De nombreuses familles ukrainiennes logeant dans le centre d’hébergement de Cornebarrieu, géré par l’association Entraide protestante et financé par l’État, doivent quitter leur logement. L’association n’a plus de financements et ferme le centre, la préfecture de la Haute-Garonne assure que « ces dispositifs exceptionnels n’ont pas vocation à être maintenus dans la durée et le public ukrainien a vocation à être intégré dans les dispositifs de droit commun ». En clair, l’État ne finance plus l’hébergement des Ukrainiens.
La fin des aides au logement pour les familles ukrainiennes, pour la plupart en France, depuis le début de l’invasion de l’armée russe et de la guerre en Ukraine (24 février 2022) qui entre dans sa cinquième année ? Il semble que les services de l’État ne souhaitent plus maintenir de tels dispositifs. Confirmation, mercredi 17 juin, de la préfecture de la Haute-Garonne qui rappelle les règles en vigueur pour les ressortissants ukrainiens accueillis dans le département : « Déployés pour répondre à l’urgence, ces dispositifs exceptionnels n’ont pas vocation à être maintenus dans la durée et le public ukrainien a vocation à être intégré dans les dispositifs de droit commun, conformément aux directives nationales et européennes ».
Le centre d’hébergement ferme définitivement
À Cornebarrieu, près de Toulouse, l’association Entraide protestante, qui avait obtenu des aides de l’État pour gérer un centre d’hébergement accueillant actuellement trente-quatre personnes, a dû se rendre à l’évidence. Les familles ont toutes reçu le même courrier de l’association leur demandant de trouver une solution d’ici la fin du mois de juin, « le centre d’hébergement doit fermer définitivement ses portes […] en raison de la fin des financements ».
« En fait, il n’y a plus de financement »
« En fait, il n’y a plus de financement, on n’est plus financés par l’État. Donc là, aujourd’hui, on essaie de trouver une solution pour chaque famille », confie la directrice de l’Entraide protestante, Christèle Amigues. Pour de nombreuses familles ukrainiennes, qui n’ont pas eu le temps de se retourner, c’est la douche froide et l’inquiétude de devoir changer à nouveau de logement.
« Des pressions importantes sur certaines personnes »

Sous couvert d’anonymat, une Ukrainienne évoque l’angoisse de ses compatriotes du centre d’hébergement de Cornebarrieu face à un nouveau saut vers l’inconnu. « Selon de nombreux témoignages recueillis auprès des résidents actuels et anciens, des pressions importantes seraient exercées sur certaines personnes afin qu’elles quittent leur hébergement. Ces pressions prendraient différentes formes : menaces, intimidations psychologiques ou informations présentées de manière alarmante concernant leurs droits et leur avenir administratif. Officiellement, les structures gestionnaires affirment avoir accompagné avec succès l’intégration et le relogement des personnes concernées. Pourtant, dans les faits, plusieurs résidents indiquent n’avoir reçu aucune solution de logement alternative avant leur départ. Certaines personnes se seraient simplement entendues dire de quitter l’hôtel et de contacter le 115 pour chercher un hébergement d’urgence ».
« On essaie de mettre tout en œuvre pour leurs droits »
Pour Christèle Amigues, la réalité est plus nuancée : « Depuis trois ans, on a accueilli je ne sais combien de familles, explique-t-elle. Pour beaucoup, on a réussi à les orienter vers du logement social. On essaie de mettre tout en œuvre pour qu’ils aient des droits pour aller vers du logement social. Et aujourd’hui, les familles pour lesquelles on a des difficultés, c’est parce qu’à un moment donné, il y a eu un problème d’accès aux droits. Certaines familles souhaitant pouvoir faire des allers-retours en Ukraine n’ont pas voulu faire les démarches nécessaires ».
200 Ukrainiens sur 300 ont trouvé à se reloger
Natalia, une Ukrainienne arrivée en France en avril 2022 et dont la santé s’est dégradée « après une grave infection », assure avoir reçu depuis février des « menaces répétées de perte d’hébergement, fondées sur ce qui m’a été présenté comme un refus de logement. Le 11 mai dernier, avec ma fille, on a dû quitter notre logement en présence de la police. L’expulsion s’est déroulée avec brutalité et une absence totale d’humanité que je n’aurais jamais imaginées dans un pays comme la France. Ma fille et moi, nous avons été mises à la rue ». Depuis, Natalia vit dans l’instabilité.
34 personnes sans hébergement spécifique
La préfecture de la Haute-Garonne affirme avoir pris les choses en main concernant les familles sans logement. « L’association Entraide protestante, avec l’appui des services de l’État, accompagne les 34 personnes restant en hébergement spécifique vers une solution de logement », indique la préfecture, notant « une très forte mobilisation des bailleurs sociaux du département pour trouver des solutions pour reloger les personnes ». Depuis le début de la guerre, sur 300 Ukrainiens venus s’installer en Haute-Garonne, 200 ont trouvé un logement pérenne.











