Sous les coteaux gascons, une ville entière attendait qu’on lui prête attention. Dans le Gers, l’oppidum de Latran à Pouydraguin sort enfin de l’oubli. Un diagnostic archéologique mené en 2021, suivi d’une prospection géophysique en 2024, vient de lever le voile sur l’ampleur réelle d’un site gallo-romain longtemps sous-estimé. Les résultats, présentés par Philippe Gardes, chercheur à l’INRAP, témoignent d’une agglomération fortifiée bien plus dense et active qu’on ne le supposait.

Un oppidum fortifié au-dessus de la vallée de l’Arros
Perché sur une ligne de crête dominant la vallée de l’Arros et, au-delà, celle de l’Adour, le site de Latran occupait une position stratégique au cœur de la Gascogne centrale. Connu des spécialistes depuis plusieurs décennies, il n’avait jamais fait l’objet d’investigations sérieuses.
On savait que ses terrasses taillées dans le flanc ouest du promontoire pouvaient remonter à la fin de l’âge du Fer, et que le lieu figurait dans les inventaires régionaux parmi les agglomérations secondaires du Gers. Rien de plus, jusqu’en 2020, quand des travaux de piscine sur le domaine ont mis au jour des vestiges antiques, déclenchant l’intervention de l’INRAP.
Ce que les nouvelles fouilles ont révélé
Le diagnostic de 2021, puis la prospection géophysique de 2024, ont changé la donne. Le site se révèle solidement fortifié, protégé par une enceinte en terre défensive dont les traces demeurent lisibles en surface. L’agglomération qu’il abritait menait des activités diversifiées, artisanales et commerciales.
Parmi les découvertes les plus frappantes : près de deux cents amphores importées d’Italie, ayant contenu majoritairement du vin, mais aussi de l’huile. Ces récipients à fond pointu arrivaient par le port de Narbonne et remontaient l’axe Aude-Garonne jusqu’aux coteaux gersois. À proximité du site, au lieu-dit Hiladou, des vestiges de fours de potiers confirment l’existence d’un site satellite artisanal, séparé de l’oppidum d’à peine 400 mètres et contrôlant une ancienne voie d’accès à la plaine. Trois nouveaux gisements datant d’avant l’époque d’Auguste ont également été repérés dans le secteur.
Un commerce florissant à la croisée des mondes
Les amphores italiennes ne sont pas une curiosité isolée : elles témoignent d’une intégration précoce dans les circuits commerciaux romains. Les Aquitains de Latran commerçaient avec toute la Méditerranée, consommaient du vin de luxe acheminé depuis la péninsule italienne, et fabriquaient leurs propres céramiques sur place. Le site fonctionnait comme un carrefour reliant le piémont pyrénéen, les coteaux de Gascogne et la plaine landaise.
Quant aux morts, les archéologues n’en ont retrouvé aucune trace organisée, seuls quelques os humains isolés, peut-être des reliques. Un mystère qui reste entier.
Un patrimoine à valoriser dans un département riche en trésors enfouis
Le Gers n’est pas avare en révélations. Le département abrite Éauze, l’antique Elusa, ancienne capitale de la Novempopulanie, dont le musée du Trésor conserve l’une des plus importantes collections monétaires de France. La villa gallo-romaine de Séviac et ses 450 m² de mosaïques rappellent à quel point ce territoire fut intensément occupé sous l’Empire. Latran complète ce tableau en éclairant les agglomérations de hauteur préaugustéennes, moins spectaculaires que les grandes villas mais essentielles à la compréhension de l’Aquitaine antique.
Les recherches sur les Aquitains dans le Gers, reprises après une longue interruption, s’appuient désormais sur des outils modernes comme la géophysique, capables de cartographier les vestiges sans toucher au sol. Une conférence publique organisée le 6 juin 2025 à Pouydraguin par l’association Le Piton a permis à Philippe Gardes de partager ces résultats avec les habitants. L’engouement suscité ce soir-là dit quelque chose de l’appétit grandissant pour ce patrimoine gascon discret, qui n’en finit pas de livrer ses secrets.



















