Du 15 au 26 juin, les élèves de seconde seront en stage obligatoire en entreprise. Et certains lycéens toulousains n’ont pas encore trouvé d’établissement prêt à les accueillir. Très sollicitée, Nassera Lebbad, référente en stages et alternances à la Maison de l’Orientation de Bellefontaine, reçoit essentiellement des jeunes issus de quartiers prioritaires. Elle analyse les freins qu’ils rencontrent et leur divulgue quelques conseils. Interview.
Nassera Lebbad, quelles sont les principales difficultés des jeunes de quartiers prioritaires en recherche de stage de seconde ? Les parents sont souvent complètement perdus. Ils n’ont aucun réseau à solliciter, et la langue peut être un frein pour les familles d’origine étrangère. Les jeunes issus de l’immigration peuvent aussi être pénalisés dans leurs candidatures par la consonance de leurs prénoms et noms de famille.
Comment faites-vous pour gérer ces difficultés ?Désamorcer l’angoisse des parents, c’est une grande partie de mon travail. Le lien familial souffre parfois des tensions liées à la recherche du stage : les parents en attendent beaucoup, et veulent offrir le meilleur à leurs enfants. Je leur rappelle qu’un stage d’observation, c’est de l’immersion avant tout. Il sert uniquement à découvrir le monde professionnel.
Transmettre les codes
Les stages de seconde sont remis en cause au niveau national depuis le décès d’un élève dans son entreprise d’accueil. Selon vous, ces stages ont-ils une réelle plus-value pédagogique ? Oui et non. Oui, parce qu’ils donnent aux élèves une vision concrète du fonctionnement d’une entreprise. Cela leur transmet des codes (ponctualité et savoir-être) et une posture professionnelle et cela peut parfois prévenir et éviter une orientation erronée. Il arrive que des élèves se rendent compte après un stage que le métier qu’ils envisageaient ne leur plait pas du tout. Mais le stage de seconde représente aussi un stress considérable : si l’élève n’en trouve pas, il ne validera pas son année.Concernant le débat actuel, c’est un cas malheureux, mais pas isolé. Certaines entreprises vont d’ailleurs sûrement freiner leur recrutement de stagiaires mineurs. Pourtant, un stagiaire ne devrait en aucun cas toucher les machines : il s’agit d’un stage d’observation !
Y a-t-il une filière plus demandée qu’une autre par les élèves ?Les élèves toulousains idéalisent énormément l’aéronautique, et c’est ce qui est le plus demandé. Malheureusement, il est très difficile pour les mineurs d’accéder à cette filière. Airbus ne prend personne, seuls les sous-traitants accueillent des stagiaires. De plus, il arrive que le stage se passe assez mal car les salariés, trop pressés, ne s’intéressent pas aux stagiaires et utilisent un lexique très complexe. Je pense que ces entreprises gagneraient à développer plus de services liés au tutorat.
Bien travailler son projet
Quels conseils donnez-vous aux élèves pour un stage réussi ?D’abord, il faut bien travailler le projet. Qu’ont-ils envie de faire ? Quel secteur les fait rêver ? Ensuite, il faut adopter la bonne posture. Il faut être curieux, poser des questions, et surtout être souriant.
Comment accompagnez-vous les élèves ?L’an dernier, j’ai suivi 199 jeunes. J’ai aussi guidé 167 parents dans leur recherche d’emploi. Pour moi, des parents épanouis professionnellement transmettront à leurs enfants un goût certain pour le travail. Je travaille en collaboration avec le rectorat et, parfois, les entreprises elles-mêmes. Chaque élève est orienté vers un domaine qui lui plaît : mon but est de créer des compétences, pas d’envoyer des élèves dans des entreprises juste parce que c’est urgent. Je dispose d’un réseau d’une centaine d’entreprises et d’interlocuteurs.
Chemsi El Sid pour MQML, l’agence de presse du Club de la presse Occitanie














