Le plan national d’arrachage impacte le vignoble de Fronton, en Haute-Garonne, qui va se priver de 200 hectares de vignes d’ici la fin de l’année. Le début d’une longue crise ?
Le ciel devient sombre et annonce de violentes pluies à Vacquiers. Sur sa propriété, le Domaine des Pradelles, Noëlle Prat peut souffler. Un travail harassant vient de s’achever. Trois hectares de vignes viennent d’être arrachés. Une nécessité mais aussi un crève-cœur pour son papa qui les avait plantées dans les années 70… La vigneronne peut ainsi réduire d’un poste ses effectifs et empocher la prime à l’arrachage définitif : 4 000 euros par hectares. À vrai dire, pas grand-chose.
Mais beaucoup ont signé alors que la campagne est lancée en France, le pays du vin qui s’apprête à arracher plus de 27 000 hectares de vignes. Cela concerne les rouges essentiellement, ce pourquoi le Sud-Ouest et l’Occitanie sont en première ligne de cette triste actualité. Ces vins font moins recette et la perte des marchés oblige à des mesures de ce genre. Le Frontonnais n’échappe pas à cette crise que tous redoutaient sans pourtant vraiment y croire.
Dans ce vignoble, célèbre pour son cépage unique, la négrette, c’est le coup de massue lorsqu’on découvre le nombre de demandes : « C’est simple, ce sont 200 hectares de vignes qui seront arrachés avant la fin de l’année, soit 1/5e de la superficie plantée. Un viticulteur du deux arrache. On peut parler de crise. Le monde viticole français et mondial souffre et le phénomène s’accélère depuis l’après Covid. Les vins de fronton sont très touchés. En plus des aléas climatiques, les changements de consommation rendent le métier de vigneron plus difficile que jamais », confie, attristé, Benjamin Piccoli.
Le directeur du syndicat des vins de Fronton sait qu’une tempête s’abat sur la profession. Progressivement elle rebat les cartes et incite, selon lui, « à une réflexion pour s’adapter ».
Les blancs de l’espoir
Sans cela, en effet, l’avenir risque d’être plus sombre pour le vignoble qui peut néanmoins compter sur la passion et la motivation des propriétaires de chais et des coopérateurs de la Cave Vinovalie.Mais pour combien de temps encore ? Comment les générations futures trouveront – elles le goût de s’engager dans ce qui apparaît pour beaucoup comme le treizième travail d’Hercule ?C’est pour cela, qu’ici, personne ne reste les deux pieds dans le même sabot. Et que l’on explore le maximum de pistes. Parmi elles, une qui aurait sans doute fait sourire il y a vingt ans à peine : le vin blanc.
Après le rosé, qui constitue aujourd’hui la moitié des 30 000 hectolitres produits tous les ans dans ce vignoble, le blanc pourrait se présenter comme une solution d’avenir : « On essaie d’inscrire le Bouysselet, un cépage ancien, dans l’appellation, mais les autres cépages blancs auront tout autant leur place. Ces vins connaissent un succès grandissant. On les aime secs mais leur déclinaison en bulles est aussi très appréciée. Ce choix pourrait relancer les ventes de vins dans les prochaines années », assure Benjamin Piccoli qui voit plus loin : « Ce printemps par exemple, nous avons animé des groupes de travail pour les vignerons autour des rouges légers, qui correspondent plus aux attentes des consommateurs. Sur ce thème, la Négrette a encore des atouts ».
La polyculture en est un autre, pense le directeur. Certains qui arrachent leurs vignes l’envisagent déjà. C’est une solution pour survivre dans un monde rempli d’incertitudes et en perpétuel mouvement. Un peu moins, en revanche, pour le vin, ce patrimoine aux belles couleurs régionales plus que jamais engagé dans un combat… pour ne pas boire le calice jusqu’à la lie.














