Ils n’ont pas pénétré dans leur maison depuis un an. Le 20 juin 2025, l’effondrement du plancher d’une maison au 6, rue Massé à Toulouse (Haute-Garonne), causée par le passage du tunnelier construisant la future ligne C, a bouleversé la vie d’une dizaine d’habitants du quartier Bonnefoy. Certains résidents des Massé et Béteille vivent toujours dans un relogement temporaire, sans savoir quand ils pourront rentrer chez eux. Pour interpeller sur cette situation, le collectif des propriétaires de ces deux rues va manifester le 27 juin au jardin Bonnefoy.
Éric Muller, propriétaire d’un appartement dans une résidence du 5, rue Béteille, a déménagé six fois en un an. Le relogement des sinistrés est pris en charge par Tisséo Ingénierie, constructeur de la troisième ligne de métro, mais la lassitude et la colère dominent chez cet artiste de variété âgé de 65 ans. « Avant l’effondrement, je voulais vendre mon bien, mais depuis un an, tout est bloqué et je n’ai aucune visibilité puisqu’on ne connaît toujours pas les résultats des études sur le sous-sol et les bâtiments, peste-t-il. Je n’ai pas accès à mes meubles, mes centaines de disques et DVD. Ma vie tient dans deux valises. Nous devons avancer les loyers qui nous sont ensuite remboursés mais quelquefois, il faut courir après Tisséo pour l’obtenir ».
La lassitude se fait aussi sentir chez Rodolphe Arthaud, évacué et relogé depuis un an puisque sa maison est mitoyenne de celle qui s’est effondrée. Pour lui, chaque entreprise, Tisséo et ses sous-traitants, se renvoie la balle, rejetant la faute sur l’autre. « Les sondages sont en cours alors qu’il y avait eu des signes de fragilité du sous-sol avant le passage en avril 2025 du tunnelier, rappelle ce professeur de lycée dont la compagne a dû abandonner ses activités artistiques et associatives faute de matériel. Quand on est malade, le médecin ne met pas un an pour mettre son thermomètre ! C’est l’assurance de Tisséo qui paye et nous, on reste sans réponse sur le jour où nous pourrons enfin retrouver nos maisons ».
« C’est comme un château de cartes qui risque de faire bouger le reste »
Tisséo Ingénierie assure comprendre l’impatience des habitants et confirme l’expertise en cours, avec des forages et essais tomographiques pour vérifier l’état du sol et savoir si le bâti doit être consolidé. La maison du 6, rue Massé devra sûrement être démolie puis reconstruite. « Nous attendons les conclusions du bureau d’études mais cette maison s’appuie sur les autres donc c’est un peu comme un château de cartes qui risque de faire bouger le reste », détaille Jean-Jacques Laporte, responsable de chantier de la ligne C.
« Les délais ont été longs car il fallait l’autorisation de tous les propriétaires pour intervenir dans leur jardin. Nous espérons avoir l’expertise sur le bâti au début de l’été, puis il faudra peut-être réaliser des travaux sur les maisons des personnes relogées donc c’est difficile de donner une date de retour pour eux ». Aucune date n’est avancée pour l’expertise judiciaire qui doit déterminer les responsabilités de cet effondrement.






