Alors que l’institution judiciaire subit les secousses de l’affaire Lyhanna, la mère d’une victime présumée de Jérôme Barella, soupçonné d’avoir violé sa fille, déplore l’inaction de la justice. Son avocat attaque l’État, les enquêteurs et les procureurs.
« Tous les lundis matin, j’appelais au téléphone la gendarmerie de Fleurance et de Lectoure (Gers) pour savoir où en était la plainte pour viols commis sur ma fille de 11 ans, que j’avais déposée le 22 août 2025 contre Jérôme Barella. Et un gendarme, je ne sais pas lequel, me répondait qu’il allait déposer plainte contre moi si je continuais à le harceler. »
Accablant, sidérant. Cette plainte n’a jamais abouti à l’interpellation de Jérôme Barella, malgré le rapport médical attestant des traces de viols sur la fillette, abusée « une dizaine de fois ». Neuf mois plus tard, cet homme de 41 ans est accusé d’avoir tué Lyhanna, 11 ans, à Fleurance (Gers), sans avoir été inquiété auparavant.
L’onde de choc suscitée par cette affaire n’en finit plus de faire vaciller l’institution judiciaire, accusée d’inaction. Ce mardi 9 juin, Audrey (prénom d’emprunt), au bord des larmes, prend courageusement la parole à double titre. D’abord pour sa fille, « que je n’ai pas su protéger », et « pour Lyhanna et ses parents ».
Dans le bureau de son avocat, Pierre Debuisson, à Toulouse, cette infirmière en arrêt de travail entame un nouveau combat au nom de tous ces enfants victimes d’abus sexuels. « Pour qu’il n’y ait plus d’autres affaires Lyhanna et pour que l’État comprenne qu’il faut protéger les enfants. C’est pour cela que j’ai décidé de parler, pour tenter de changer les choses et pour que l’on m’apporte des réponses. »
Au club de taekwondo
En 2024, Audrey habite Auch (Gers) avec sa fille Rosa. « Elle était inscrite dans un club de taekwondo et fréquentait les deux filles de Jérôme Barella. Un homme qui parvient à lier une amitié avec moi, poursuit Audrey. Pour moi, c’était un papa comme un autre qui s’occupait de ses filles et allait les chercher après le sport. » En toute confiance, sa fille Rosa participe à des soirées pyjama au domicile de Jérôme Barella, à Montestruc-sur-Gers.
« Puis, je décide de déménager à Plaisance-du-Touch (près de Toulouse), pour des raisons personnelles. » Selon elle, Jérôme Barella le vit mal, menace de se suicider et n’accepte pas le départ d’Audrey et de sa fille.
En août 2025, alors que la petite famille s’installe dans son nouveau logement, Rosa se confie à sa mère. « Je dépose plainte le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch. » Après les premiers actes d’urgence, la procédure est renvoyée au parquet d’Auch, territorialement compétent, pour poursuivre les investigations. Mais rien ne se passe, malgré le rapport accablant de la médecine légale et des experts psychologues qui corroborent les accusations de l’enfant.
Plaintes en série
« On a affaire à des enquêteurs et des magistrats fainéants et paresseux qui ne travaillent pas assez », fustige Pierre Debuisson. « Certes, la majorité n’est pas comme cela, mais dans cette affaire nous sommes en face de fonctionnaires totalement désinvestis. On doit revenir à une justice simple et plus humaine. Le problème est collectif ! »
Le pénaliste, engagé dans d’autres dossiers contre le fléau du harcèlement scolaire, invite l’institution judiciaire à se ressaisir. Face, selon lui, à des dysfonctionnements majeurs à l’origine du drame de Lyhanna, il annonce déposer une plainte contre l’État « pour faute lourde », devant la justice administrative. Puis, contre les enquêteurs, le procureur de Toulouse et d’Auch, pour « non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui ». Enfin, il entend poursuivre le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, devant la Cour de justice de la République, organe compétent pour juger des membres du gouvernement.
« La justice n’a pas fait son travail, moi, je ferai le mien en allant au bout de mon combat », prévient Audrey d’un filet de voix chevrotant. Parole de mère.












