Avant d’inonder TikTok, Instagram et Facebook de vidéos sur Albi, Julien Laur vendait des fruits et légumes. Huit mois après le lancement de son agence Procam81, il cumule 700 000 vues… et une ambition bien plus large que celle d’un simple “influenceur”.
Il répond avant même que la question ne lui soit posée : « Non, je ne suis pas un influenceur ! » « Enfin… oui et non », sourit Julien Laur, alias Procam81. « Je suis dans la communication et le marketing. J’ai créé une véritable agence. » La nuance n’est pas qu’un détail de vocabulaire, elle définit tout le projet du jeune Albigeois.
Des cageots de fruits à la caméra
Avant de devenir Procam81, Julien Laur était à la tête de sa propre entreprise de fruits et légumes, écoulés notamment auprès des restaurateurs locaux. « Malheureusement, avec le Covid, ça n’aura duré que quatre ans. » Le commerce ferme, mais une vieille passion remonte à la surface : la vidéo.
Depuis l’enfance, il filmait tout avec son téléphone. Adolescent, il s’inscrit à un concours de court-métrage en 24 heures, avec la Scène nationale d’Albi : écriture, tournage, montage, rendu…, le tout dans la journée. « J’ai adoré le concept. » Une première série – vite retirée des réseaux – lui sert de laboratoire expérimental. Puis vient cette vidéo postée sur TikTok qui connaît un réel succès. Il ne lui en fallait pas plus.
Mais d’où vient le nom du compte ? Une trouvaille maison : « T’es un pro, t’as une cam, t’es Procam ! Je ne suis pas allé chercher bien loin », rigole-t-il. Sans oublier l’ajout du chiffre 81 pour le Tarn. Derrière la blague, une volonté assumée de se démarquer des autres créateurs de contenus. « Tout le monde sait faire une vidéo avec un téléphone, une musique, une transition sur CapCut. Mais scénariser, écrire, c’est autre chose. C’est comme un court-métrage. » Sa marque de fabrique : l’acting, des saynètes courtes où il joue lui-même, déguisé en lutin de Noël, maquillé chez Yves Rocher, ou ressortant les poches pleines de chocolat chez Julien Guérault.
La preuve par les chiffres
Le format paye. Avec La Mie Câline, partenaire depuis six mois, Julien revendique « 10 à 15 clients supplémentaires par jour, sur un panier moyen de 10 euros. » Ce n’est pas (seulement) de la communication, les résultats sont concrets.
Autre exemple, plus cocasse : une vidéo tournée pour un loto à Saliès. « Elle a tellement bien marché qu’ils ont dû refuser 700 ou 800 personnes à l’entrée de la salle. » Sur ses trois réseaux, Procam81 enregistre aujourd’hui près de 700 000 vues cumulées, avec des cibles bien distinctes : les ados et jeunes adultes sur TikTok, les trentenaires sur Instagram, et « l’ancienne génération » sur Facebook.
Galérer, démarcher, convaincre
Tout n’est pourtant pas si simple. « Au début, je n’avais pas de maquette à montrer. Il a fallu convaincre. » Et à Albi, « les gens ne consomment pas comme dans une grande ville. Ils sont habitués au marketing traditionnel. L’acting, ça les déroute », témoigne le jeune homme. Alors, il mise sur la sincérité et le contact humain : « Je ne viens pas vendre une vidéo. Je viens t’aider à dynamiser ton commerce ! » explique-t-il à ses clients.
Son obsession du moment : montrer ce qu’on ne voit plus. « A Albi, tout est beau, il suffit de lever la tête. » Une horloge sur la place du Vigan, de vieilles poulies oubliées, des inscriptions effacées sur les murs… C’est la matière première de son format baptisé “Petits coins de paradis”, calibré pour les hashtags ultra-locaux. « Je veux mettre Albi sur la carte », résume-t-il, sans détour.
Et demain ?
Julien Laur voit déjà plus loin que la prochaine vidéo. Son objectif : faire grossir son agence, embaucher, sous-traiter à d’autres vidéastes du coin. « Il y a de la concurrence à Albi, mais il faut s’en servir pour s’organiser. Il y a tellement de talents qui méritent d’être vus », constate-t-il. Il souhaiterait également recevoir « de grandes personnalités », et organiser de A à Z un grand événement annuel.
Hisham Grégoire













