Paul Cazals, jeune homme de 27 ans originaire de Verdun-sur-Garonne et vivant à Toulouse, s’entraîne depuis plusieurs mois pour sa première course de triathlon « Ironman Tours » ayant lieu dans la ville éponyme le dimanche 14 juin 2026. Atteint de la maladie de Crohn, il nous dévoile son parcours de vie, la maladie, sa motivation sans faille pour le trail.
La maladie de Crohn est une maladie aux symptômes invisibles, lesquels provoquent une inflammation chronique de l’intestin. Une maladie handicapante, elle rythme le quotidien de Paul Cazals, 27 ans. Pour autant, ce dernier refuse de se laisser abattre. Il confie à La Dépêche du Midi sa soif inébranlable de réaliser son rêve : terminer son premier triathlon.
Comment vous est venue l’idée de faire un triathlon ?
Tout a commencé quand j’étais plus jeune. J’ai découvert le triathlon à la télé, vers 2013 ou 2014. À l’époque, je trouvais ces athlètes complètement fous. Puis, après le diagnostic de ma maladie de Crohn, je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? »

Vouliez-vous dépasser la maladie ?
Exactement. La maladie de Crohn provoque des douleurs, de la fatigue et impacte le quotidien. Il y a des périodes de crise et de rémission. Ce défi, c’est ma manière de montrer qu’avec de la volonté, on peut accomplir de grandes choses, même malade.
Comment avez-vous appris que vous étiez atteint de la maladie de Crohn ?
C’est arrivé au travail, dans l’aéronautique. Je fais des essais sur les avions avant leur premier vol. J’ai commencé à avoir de fortes douleurs à l’estomac. Après plusieurs examens, le diagnostic est tombé. À 25 ans, on se croit invincible, mais il faut se reprendre en main à travers des objectifs, sinon on peut tomber dans une spirale infernale.
Préparer un Ironman avec cette maladie, qu’est-ce que ça change ?
C’est un vrai défi. La nutrition est essentielle, car j’ai des troubles digestifs. Il faut gérer la fatigue chronique, les douleurs à l’estomac, les rendez-vous à l’hôpital. Je m’entraîne 15 à 20 heures par semaine, soit environ trois heures par jour.

C’est un sport solitaire, non ?
Oui, on ne voit plus beaucoup la famille et les amis. C’est dur, d’autant plus que je suis très famille. Mais je m’accroche à mon rêve, c’est tout ce qui compte. Ce projet, c’est aussi une manière de faire le deuil de la maladie. Et j’espère inspirer d’autres malades. Beaucoup sont découragés, je veux leur montrer qu’il faut serrer les dents et s’accrocher à ce qu’on peut.
Le sport a-t-il changé votre rapport à la maladie ?
Ma maladie n’est pas stabilisée, je vais à l’hôpital chaque mois pour un traitement. Le sport m’a appris la patience. Avec 20 heures d’entraînement par semaine, on apprend à prioriser.
L’Ironman, c’est 226 kilomètres ?
Exactement : 3,8 km de natation en eau libre dans le Cher, 180 km de vélo et un marathon de 42,2 km, dans un temps imparti de 16 heures. Mon objectif, c’est de finir dans les 16 h. Et si je n’y arrive pas, je recommencerai. J’ai toujours réalisé mes rêves, celui-ci paraît impossible, mais j’y crois toujours.

Quelle est votre faiblesse parmi les trois sports du triathlon ?
J’appréhende la natation. Je suis un caillou, je coule (rires). Il faut être hydrodynamique. Je n’ai pas de coach, c’est trop cher. Je m’entraîne seul, je progresse, mais c’est la partie que j’appréhende le plus. Mon point fort, c’est la course à pied.
Avez-vous un objectif de temps ?
J’ai des temps en tête, je travaille des intensités, mais je veux surtout finir dans les 16 heures. Et à l’arrivée, il y aura ma mère avec la médaille. Même s’il faut ramper pour arriver à la ligne d’arrivée, je le ferai.
Comment s’organisent vos journées ?
Je sors du travail, je vais nager 2 km, puis je fais 2 h de vélo et/ou de la course. Je finis souvent vers 22 h. C’est un rythme « eat, sleep, fit » (« manger, dormir et être en forme »). Il faut garder ce quotidien et ne pas le perturber.
Le sport, c’est une passion depuis toujours ?
Oui. Après l’Ironman, je veux faire un semi-marathon, un 10 km et une « backyard », c’est une course infinie en faisant 6,7 km par heure et repartir l’heure d’après jusqu’à l’abandon. Je veux tester mes limites. J’ai besoin de me détruire le corps pour aller mieux dans ma tête.
Comment réagissent vos proches face à votre rêve ?
C’est un sujet très sensible. J’ai eu beaucoup d’avis négatifs. Ma mère s’inquiète. En décembre, j’ai failli mourir d’une infection au niveau du visage et les médecins m’ont conseillé d’arrêter, mais je préfère me donner des objectifs presque impossibles pour avancer et me sentir mieux dans mon corps. Avec une bonne préparation et une bonne gestion du sommeil et de la vie perso, on peut y arriver.
Pourquoi partager votre parcours sur les réseaux ?
Parce que je veux montrer que derrière les réussites qu’on montre sur les réseaux sociaux, il y a de l’effort. Je veux montrer les moments difficiles, mais aussi la force de se battre pour ses rêves.















