« Je suis content de pouvoir enfin l’emprunter mais pour l’instant, on ne peut y rouler qu’à 110 km/h sur un court trajet, j’ai hâte qu’elle soit définitivement terminée pour raccourcir mes trajets vers Castres ».
Croisé ce jeudi matin sur l’aire de covoiturage de la Tuilerie à Verfeil (Haute-Garonne), Patrick fait partie des premiers automobilistes à rouler sur l’A69. « Cela faisait dix ans que j’attendais cette autoroute, j’avais hâte » souligne celui qui a ainsi pu circuler sur une première portion de 9 km, entre Gragnague et Verfeil, de ce gigantesque projet controversé, qui reliera à terme Toulouse (Haute-Garonne) à Castres (Tarn).
Une ouverture symbolique
Après d’importants travaux commencés fin 2023, cet axe routier auparavant aménagé en deux fois une voie et limitée à 90 km/h est désormais une large bande de bitume comptant deux voies dans chaque sens, symbolisant le début de la liaison entre les deux grandes villes de Haute-Garonne et du Tarn.
Cette portion d’autoroute permet de relier la future A69 à l’actuelle A68 Toulouse-Albi. L’axe comporte désormais les panneaux bleus, symboles autoroutiers, et accueille aussi un nouvel échangeur créé au niveau de Verfeil.
« La circulation restera toutefois limitée à 110 km/h car les opérations se poursuivent sur la continuité de l’A69, dont la mise en service complète interviendra ultérieurement », précise Vinci Autoroutes, gestionnaire du réseau.
Ce jeudi matin, certains se réjouissent de pouvoir enfin poser les roues sur le début d’une réalisation dont la construction est encore farouchement combattue par d’autres. A l’image de Rose, une habitante de Gragnague qui ne masque pas sa colère.
« Depuis les travaux, la route passant sous le pont de l’autoroute est inondée à la moindre averse, gênant la circulation des bus, raconte cette quinquagénaire qui a manifesté contre l’A69. Cette autoroute ne sert à rien, n’amène que du bitume dans une zone où il y avait de la nature. Ils auraient mieux fait d’aménager la route déjà existante… ».
« J’ai l’impression qu’on passe encore en force »
Même consternation pour Nathalie qui déplore le coût financier de l’opération. « L’Etat n’a plus d’argent pour les écoles, les hôpitaux ou la justice mais il engloutit des millions d’euros dans cette autoroute qui va juste faire gagner 15 minutes de trajet, dénonce cette dynamique femme de 58 ans. En plus, la justice n’a pas fini de se prononcer sur le devenir du projet dans son ensemble donc j’ai l’impression qu’on passe encore en force ».
Chargé de la concession, Atosca assure que l’A69 sera mise en service mi-octobre malgré la saisine de la justice administrative par les opposants. Leur objectif est de faire annuler la décision rendue en appel le 30 décembre dernier, qui a permis la poursuite du chantier. Le Conseil d’Etat examinera le dossier, ainsi que le sursis à exécution, le 15 juin. Pour Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre à l’origine du recours, l’ouverture de la petite portion de 9 km est une non-information.
« Atosca communique beaucoup mais cette bretelle de l’A680 existait déjà et est payée par tous les automobilistes au péage de l’Union, souligne-t-il. Atosca donne l’impression que cela avance mais c’est encore une façon de forcer l’opinion en mettant tout le monde devant le fait accompli. Nous avons eu rapidement une date d’audience pour le Conseil d’Etat alors qu’il n’a été saisi que fin janvier donc nous restons confiants pour la suite judiciaire ».















