Présent dans les céréales, le pain ou certains légumes, le cadmium élément toxique, fait l’objet d’une vigilance accrue des autorités sanitaires. Les dernières données de l’Anses confirment une contamination diffuse de la population française, alimentée notamment par certains engrais phosphatés utilisés en agriculture. La région toulousaine n’échappe pas à cette tendance, même si les données locales restent encore limitées.
Présent dans de nombreux aliments du quotidien, le cadmium, ce métal toxique classé dans le groupe 1 des substances cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), suscite une inquiétude croissante en France.

Cette préoccupation s’est renforcée avec la publication des dernières données de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui confirment une exposition diffuse de la population, particulièrement marquée chez les enfants, et jugée préoccupante chez près d’un adulte sur deux. Alors que la proposition de loi sur le cadmium, adoptée le 27 mai en commission des affaires sociales, sera examinée à l’Assemblée nationale ce 2 juin, la région toulousaine est-elle particulièrement exposée à ce métal lourd ?
En Occitanie, comme partout ailleurs, « les engrais phosphatés sont largement utilisés en grandes cultures. Or, en France, une partie des roches phosphatées importées, notamment du Maroc, est particulièrement riche en cadmium, substance classée cancérogène, avec aussi des effets ostéoporotiques et rénaux possiblement jusqu’à trente ans après l’exposition », détaille Camille Dumat, de Toulouse INP Agro, experte du groupe de travail Anses consacré au cadmium.
Des sols globalement moins dégradés qu’ailleurs
« Le cadmium peut alors entrer dans la chaîne alimentaire via certains végétaux, ce qui explique la mobilisation des autorités sanitaires. L’Occitanie conserve malgré tout des sols globalement de meilleure qualité que dans d’autres régions françaises très industrialisées. »
Parmi les pistes envisagées pour limiter la contamination alimentaire, la sélection de variétés de blé absorbant moins de cadmium apparaît aujourd’hui comme l’une des solutions les plus rapides à mettre en œuvre.
Des chercheurs de l’Inrae et plusieurs partenaires travaillent désormais à sélectionner des variétés capables de limiter aussi l’accumulation d’autres métaux toxiques comme l’arsenic, le nickel ou le plomb, sans réduire les rendements ni les qualités nutritionnelles du blé.
« Aujourd’hui, il y a une vraie réflexion sur la qualité des intrants agricoles, les alternatives et les pratiques agroécologiques telles que les engrais verts. Certaines organisations agricoles, comme la FNSEA, indiquent qu’elles utiliseraient des fertilisants de meilleure qualité s’ils étaient disponibles », observe également Camille Dumat.
Comment limiter son exposition ?
Certaines études suggèrent que les aliments issus de l’agriculture biologique pourraient être moins contaminés par le cadmium. Une étude anglaise de 2014 évoque ainsi une contamination moyenne inférieure de 48 % dans les produits bio. Toutefois, ces résultats restent encore débattus scientifiquement et varient selon les catégories d’aliments : l’effet semble plus net pour les céréales que pour les légumes.
Les spécialistes recommandent avant tout de diversifier son alimentation et de privilégier les légumineuses, dont la concentration en cadmium est environ dix fois plus faible que celle observée dans les céréales selon l’Anses.
« Les produits céréaliers sont pointés du doigt, en particulier les flocons d’avoine, qui concentrent davantage le cadmium. C’est un peu paradoxal : des parents cherchent des alternatives plus saines et se tournent vers ces produits, pensant bien faire. L’idée n’est pas de supprimer ces aliments, mais de diversifier et d’adapter les pratiques, par exemple en variant les céréales ou en modifiant certaines préparations », ajoute Morgane Moulis, présidente de l’URPS Biologistes Occitanie.
Conseils pratiques pour limiter son exposition
Privilégier autant que possible des produits bio et locaux.Favoriser les légumes-fruits (tomates, courgettes, poivrons) plutôt que les légumes-racines ainsi que les légumineuses.Pour le pain, préférer le sarrasin, le seigle ou le petit épeautre.Le tabagisme constitue également une source importante d’exposition au cadmium et augmente significativement sa concentration dans l’organisme.













