EXCLUSIF. Alors qu’il pensait terminer ses jours paisiblement, Serge Bacou, véritable légende française de la moto, est au cœur d’un incroyable scandale de recouvrement. Trente-cinq ans après avoir contracté un prêt, il a été saisi de toutes ses économies par des commissaires de justice de Toulouse. L’ancien champion a pourtant été blanchi par la justice en novembre 2020 dans une décision qui n’a pas fait l’objet d’un appel. Malgré ce jugement, il s’est vu saisir près de 60 000 € au mois de mars 2026. Le père de famille vit désormais avec moins de 1 000 € par mois. Ce sportif a engagé un avocat pour déposer plainte pour escroquerie et réclamer les sommes illégalement saisies.
« Je suis victime de harcèlement de la part d’escrocs », tempête Serge Bacou. Cet ancien septuple champion de moto, également légende du rallye Dakar où il a terminé deuxième dans des conditions héroïques, vit une drôle d’aventure. Plus de trois décennies plus tard, une société de recouvrement lui réclame une ardoise colossale de près de 60 000 €. Malgré un jugement définitif en sa faveur, des commissaires de justice de Toulouse viennent de ponctionner la somme dans ses économies. L’homme de 79 ans, qui vit d’une petite retraite, n’a plus rien et crie au scandale.
Son ancienne épouse contracte un prêt sans qu’il s’en aperçoive
L’affaire démarre au début des années 1990. À cette période, le champion vit à Tours où il dirige une concession automobile. C’est alors que son épouse contracte, à son insu, un prêt auprès du Crédit de l’Est pour finaliser les travaux d’une bibliothèque, engageant la société de Serge Bacou comme caution solidaire. « Notre commerce marchait bien, elle ne m’a pas consulté, nous étions mariés. C’était normal », analyse l’amateur de deux-roues.
Mais quelques mois plus tard, le couple se sépare. Et Serge décide de partir vivre dans le Sud, étant originaire du Lauragais. Sa concession est vendue, sa maison aussi. L’argent est partagé avec son épouse.
24 ans sans nouvelle puis le début des problèmes
Entre 1993 et 2017, l’ancien motard professionnel vit paisiblement malgré une toute petite retraite, d’environ 950 €. Le 26 septembre 2017, c’est la douche froide. Serge croit même à un canular. Ce jour-là, une société basée à Paris lui écrit pour réclamer plus de 30 000 € et autant d’intérêts. « Cette entreprise s’est présentée comme celle qui avait racheté les actifs du Crédit de l’Est. J’ai appris, par cette lettre, que ma femme avait contracté un crédit en 1991. Nous l’avions complètement oublié depuis le temps et après notre séparation chaotique. Le 8 novembre 1993, d’après ce courrier, j’avais été condamné à payer cette somme mais le jugement n’était jamais arrivé jusqu’à moi », explique cet homme.
Très vite, il s’organise. « Je n’avais pas d’argent pour rembourser ça. J’ai donc fait une procédure de surendettement et nous sommes allés devant le tribunal judiciaire de Toulouse ». Le 17 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Toulouse tranche : la créance est déclarée prescrite, le juge constate aussi que la société parisienne est incapable de prouver qu’elle détient légalement ce titre.
« H20 guettait mes comptes depuis 2017, c’est complètement fou ! »
À la fin de l’année 2025, Serge voit poindre une excellente nouvelle. Une ancienne assurance-vie, dont il avait oublié l’existence, va lui être versée : 42 000 €. À peine apparus sur ses comptes, ces fonds sont déjà menacés de saisie.

En février 2026, la société H20, des commissaires de justice toulousains désignés par l’entreprise parisienne, tente une saisie. « H20 guettait mes comptes depuis 2017, c’est complètement fou ! », estime la légende de la moto. Pour répliquer, Serge brandit le jugement. La saisie est annulée… mais relancée un mois plus tard ! Cette fois, l’établissement bancaire cède aux injonctions des officiers ministériels et déleste l’ancien champion de toutes ses économies. « Ils m’ont tout pris alors que les jugements montrent que je suis dans mon droit. Cette entreprise n’a jamais prouvé que je lui devais de l’argent », dénonce-t-il.
Une plainte pour escroquerie ?
Comment une saisie reste-t-elle possible face à un jugement devenu définitif ? La question est désormais au cœur de la riposte judiciaire du retraité. Nous avons contacté son avocat, Maître Jacques Derieux, qui nous a confirmé préparer une plainte pour escroquerie et une procédure civile en répétition de l’indu. Les commissaires de justice, sollicités par La Dépêche du Midi ce lundi soir, n’ont pas souhaité commenter leur action, nous renvoyant vers la chambre régionale des commissaires de justice. Une relance par SMS auprès du représentant de l’institution est également restée lettre morte.











