La polémique enfle à Castres. La nouvelle municipalité menée par Florian Azéma a décidé de retirer de la programmation culturelle la pièce « Passeport », d’Alexis Michalik, consacrée au parcours d’un réfugié érythréen. Une décision assumée par le maire RN, mais vivement critiquée par l’auteur, qui dénonce une « sélection idéologique » de la culture.
À peine quelques mois après son élection à la tête de la mairie de Castres, Florian Azéma se retrouve au cœur d’une polémique culturelle. Le nouveau maire RN a décidé de ne pas maintenir dans la programmation municipale la pièce « Passeport », écrite et mise en scène par Alexis Michalik. Le spectacle devait être présenté en février 2027 dans la ville tarnaise, mais ne figurera finalement pas dans la future saison culturelle. Une décision qui a rapidement suscité des réactions dans le monde culturel et politique.
Une pièce qui raconte le parcours d’un réfugié
Créée par Alexis Michalik, figure incontournable du théâtre français contemporain, « Passeport » suit le parcours d’Issa, un jeune Érythréen laissé pour mort dans la jungle de Calais. Amnésique, il tente de reconstruire son identité à partir de son seul passeport retrouvé sur lui. Accompagné de plusieurs compagnons d’infortune, il affronte les démarches administratives et cherche à obtenir un titre de séjour en France.
À travers cette histoire, l’auteur aborde les thèmes de l’exil, de l’identité, de l’intégration et de la quête de soi. Dans sa note d’intention, Alexis Michalik précise pourtant qu’il ne considère pas son œuvre comme un manifeste politique. « Ce n’est pas un théâtre militant ou documentaire, mais une histoire humaine qui s’adresse à tous », écrit-il sur Facebook. Récompensé à plusieurs reprises aux Molières, l’auteur est notamment connu pour les succès « Edmond », « Le Porteur d’histoire » ou encore « Une histoire d’amour ».
La mairie réfute toute « annulation »
Dans un communiqué publié le 10 juin, la mairie de Castres conteste les accusations de censure formulées après le retrait de « Passeport ». Elle affirme qu’aucun contrat n’avait été signé avec la production de la pièce et qu’il n’existait qu’un accord de principe validé par l’ancienne municipalité. La ville estime donc qu’il est « abusif » de parler d’annulation ou de déprogrammation.
La municipalité rappelle également que la programmation culturelle relève des choix de la majorité en place et assume les modifications apportées depuis son arrivée à la tête de la ville en mars dernier. Elle dénonce enfin une « polémique artificielle » alimentée, selon elle, par « un certain milieu pseudo-culturel » et assure être « fière » de la programmation culturelle qui sera prochainement proposée aux Castrais.
Alexis Michalik réagit publiquement
L’auteur n’a pas tardé à répondre. Dans un message publié sur Facebook, Alexis Michalik s’est dit préoccupé par cette décision. « Passeport raconte des parcours d’exil, d’identité, d’intégration. Elle est jouée depuis plusieurs années partout en France », rappelle-t-il. L’auteur souligne également que le spectacle suscite régulièrement des débats et des échanges avec le public. « Chacun est libre de l’aimer ou de ne pas l’aimer. Mais chacun devrait aussi être libre de le voir », écrit-il.
Dans la suite de son message, le dramaturge va plus loin et exprime son inquiétude face à ce qu’il considère comme une remise en cause de l’indépendance artistique. « La liberté de création et l’indépendance de la programmation culturelle ne sont ni de droite ni de gauche. Elles constituent l’un des fondements de notre vie démocratique », affirme-t-il. Il ajoute espérer que la décision pourra être reconsidérée.
« Un outil de sélection idéologique »
C’est surtout la conclusion de son message qui retient l’attention. Alexis Michalik appelle à rester « collectivement vigilants face à toute tentative de faire de la culture un outil de sélection idéologique plutôt qu’un espace de rencontre, de dialogue et de débat ».
Une formule qui a largement circulé sur les réseaux sociaux depuis sa publication. Pour ses soutiens, le retrait de « Passeport » pose la question de la place accordée aux œuvres abordant des sujets sensibles ou politiques.
Une opposition locale critique
À Castres, certains élus de l’opposition dénoncent également ce choix. Guillaume Arcese, élu divers droite, estime que la décision dépasse largement la simple question d’une programmation culturelle. « Les sujets abordés dérangent peut-être la municipalité actuelle », a-t-il déclaré à Ici Occitanie.
Selon lui, « c’est un débat politique qui glisse sur la scène culturelle et artistique ». L’élu considère que les œuvres doivent pouvoir être présentées au public, même lorsqu’elles abordent des thèmes qui divisent.
Christophe Ramond dénonce une « culture sous surveillance idéologique »
Le président du Conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond, a également réagi à la décision de la municipalité castraise. Dans un communiqué publié ce mardi, il estime que le retrait de « Passeport » dépasse largement le cadre d’un simple choix de programmation. « La culture n’appartient pas aux élus. Elle n’est pas un outil de propagande au service du pouvoir du moment. Elle doit rester un espace de liberté, d’émancipation et de pluralisme », affirme-t-il.
Pour l’élu socialiste, la déprogrammation de l’œuvre d’Alexis Michalik constitue « un acte politique assumé » qui interroge la place accordée à la liberté de création. « Dans une démocratie, on répond à une œuvre par le débat, jamais par l’effacement », poursuit-il. Christophe Ramond dit refuser « une conception de la culture sous surveillance idéologique » et défend « une culture libre, indépendante du pouvoir politique, ouverte à toutes les sensibilités et à tous les regards ». Selon lui, l’affaire dépasse le seul cas de la pièce « Passeport » et touche à « une certaine idée de la République » fondée sur la liberté de création et le pluralisme des idées.
Un débat appelé à se poursuivre
Cette controverse intervient alors que plusieurs villes dirigées par le Rassemblement national font régulièrement l’objet d’une attention particulière concernant leurs choix culturels. À Castres, l’affaire dépasse désormais le seul cas de « Passeport ». Elle soulève des questions plus larges sur la liberté de création, l’autonomie des programmateurs culturels et le rôle des élus dans les choix artistiques financés par les collectivités.
En attendant, la pièce poursuit sa tournée dans de nombreuses salles françaises. À Castres, sauf revirement de la municipalité, le public ne pourra finalement pas découvrir sur scène l’histoire d’Issa et son parcours d’exil. Une décision qui continue de faire débat bien au-delà des frontières du Tarn.
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