Devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, Guillaume Charvet s’est peu exprimé depuis l’ouverture du débat. Au-delà de l’amour réciproque que se portait le couple qu’il formait avec Jacqueline, la question du passage à l’acte tourne beaucoup autour des consommations de toxiques, et notamment d’un buvard de LSD pris par l’accusé trois soirs avant le 7 août 2023. Cette drogue a-t-elle joué un rôle dans les soixante coups de couteau qui ont tué Jacqueline, pianiste envoûtante âgée de 27 ans ? Compte rendu d’une longue première audience.
Sourcils froncés, yeux fermés ou fixés sur ses pieds, Guillaume Charvet évite les regards. Ceux de ses proches, à quelques mètres de lui dans la salle d’audience de la cour d’assises de la Haute-Garonne. Et ceux de la famille de Jacqueline : ses sœurs, sa mère, très dignes dans une douleur qui se devine sur leurs visages marqués.
Guillaume et Jacqueline s’aimaient. Beaucoup. « Ils semblaient si heureux », se souvient Laurent, le père de l’accusé. Avec son épouse, ils ont quitté la recherche et Montpellier pour s’installer comme boulangers, en Aveyron. « On voulait se rapprocher de la nature. On voulait épargner à Guillaume et à sa sœur les tentations de la ville ; sans les étouffer. On ne peut pas tout maîtriser », confie cet homme qui se demande encore ce qui a pu se passer. « Longtemps, j’ai cru à un troisième homme tant les faits me paraissaient impossibles, si loin de Guillaume. »
Tristesse, angoisse le matin du 7 août 2023
Claire, sa mère, se reproche encore cette conversation le matin du lundi 7 août 2023, quelques heures, quelques minutes même avant les coups de couteau dévastateurs. « Vers 8 h 30, Guillaume m’a appelée. Il n’était pas bien, triste. La conversation était saccadée. Quelque chose n’allait pas. Il semblait angoissé. Je lui ai conseillé de sortir, d’aller marcher, se changer les idées. En même temps, Jacqueline m’envoyait des messages. Elle m’annonçait qu’elle allait m’appeler, après… » Malgré des appels répétés, « toutes les 5 minutes », Guillaume comme Jacqueline n’ont plus répondu.
L’enquête menée par les policiers du groupe de protection de la famille l’a montré. La jeune femme s’inquiétait. Elle trouvait Guillaume « différent », « parano » depuis la fin juin. À ses amis, elle a confié sa peur le dimanche soir lors d’une sortie au cinéma, puis par messages le lundi matin du 7 août 2023. Vers 9 h 30, deux voisines ont entendu des cris. Elles n’ont pas réagi.
« Une erreur », reproche la présidente Valérie Noël qui ne les a pas convoquées en raison d’un planning très, trop serré. Le légiste vient atténuer ce reproche. Dans la soixantaine de coups relevés sur le corps supplicié, une quinzaine « étaient très profonds », détaille-t-il en réponse à l’avocat général Olivier Janson. Au moins trois mortels. « Difficile d’être très précis mais selon les analyses anatomopathologiques, elle n’a pas vécu plus de 15 minutes après ces coups. Peut-être moins. »
LSD pas trouvé mais…
Comment comprendre ce passage à l’acte ultra-violent, puis ces coups que l’accusé s’est auto-infligés, après ? La consommation de drogues revient au détour des questions. Guillaume Charvet buvait, beaucoup. Du cannabis et des traces de cocaïne ont été retrouvés dans ses analyses. Il a aussi évoqué la prise de LSD, le vendredi. Pas recherchée. « Si ! Mais le LSD disparaît très vite. Au bout de 12 heures, il n’y a plus de trace », étonne la responsable du département de toxicologie du laboratoire de police scientifique de Toulouse.
Le détail de l’analyse avait échappé aux parties. Et l’expert psychiatre Florent Trape lie cette drogue au passage à l’acte. « Parce que ce qu’il décrit, cette voix qui lui dit qu’il la déteste, cette image d’un ancien chef qu’il considérait comme harceleur, cela correspond parfaitement. Un couple qui s’aime, la jalousie qui monte, on sort du rationnel. Pour moi, c’est lié au toxique. » La défense, Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin, font répéter devant des jurés, trois femmes et trois hommes attentifs. L’expert considère que l’accusé doit bénéficier d’une altération du discernement.
Tout sauf un détail. La peine encourue serait alors ramenée à 30 années de réclusion criminelle, plus la perpétuité.
Verdict ce jeudi 21 mai, dans la soirée.














