Rigueur budgétaire ou austérité ? Le débat est ouvert au conseil métropolitain de ce jeudi 18 juin. Face à la baisse des dotations de l’État et au coût croissant de la ligne C du métro, élus de la majorité et de l’opposition s’opposent sur les choix financiers et les investissements à venir.
Austérité. Le mot est dans la bouche de tous les élus en ce jeudi 18 juin, jour de conseil métropolitain, durant lequel ils ont adopté le compte administratif 2025 et le budget supplémentaire de l’année 2026. Mais si ceux inscrits dans l’opposition dénoncent « un budget austéritaire », leurs collègues de la majorité n’ont pas la même lecture des lignes comptables.
Un budget sérieux ou austéritaire ?
Le constat est unanime et redondant depuis plusieurs années : les dotations de l’État s’amenuisent et les ponctions sur les collectivités augmentent, engendrant un budget contraint pour la Métropole. Pour Julien Cadieu, coprésident du groupe Demain Toulouse, tous les voyants sont au rouge : « Après avoir fait exploser les dépenses d’investissement de plus 120 millions d’euros sur l’année 2025, juste avant les Municipales, vous entérinez une véritable saignée de 164 millions d’euros une fois les élections passées. Et la baisse perdurent les années suivantes. » C’est pour lui la traduction d’une « cure austéritaire ».
Un choix assumé par la majorité, qui réfute cependant le terme d’austérité : « Oui, nous avons fortement investi en 2025, à hauteur de 454 millions d’euros, soit 52% de plus qu’en 2021 », précise Vincent Terrail-Novès du groupe Métropole d’Avenir, qui reconnait qu’au vu du contexte international et des contraintes imposées par le Projet de loi de finances 2026, il faut réduire la voilure et faire des arbitrages. « Il s’agit là non pas d’une mesure d’austérité mais d’une gestion sérieuse », explique Jean-Luc Moudenc. « Nous devons maintenant réajuster nos investissements, en priorisant certains projets, et ce pendant trois ans. A partir de 2029, nous retrouverons des marges de financements », poursuit le président de Toulouse Métropole, estimant être ainsi « dans une totale transparence ».
La faute à la ligne C du métro ?
Des arbitrages qui, selon l’opposition, sont largement dus à la ligne C du métro. « En 2016, vous aviez annoncé un coût de 2,7 milliards d’euros. Aujourd’hui, nous constatons que le montant du projet se monte à plus de 3,7 milliards d’euros », démontre Sophie Boubidi, du groupe Métropole Écologiste. Un surcoût que la majorité ne conteste pas, mais qu’elle explique : « Il s’en est passé des choses en 10 ans ! L‘augmentation des coûts des matériaux, le retour de l’inflation, le relèvement des taux d’intérêt d’emprunts », liste Jean-Luc Moudenc.
Sans compter l’évolution du projet en lui-même : « Au début, ce métro ne devait concerner que Toulouse. Désormais, il est métropolitain (la ligne desservira les villes de Colomiers, Blagnac et Labège, NDLR) ce qui a doublé le linéaire », recontextualise le président de l’intercommunalité, pour qui « il n’y a pas de dérapage ! » Un surcoût qui intervient alors même que l’État n’a jamais autant ponctionné la collectivité. « Dans le Projet de loi de finances 2026, les intercommunalités ont contribué à hauteur de 54%, et pour celui de 2027, Bercy a des intentions négatives vis-à-vis des collectivités », détaille le président de Toulouse Métropole. Mais pour la majorité, les investissements sur la ligne C en valent la peine : « Un effort de quatre ans pour un service de plus d’un siècle ! » met en perspective Jean-Luc Moudenc.
Des arbitrages à définir
Mais les projets prioritaires ne sont pas les mêmes pour tous les élus. Karine Traval-Michelet, présidente du groupe Métropole Solidaire, Écologiste et Démocratique, s’interroge : « Quelle va être l’évolution de la fiscalité, à court et moyen terme ? Quels vont être les financements des services essentiels comme la collecte des encombrants, le ramassage des déchets verts, les travaux de voirie et les grands projets structurels ? » Sur quels postes la collectivité va-t-elle faire des économies pour équilibrer son budget ?
Les Écologistes préconisent, sans grande illusion, d’abandonner en priorité les projets qu’ils jugent écocides tels le Boulevard urbain Ouest, rebaptisé PIMSOT, ou la Jonction Est. Tandis que Marc Péré, le maire de L’Union (non inscrit) suggère plutôt de revoir le taux de la Cotisation foncière des entreprises (CFE) et de reconsidérer celui du Versement Mobilité (contribution patronale, dont s’acquittent toutes les entreprises qui emploient au moins 11 salariés, et qui est vouée à financer des projets de transport en commun), « qui représente 60% des recettes annuelles de Tisséo, dont les finances sont aujourd’hui catastrophiques ». Il demande plus précisément que ce dernier passe de 2% à 3%.
La majorité au travail
Une proposition qui fait consensus. Et que Jean-Luc Moudenc s’engage à porter en tant que président de France Urbaine, association qui rassemble les grandes métropoles et agglomérations de France. « C’est l’un des combats que je vais mener », assure-t-il, dénonçant une « forte et scandaleuse inégalité », l’Île-de-France percevant à elle seule 6,2 milliards d’euros par an grâce à ce prélèvement, quand le reste de l’Hexagone se partage 6 milliards d’euros. Une source de recettes importante qui échappe pour l’instant à la collectivité, qui rappelle les efforts qu’elle consent déjà en n’augmentant pas les impôts et en maîtrisant ses dépenses de fonctionnement.
Des pistes de réflexion pour adapter le budget métropolitain aux contraintes financières imposées par l’État qui, pour la majorité, est en partie responsable des difficultés que rencontrent Toulouse Métropole. L’autre partie étant due aux impacts du contexte économique national et international, imprévisibles. Mais si tous les élus ne sont pas d’accord sur l’identité du ou des responsables d’une situation financière tendue, tous consentent qu‘il faudra faire des choix. Lesquels seront privilégiés par la collectivité ? Les premiers arbitrages devraient être connus au dernier trimestre 2026.











