Un homme de 29 ans a été condamné à huit ans de prison ferme, ce jeudi, par le tribunal correctionnel de Toulouse, après un choc frontal mortel avec un motard, le 18 juin 2025, à Cintegabelle. Alcool, stups, vitesse. Et désertion des lieux du drame sans porter assistance à la victime.
« La France qui se lève tôt face à celle qui se couche tard ». Le président du tribunal correctionnel de Toulouse, Fabrice Rives, a résumé à sa façon le face-à-face mortel qui a placé sur la même route du destin, le 18 juin 2025, vers 4 h 15 du matin, un motard de 63 ans partant au travail et un fêtard de 28 ans rentrant de bringue.
Le corps projeté à 13 mètres du point d’impact
Comme à son habitude, Dominique s’était arraché à son lit à 3 h 30 avant d’enfourcher sa Honda pour rallier Colomiers (Haute-Garonne). Sur la RD 820, à hauteur de Cintegabelle, il a croisé le chemin de Sofian qui regagnait ses pénates en Citroën DS3 après avoir passé la soirée à boire avec un copain. Une ligne droite, limitée à 80 km/h, pelotonnée dans la nuit noire. Et soudain le choc. Effroyable.
Pour une raison que l’enquête n’est pas parvenue à établir avec certitude, Sofian s’est brusquement déporté de sa voie de circulation, percutant le sexagénaire de plein fouet. « La moto a été entièrement détruite, la voiture réduite à l’état d’épave », grimace le président. Le corps du motard, qui circulait à une vitesse normale selon l’expert, a été projeté à 13 mètres du point d’impact. Son casque a été arraché. Les dépistages pratiqués sur sa dépouille se sont révélés négatifs. Contrairement à ceux de l’automobiliste.
« Je ne me souviens de rien »
« Vous roulez 35 km/h au-dessus de la limite autorisée, sous stups, avec probablement 1,8 g d’alcool dans le sang (taux reconstitué a posteriori, NDLR) », énumère le président. Le prévenu « ne (s)e souvien(t) de rien ». La vodka ? Pour son ami. « Moi, j’ai bu quelques bières ». Sa boîte de vitesses était bloquée en quatrième, comme s’il cherchait de la puissance pour doubler un hypothétique véhicule, d’ailleurs jamais retrouvé.
Que fait Sofian après le choc ? Se précipite-t-il au chevet de l’usager qu’il vient de percuter ? Appelle-t-il les secours ? Rien de tout cela. « Pour moi, je m’étais encastré dans un arbre ». « À moins qu’un platane ne traverse la route en pleine ligne droite… », raille la procureure. Et c’est ce qui donne à cette affaire une connotation assez désagréable. Des témoins rallient la scène. Le jeune homme affirme vouloir… rentrer chez lui. Il les convainc qu’il n’était que passager de la voiture accidentée. Que le conducteur est parti car il avait bu.
« J’ai juste eu peur pour mon permis »
« La moto était à trois mètres de votre véhicule ». « Je ne l’ai pas vue », soutient-il. Il empêche un témoin de faire demi-tour. Par crainte de causer un nouvel accident ? Ou pour éviter qu’il ne voie le corps gisant sur le bas-côté ? « Je ne savais pas que j’avais percuté quelqu’un. Moi, j’ai juste eu peur pour mon permis ».
La nuit noire empêche les témoins d’apercevoir le motard. L’un d’eux raccompagne Sofian chez son ami. « Il s’est passé deux heures et demie avant que quelqu’un n’alerte les secours et que l’on retrouve la victime », s’indigne Fabrice Rives. « Soit il a vu la victime et il a pris la fuite, soit il a choisi de ne pas aller regarder car il savait ce qu’il allait voir et l’a laissée pour morte », s’indigne Me Ioana Massonnat, en partie civile. Deux des enfants de Dominique assistent à l’audience. Le destin s’acharne sur eux. Dix ans plus tôt, ils avaient déjà perdu leur mère dans un accident de moto.
Interdiction de passer le permis pendant dix ans
Avec ses huit condamnations au casier, dont quatre pour des infractions routières, Sofian est « un délinquant routier », selon le parquet. Le délit de fuite et la non-assistance à personne en danger sont contestés par la défense. « Sa bêtise le dispute à l’inconscience, il est responsable de ce décès, c’est une évidence », concède Me Marie-Hélène Pibouleau, qui plaide « l’absence de certitudes » sur le reste de la prévention.
Conformément aux réquisitions de la procureure, Sofian a été condamné à huit ans de prison, avec maintien en détention. Son permis de conduire a été annulé, avec interdiction de le repasser pendant dix ans.













