations sont vite devenues sincères et conviviales. La naissance d’une amitié, suivie rapidement du projet d’unir leurs compétences pour appuyer leur volonté de progresser ensemble. Seulement, l’association potentielle s’est heurtée à une réalité économique : 300 000 euros qui n’avaient jamais été payés par des investisseurs parisiens. Et, malgré une décision de justice favorable, Alain se cognait contre le peu d’empressement de ses créanciers à mettre la main au porte-monnaie.
Des rats en guise de décor macabre
De conversations en fausses solutions, Pierre T. prend contact avec Yannick Pham, ancien spécialiste des faux papiers, un temps au service de la sécurité intérieure (DGSI). Cet homme usait de ses relations au sein de la loge Athanor pour faire progresser « les affaires ». Que lui ont demandé Pierre et Alain ? « Simplement de mettre la pression sur le couple de créanciers », avance Me Marie-Ange Alexis, avocate de l’entrepreneur toulousain.
Quelle pression ? Parce qu’après avoir mandaté plusieurs « hommes de main » qui pensaient sans doute de loin agir sous couvert de l’État, ces derniers n’ont pas lésiné sur les moyens. Après quelques messages et appels téléphoniques anonymes, ou un projet de lettre pour dénoncer des délits de pédophilie dont serait coupable un des membres de ce couple homosexuel – pure invention –, ils ont basculé vers des actions « plus concrètes ».
D’abord, ils sont restés dans le symbolique, avec l’accrochage de nombreux rats morts (!) sur le portail et la clôture de la maison du duo à Soignolles-en-Brie, au sud-est de Paris. Puis, faute de paiement, ils ont mis le feu à leur portail le 18 décembre 2019. Et, finalement, ils sont passés aux violences avec un très sévère passage à tabac, le 29 janvier 2020, dont la victime a peiné à se remettre – au plan judiciaire, vingt jours d’incapacité physique et trente jours d’incapacité psychologique.
Ordres ou simples demandes ?
Si l’entrepreneur toulousain a admis devant le juge d’instruction avoir demandé « de mettre la pression » sur le binôme visé, il conteste, avec son ex-ami Alain, d’avoir formulé d’aller « si loin ». Seulement, l’intermédiaire et les hommes de main affirment quand même avoir agi « sous ordre ». Et après le paiement de plusieurs milliers d’euros, entre 5 000 et 15 000 selon les déclarations.
Dans ce dossier tentaculaire, Me Marie-Ange Alexis et son confrère parisien Martin Vettes connaissent les risques pour leur client. Mis en examen en juin 2022, Pierre T. a alors été placé sous contrôle judiciaire sans passage en détention, contrairement à plusieurs autres accusés. Sa capacité à expliquer qu’il a été dépassé par les initiatives du groupe de barbouzes peut-elle l’empêcher de finir en prison au début de l’été ? C’est tout l’enjeu de cette semaine d’audience.













