Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, a répondu aux questions de La Dépêche du Midi ce mardi 9 juin 2026, après la mort de Lyhanna dans le Gers et sur les graves défaillances apparues à l’origine de ce drame.
La Dépêche du Midi : L’institution judiciaire est pointée du doigt après la mort de Lyhanna dans le Gers. Un drame qui suscite effroi et indignation générale après la découverte de son corps, jeudi 4 juin 2026. On a le sentiment que ce drame aurait pu être évité si les procédures avaient été plus rapides, plus efficientes, notamment après une plainte pour viol visant Jérôme Barella. Or, cet homme n’a jamais été inquiété. Est-ce vraiment un problème de sous-effectif et de moyens si ce dossier n’a pas été traité avec la célérité requise ? Quelle analyse en faites-vous ? S’agit-il d’un problème structurel ou d’une mauvaise appréciation de la part des magistrats et des gendarmes ?
Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice : Je veux avant tout avoir une pensée pour Lyhanna, sa famille, ses proches et pour les autres victimes. L’institution judiciaire a failli à protéger une enfant de la République, c’est un échec collectif de l’État. La mission d’inspection commune (ministère de la Justice, ministère de l’Intérieur et ministère de l’Éducation nationale) devra faire toute la lumière sur les graves dysfonctionnements ayant conduit à ce drame. Le premier rapport sera rendu dans un délai très rapide, le 19 juin, et ses conclusions seront publiques. Nous devons cette transparence aux familles des victimes et aux Français. Il existe manifestement des problématiques systémiques dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs et il nous faut revoir toute l’organisation de la chaîne pénale afin de mieux accompagner et protéger les victimes.
Au-delà de ces défaillances, il peut exister des responsabilités individuelles. Seule la mission d’inspection pourra trancher cette question. Le ministre a annoncé qu’il demanderait des enquêtes sur les responsabilités individuelles s’il y en a et qu’il prendrait des sanctions, y compris en saisissant le Conseil supérieur de la magistrature pour ce qui est des magistrats.
Néanmoins, la recherche d’éventuelles responsabilités ne doit pas remettre en cause l’action indispensable de toutes celles et ceux, magistrats et enquêteurs, qui luttent au quotidien pour notre sécurité commune.
Personne ne conteste que la justice manque encore de moyens, et cela même si le budget de la justice est passé de 7 milliards d’euros en 2017 à 11 milliards en 2026. Par exemple, le tribunal d’Auch a vu un nouveau substitut du procureur arriver en septembre 2025 et, sur l’ensemble de la cour d’appel d’Agen, ce sont quinze nouveaux magistrats qui sont arrivés sur les quatre dernières années. De plus, dans cette affaire particulière, pour l’heure, rien ne permet de dire qu’avec des moyens supplémentaires ce drame aurait pu être empêché.
L’avocat de la mère qui avait déposé plainte en août 2025 pour viol contre Jérôme Barella annonce un dépôt de plainte contre l’État pour faute lourde et contre Gérald Darmanin, ministre de la Justice. Comment réagissez-vous ?
Il est légitime que les victimes et leurs familles soient en colère et qu’elles souhaitent des réponses face à des manquements de l’État. La justice est saisie et il lui reviendra de donner suite à ces plaintes en toute indépendance.
Que faut-il améliorer dans la chaîne judiciaire pour que les plaintes concernant des viols sur mineurs soient traitées plus rapidement alors que tous les outils existent déjà ?
Le ministre de la Justice a convoqué, lundi 8 juin, l’ensemble des procureurs généraux afin de leur demander de passer en revue l’ensemble des 70 000 plaintes connues de la justice pour des faits de violences sexuelles sur mineurs. Aussi, d’ici le 14 juillet 2026, l’ensemble des parquets de France vont devoir reprendre ces dossiers avec les enquêteurs afin de s’assurer que toutes les mesures de protection de nos enfants sont mises en place et d’éviter un nouveau drame.
Cette affaire Lyhanna peut-elle déboucher sur une refonte en profondeur de l’appareil judiciaire en France ?
Le Premier ministre a annoncé que le gouvernement allait faire de nouvelles propositions dans le cadre des débats sur le projet de loi sur la protection de l’enfance porté par Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, et présenté en Conseil des ministres il y a dix jours. Notamment, l’accélération des actes d’enquête concernant les dossiers de violences sexuelles sur mineurs, en fixant un délai de trois mois. Le gouvernement souhaite également porter l’aggravation des peines en cas de viols sériels, la modification des règles de prescription ou encore la meilleure information des victimes tout au long de la procédure.












