Une enquête vidéo au sujet des activités de la chaîne Legend et de Guillaume Pley, son animateur aux 3,75 millions d’abonnés, a été supprimée sur YouTube. La demande de censure provient d’un autre vidéaste, proche collaborateur de Guillaume Pley. L’auteur de l’enquête, le Toulousain TPZ, dénonce une « censure ».
Sa vidéo enquête promettait des révélations sur le média en ligne Legend et son animateur, Guillaume Pley. Sorti ce dimanche 2 août, le documentaire du vidéaste toulousain TPZ a été supprimé de la plateforme YouTube au bout de quelques heures seulement. Pour TPZ, joint par La Dépêche, il n’y a aucun doute : « On cherche à nous empêcher de faire des révélations sur les dessous du système Legend ».
De Bernard Arnault à Mathieu Pigasse, en passant par Nicolas Sarkozy, les hommes politiques comme les entrepreneurs se pressent ces derniers mois dans les fauteuils de Legend, le média de Guillaume Pley, 41 ans. Le succès de l’animateur et fondateur de la chaîne YouTube repose sur une recette imparable : des titres aguicheurs pour des histoires hors-normes et des invités que tout le monde s’arrache. « Elle quitte son copain, il revient pour la tuer et la brûler », propose par exemple la chaîne aux près de quatre millions d’abonnés. À la clé : un entretien fleuve de cinquante minutes où le jeune animateur fait face à son invitée.
Un Toulousain face au géant de YouTube
La chaîne Legend est aujourd’hui devenue un incontournable du paysage médiatique, forte de près de quatre millions d’abonnés. De quoi susciter l’intérêt du créateur de contenus TPZ, Toulousain aux 126 000 abonnés sur la plateforme YouTube. Le jeune homme originaire du Gers voisin, propose habituellement à ses abonnés des enquêtes fouillées, menées avec des journalistes professionnels, sur les rouages d’Internet.

Comme l’explique TPZ à La Dépêche du Midi, l’idée initiale, née il y a près d’un an, consistait simplement à analyser l’essor des podcasts en France et les modèles économiques qui les entourent. Mais, de fil en aiguille, le créateur et son équipe croisent le chemin de nombreuses personnes ayant travaillé avec Guillaume Pley. Le récit commun de ces témoins, dépeignant des expériences professionnelles et personnelles « particulièrement lourdes », a irrémédiablement transformé le projet. « On a l’impression de sauter dans un puits sans fond et on se retrouve, un an après, avec une enquête d’une heure et quart, parce qu’on est rentrés dans un écosystème dévorant », confie le créateur toulousain.
« On est poussé au burn-out »
Dans son enquête documentaire, TPZ recueille plusieurs témoignages d’anciens collaborateurs de Guillaume Pley qui décrivent un environnement de travail toxique au sein de Legend. « Toutes les équipes ont une pression sur les épaules, presque 24 heures sur 24. C’est à dire qu’on s’endort avec des (messages) vocaux de Guillaume, et on se réveille avec des vocaux de Guillaume », se souvient ainsi un de ces témoins, sous anonymat. « On est poussé au burn-out. Il y en a plusieurs qui sont partis pour ça », assure-t-il encore. Un autre abonde : « La pression était devenue constante. Il me faisait souvent sentir que je lui devais tout. »
Le travail de TPZ, il l’assure, s’inscrit dans une « démarche journalistique ». La vidéo du Toulousain est donc initialement publiée ce dimanche 2 août sur la plateforme YouTube, mais elle est supprimée au bout de quelques heures à peine. En cause : une réclamation pour atteinte aux droits d’auteur déposée par un autre créateur de contenus qui occupe également un poste de direction au sein d’Influx. Cette agence de communication gère les placements de produits des influenceurs et coproduit justement le format Legend de Guillaume Pley, avec d’importants moyens financiers. La réclamation ayant entraîné la censure visait l’utilisation dans l’enquête de TPZ d’un bref extrait « de quatorze secondes » d’une interview de ce créateur, proche collaborateur de Guillaume Pley, avec Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies.
Une suppression contraire à la loi ?
Une disposition juridique, l’exception de courte citation, prévoit pourtant qu’un auteur ne peut s’opposer à l’utilisation d’un bref extrait de son œuvre si celui-ci est intégré dans une démarche critique ou d’information. C’est précisément ce droit qui entre ici en conflit direct avec le système de protection des ayants droit sur YouTube qui supprime toute utilisation non autorisée du contenu d’un tiers. TPZ dénonce une faille béante de la plateforme exploitée, selon lui, pour faire taire la critique visant une des principales chaînes YouTube françaises.
Une enquête de 1h15 du créateur TPZ sur le média Legend et l’agence de créateurs Influx vient d’être censurée sur YouTube
Dans la vidéo, il revient notamment sur la trajectoire du média et sur les agissements en coulisses de son animateur Guillaume Pley. À la fin de l’enquête,… pic.twitter.com/0AcW8fqPjj
— Charles Villa (@charlesvillaa) August 3, 2026
Mais pas de quoi le décourager. Accompagné par Lucas L., journaliste professionnel chargé des questions déontologiques et éditoriales, le vidéaste a souhaité s’entourer d’une équipe de spécialistes. Un cabinet d’avocats ainsi que deux co-auteurs, Gaspard Cazin et Allan Simon, participent également à la consolidation du propos. « Nous libérons une information via une nouvelle méthode, avec des gens qui sont déterminés à dénoncer, à lancer des alertes. On est très rigoureux, on fait super attention, on n’invente rien », veut rassurer TPZ.
Des chefs d’entreprise prêts à débourser 62 000 euros pour un entretien sur Legend
« On a l’impression de vivre un abus de pouvoir, ils ne se seraient pas comportés ainsi envers Blast ou Le Monde, parce qu’ils savent très bien qu’on n’a pas les mêmes moyens », s’indigne le vidéaste. Contacté par La Dépêche du Midi, Google France, propriétaire de YouTube, n’a pas donné suite à notre sollicitation. Également sollicitée par La Dépêche, l’agence de Guillaume Pley et co-productrice de Legend, Influx, n’a pas davantage donné suite.
Ce n’est pas la première fois que la galaxie Legend attire l’attention de la presse. Récemment, le quotidien Le Monde s’était déjà intéressé aux activités du nouveau média à la mode. Dans leur enquête, nos confrères révélaient les rouages financiers de la chaîne de podcasts et la manière dont cet écosystème monétise son audience, au travers de nombreux placements de produits comme les vêtements portés par l’animateur star. Selon eux, des chefs d’entreprise iraient jusqu’à débourser 62 000 euros pour s’asseoir dans les fauteuils du média.
Aujourd’hui, soutenus par des milliers d’internautes et de nombreux journalistes sur les réseaux sociaux, TPZ et son équipe préparent la rediffusion de son enquête. Membre élu de la commission des écritures et formes émergentes à la Société civile des auteurs multimédia (Scam), le Toulousain l’assure : « On va aller jusqu’au bout pour en faire une jurisprudence fondatrice ».














