Dans l’Hérault, la population issue de l’immigration représente 11% des habitants en 2022, un niveau stable depuis 50 ans. En revanche, les profils ont profondément évolué. L’Insee dresse un portrait objectif de ces hommes et ces femmes nés à l’étranger et résidant dans le département, essentiellement à Montpellier et Béziers.
Dans l’Hérault, la part de la population immigrée reste, en 2022, identique à celle observée il y a 50 ans. C’est le constat que dresse l’Institut national des statistiques dans sa dernière étude locale sur le sujet, basée sur le dernier recensement. Le département compte ainsi 130 900 personnes immigrées, soit 11% des habitants. Une proportion légèrement supérieure à celle de la région et de l’ensemble du pays, hors l’Île-de-France, selon les données de l’Insee. Derrière cette stabilité apparente, les trajectoires ont cependant fortement évolué. Les origines, les âges et les situations professionnelles des immigrés héraultais n’ont plus grand-chose à voir avec ceux des décennies passées.
Des arrivées successives qui ont façonné le visage de la population immigrée
L’histoire migratoire du département s’est construite par vagues, comme le rappelle l’Insee. Dans les années 1960 et jusqu’au milieu des années 1970, les arrivées sont surtout européennes. Les immigrés viennent alors massivement d’Espagne, dans un contexte de forte demande de main-d’œuvre, rejoints dans une moindre mesure par des Italiens.
À partir de la fin des années 1970, le contexte change. Le ralentissement de l’immigration de travail dû à la crise économique qui a suivi le choc pétrolier (1973) et le recours au regroupement familial modifient progressivement les profils. Les arrivées en provenance du Maroc prennent alors une place croissante, tandis que celles d’Algérie restent plus stables.
Depuis les années 2000, le paysage migratoire s’est encore diversifié. Les nouveaux arrivants sont plus variés dans leurs origines et leurs profils, avec une part non négligeable de jeunes adultes venus pour leurs études ou déjà diplômés.
Aujourd’hui, la population immigrée du département est composée pour moitié de personnes nées en Afrique, principalement au Maghreb. Environ trois sur dix sont nées en Europe, surtout en Espagne. Ces dernières sont globalement plus âgées, tandis que les immigrés originaires du Maghreb sont plus jeunes, avec un âge médian autour de 46 ans.
Montpellier et Béziers concentrent la moitié des immigrés du département
La répartition géographique est très marquée. Près d’un immigré sur deux vit dans l’une des deux principales villes du département : Montpellier ou Béziers. Une concentration bien plus forte que pour le reste de la population. Dans ces communes, la part des immigrés est également supérieure à la moyenne départementale, notamment à Montpellier où elle atteint près d’un habitant sur cinq. D’autres villes comme Lunel affichent aussi des niveaux élevés (16%), tandis que Sète (10%) et Agde (8%) restent en dessous.
Une concentration encore plus visible dans certains quartiers prioritaires. Dans plusieurs secteurs du Nord-Ouest de Montpellier, notamment La Mosson ou Petit Bard Pergola, les immigrés représentent une part importante des habitants, respectivement 40% et 43%, dans des zones où la précarité reste marquée.
Des écarts persistants sur le marché du travail
Sur le plan de l’emploi, les écarts avec le reste de la population demeurent nets. Parmi les 15-64 ans, un peu plus d’un immigré sur deux occupe un emploi, contre environ 63% chez les non-immigrés. Ces différences sont particulièrement sensibles chez les femmes, dont le taux d’emploi est de 42% pour les immigrées, contre 62% pour les non-immigrées. L’écart est beaucoup plus réduit chez les hommes.
Même lorsque le niveau de diplôme est élevé, les écarts persistent. Les immigrés diplômés du supérieur sont moins souvent en emploi que leurs homologues non immigrés. Les travaux de l’Insee évoquent plusieurs facteurs possibles, comme la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger, la barrière de la langue, la connaissance du marché du travail, ou les discriminations à l’embauche liées aux origines comme le précisent des travaux de l’Institut national d’études démographiques (Ined) à partir de l’enquête “Trajectoires et origines”.
Les immigrés sont par ailleurs très présents dans certains secteurs en tension, notamment le bâtiment, la restauration, le nettoyage ou l’aide à domicile. Ils représentent une part importante des ouvriers et des employés, mais restent moins présents dans les postes de cadres. Enfin, une part importante des immigrés diplômés occupe des emplois en dessous de leur niveau de qualification, une situation plus fréquente que chez les non-immigrés, selon l’Insee : « Leurs diplômes sont pourtant de niveau plus élevé. En effet, 21% des diplômés immigrés ont au moins un niveau bac+5 contre 16% des diplômés non-immigrés. Mais 42% des immigrés très diplômés sont en situation de déclassement professionnel, c’est-à-dire qu’ils sont surdiplômés pour l’emploi qu’ils occupent. »













