Mercredi après-midi, l’ambiance est électrique au tribunal correctionnel de Toulouse où Leroy, un habitant d’Auterive de 25 ans, comparaît le bras en écharpe. Le président Rives relate avec dégoût les 54 minutes de folie pure qui ont transformé le sud de la ville en zone de guerre, entre le boulevard Eisenhower et le secteur de Pins-Justaret.L’enquête décrit des scènes d’une violence inouïe : des policiers visés délibérément sur la chaussée, des slaloms entre les véhicules et des doigts d’honneur adressés aux gyrophares. Alors que les caméras de vidéosurveillance et les témoignages des victimes, encore sous le choc de l’accident, accablent le jeune père de famille, ce dernier admet finalement sa responsabilité. Récit.
« 54 minutes et 36 km de poursuite… On n’est pas loin du dernier record de ce qui devient un sport national… » Le président Rives lâche le constat, entre dépit et colère. Face à lui, dans le box du tribunal correctionnel de Toulouse, le bras en écharpe, Leroy, 25 ans. Dimanche soir, 23 h 19, il a été repéré route d’Espagne à l’entrée de Toulouse. « Vous faisiez des dérapages au frein à main sur un rond-point quand votre passager avalait du protoxyde avec un ballon de baudruche collé à ses lèvres. »
La police a voulu les contrôler. « Vous avez ralenti et vous êtes reparti, à balle ! » Bloqué dans une impasse, au bout de quelques kilomètres, Leroy s’est arrêté brièvement avant de passer la marche arrière. « À fond, vous avez percuté la voiture de police qui s’est retrouvée dans l’autre sens, illustration de la violence du choc ! » Le conducteur s’est échappé et a transformé le périphérique, puis la sortie de l’A64 ou encore le boulevard Eisenhower en piste de gymkhana géant.
Folie au volant sous des trombes d’eau
« Vous avez percuté la voiture d’un homme qui rentrait chez lui avec sa fille de trois ans à la sortie d’un rond-point, engagé à contresens. Puis vous avez multiplié les zigzags à grande vitesse, ou les sorties au dernier moment pour échapper à la police. En prime, une fuite à 170 km/h sur la bande d’arrêt d’urgence. Et tout ça sous la pluie, sans visibilité ! »
Dans le box, Leroy évite les commentaires. Après avoir forcé un ralentissement provoqué par les policiers, non sans avoir « visé » deux policiers sur la chaussée, ce père d’une petite fille a perdu la maîtrise d’une Peugeot 307, « empruntée » à la fête foraine de Miremont pour amener « un copain » à Toulouse dans un virage serré à Pins-Justaret. « Vous avez terminé dans un champ mais vous êtes parti en courant. Et quand les policiers vous ont rattrapé, vous vous êtes rebellé ! »
L’homme hausse les épaules. En garde à vue, il a longtemps évoqué un « troisième » homme au volant malgré son identification par les policiers impliqués et par les images des caméras de vidéosurveillance. « C’est moi qui conduisais », annonce le prévenu devant ses juges. « Pourquoi tout ça ? », questionne le président. « La peur. Je n’avais pas mon permis… » « Et votre copain qui a multiplié les doigts d’honneur à destination des forces de l’ordre ? » « Non plus », confie cet habitant d’Auterive.
Me Marie Nierengarten, au nom de cinq policiers, et Me Claire Matario pour la famille percutée par le chauffard, évoquent les risques, les dangers, les angoisses. « Finalement, tous s’en sortent choqués mais pas blessés. Ils ont eu beaucoup de chance. » Elles réclament d’importants dommages et intérêts.
Prison ferme requise
La chance, la procureure partage l’avis pour des faits « d’une extrême gravité ». Elle ne trouve aucune excuse dans cette volonté de s’échapper de ce conducteur, « jusqu’à prendre la fuite en courant puis de se rebeller violemment ». Et l’absence de passé judiciaire de cet homme, « mais avec déjà un permis suspendu », n’empêche pas la procureure de requérir trois ans de prison, dont un an avec sursis probatoire.
La défense évite les fausses pistes et les mauvaises excuses. « Rien d’intelligent ni de réfléchi dans cette folle fuite. Il se serait arrêté tout de suite, il ne serait pas là aujourd’hui », admet Me Tabata Merlateau. En parallèle, l’avocate cherche « une forme de compréhension », pour un homme grièvement blessé dans un accident en 2018, « et dont les capacités intellectuelles sont limitées ». Elle demande une peine moins lourde.
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Leroy est maintenu en détention pour trois ans, dont une année avec sursis probatoire ; son permis de conduire est annulé et il doit payer 5 000 euros d’amende. Il va devoir aussi verser aux victimes 1 000 et 1 200 euros aux policiers, 800 euros aux membres de la famille accidentée. Pour les voitures de police percutées, la facture viendra après expertise et une audience dédiée, début 2028.
















