Accusée de mépris et d’opacité par les locataires de la cité Georges-Hyon, la mairie de Toulouse tente d’apaiser le dialogue. Rejetant toute volonté de délogement autoritaire, l’élu à l’urbanisme Jean-Baptiste de Scorraille promet des échanges individuels puis collectifs après la remise d’une étude d’urbanisme. S’il reconnaît de possibles maladresses de communication, il maintient le cap de la densification urbaine, jugée indispensable pour résorber la pénurie de logements, tout en confirmant la sauvegarde de 15 logements. Interview.
La pétition des locataires de la cité jardin Georges Hyon approche les 2 000 signatures : prenez-vous en compte cette mobilisation citoyenne dans vos arbitrages ? C’est une pétition importante, ce qui a été décidé, effectivement, c’est que nous allions nous entretenir avec chaque locataire individuellement. Dans cette cité, il y a 32 logements individuels : 17 devraient être démolis et 15 conservés. Nous avons mis en place, par l’agence d’urbanisme, l’AUAT, une étude qui est en cours sur le devenir du site. Une fois cette étude réalisée, nous pourrons poursuivre la concertation et organiser une réunion avec les habitants pour discuter de l’ensemble des points demandés et des éléments issus de cette étude.
Les locataires demandent à être reçus en groupe, pouvez-vous le prendre en compte ?Dans un premier temps, je vous le confirme, nous ferons donc un examen individuel de chaque cas, puis une réunion collective suite à l’étude de l’AUAT.
Les locataires n’ont pas apprécié que leurs logements soient qualifiés de « vétustes » et vous invitent à vous rendre sur place, irez-vous ? Je ne suis pas contre. Ce n’est pas tant la vétusté ; ce terme a peut-être été mal employé. Ce qui est important de voir dans ces logements, nous avons des habitations qui ne sont plus en adéquation avec les exigences actuelles. C’est la réalité du temps qui passe. Aujourd’hui, il faut penser à tout ce qu’il convient de faire pour lutter, dans les années à venir, contre la chaleur et contre le changement climatique.
Les locataires proposent d’étudier une réhabilitation maison par maison avec isolation extérieure : cette alternative à la démolition est-elle envisageable ?Il semblerait que le coût de la réhabilitation soit nettement supérieur à ce qui serait nécessaire pour faire, en réalité, un bâtiment neuf.
Donc c’est plutôt non ?Non. Il faut voir ce que donnera cette étude et être capables d’en faire une analyse pour savoir ce qui sera le plus efficace et le plus économique à l’heure du changement climatique. À l’heure actuelle, il semblerait, je dis bien, il semblerait, que le coût de la réhabilitation de ces logements soit nettement supérieur à celui d’une démolition-reconstruction.
Ces habitations datant de 1930 figurant dans les parcours de visites de l’Office de Tourisme, n’est-ce pas la preuve de leur valeur patrimoniale. À l’échelle d’une ville comme Toulouse, n’est-il pas possible de les conserver ?Vous avez raison : c’est un passé important de la ville de Toulouse, comme il y en a eu dans de nombreux quartiers. Et il y aura tout de même 15 maisons qui seront conservées. L’idée, c’est de conserver une partie de ce patrimoine, mais il faut aussi prendre en compte le fait que nous avons actuellement 40 000 demandes de logements sociaux dans la ville de Toulouse. Il faut être capable d’accueillir ces personnes.
Justement, les locataires ont calculé que dans un rayon de 300 m autour de leur cité, 704 logements avaient été construits, sans compter les 1 300 logements construits sur l’ex-site du CEAT et les 620 prévus sur l’ex-site d’Orange. Il faut reconnaître qu’en matière de densification, le quartier a donné ? Je suis d’accord. Ce quartier connaît de grands changements typologiques. Je tiens à préciser qu’Orange a vendu son site à un promoteur privé et je rappelle que sur Toulouse nous devons répondre à la demande de 40 000 logements. Il y a donc un moment où chacun doit prendre sa part et je sais que ce qui est fait dans ce quartier est important, mais il le sera tout autant dans d’autres quartiers de Toulouse. Aussi, je préfère dire la vérité aux gens : oui, Toulouse, dans les années à venir, et pas seulement ce quartier, connaîtra une hausse de l’urbanisation
Que répondez-vous aux habitants qui affirment avoir perdu confiance envers leur bailleur et disent être traités avec mépris face aux décisions prises ? Là, je ne peux pas répondre à la place du bailleur. Le but, c’est que les choses soient le mieux possible. Qu’il y ait eu des maladresses, c’est possible ; on peut l’entendre, comme il peut y en avoir partout. Mais il est hors de question de mépriser qui que ce soit. Au contraire, il s’agit de proposer à certaines personnes, si elles le souhaitent, un logement beaucoup plus qualitatif et capable de faire face aux fortes chaleurs
Compte tenu de leur âge, le projet de délogement est vécu douloureusement. Comment prenez-vous en compte ce fait ?L’idée n’est pas d’imposer à qui que ce soit de partir ou de faire ceci ou cela. L’idée est d’essayer, bien sûr, d’améliorer les logements de chacun et de permettre aussi à ceux qui le souhaitent de rester sur place. Mais, au-delà de cela, il faut aussi tenir compte du fait qu’il faut densifier et trouver des logements pour ces 40 000 demandeurs actuellement en attente.











