Pendant l’intersaison, de plus en plus de joueurs décident de réaliser une préparation physique individualisée avant la reprise officielle. C’est le cas de Thomas Ramos ou de Dorian Aldegheri qui se sont rendus pendant plusieurs semaines dans le centre Sport Performance Mouvement à Tournefeuille. Leur préparateur physique, Louis Strasfogel, nous explique pourquoi.
Après le retour d’une bonne partie de l’effectif lundi 3 août, une autre vague de retour est prévue aujourd’hui à Ernest-Wallon. Antoine Dupont et Romain Ntamack sont notamment attendus, tout comme Thomas Ramos ou Dorian Aldegheri. Les deux derniers nommés ont cependant décidé de réaliser une préparation physique individuelle avant la reprise officielle (qui sera aussi marquée par une grosse dose de physique). Louis Strasfogel, le préparateur qui a suivi les deux hommes ainsi que Clément Vergé au centre de coaching Sport Performance Mouvement à Tournefeuille, raconte pourquoi de plus en plus de joueurs choisissent de s’infliger des heures de foncier supplémentaire avant de reprendre le rugby.
Pourquoi certains rugbymen choisissent de faire une préparation individualisée avant la reprise officielle ?
La première chose, c’est qu’ils ont besoin d’arriver de plus en plus en forme au début de la saison. Avant, ils avaient du temps pour monter en charge. Maintenant, il faut qu’ils arrivent en forme le plus tôt possible. Parce qu’il y a de la concurrence, il faut se montrer auprès de l’entraîneur et tout ça. En l’occurrence nous, cet été, nous suivons des joueurs en équipe de France, des joueurs dits « protégés » (Aldegheri, Ramos). Donc ils reprennent une semaine plus tard que la majorité du groupe. Ils ont 5 semaines de vacances mais 5 semaines d’arrêt total de sport, c’est pas possible. Donc ils ont besoin de reprendre un peu plus tôt de leur côté, pour arriver autant en forme que les premiers qui ont repris en club. Et puis c’est une prépa qui est individualisée. Eux, ils se connaissent bien, donc ils savent de quoi ils ont besoin, des problèmes qu’ils ont eus pendant l’année. Ils ont besoin d’avoir quelque chose d’individualisé sur une période très ciblée, donc des choses qu’ils n’ont pas le temps de travailler pendant la saison.
Les rugbymen se mettent donc une charge supplémentaire de travail physique, n’est-ce pas dangereux ?
Normalement, si c’est bien fait, ce n’est pas censé avoir d’effet négatif car justement on prend le temps. La charge n’est pas imposée et on peut adapter au jour le jour. Donc normalement ça ne peut être que bénéfique parce que tu as le confort de faire tout ce que tu n’as pas l’habitude de faire et de poser des bases que tu n’as pas forcément l’habitude de développer en saison. C’est à la structure d’être intelligente, d’être à l’écoute du sportif, mais aussi de comprendre la base de son physique sur laquelle il pourra se reposer pour le reste de la saison. Donc le but, ce n’est pas de le tabasser sur ses points faibles, de dire voilà, tu es très rigide, on va travailler ta mobilité au point de possiblement te blesser, mais d’en intégrer pour que tout soit homogène.

Vous avez travaillé avec Clément Vergé qui a repris l’entraînement il y a une semaine, vous a-t-il fait un retour ?
On a été en contact lors de ses premiers jours parce qu’ils avaient notamment un Bronco – un exercice physique très ciblé et redouté chez les rugbymen en pré-saison. Et on a besoin de savoir si ça s’est bien passé. Physiquement, les joueurs s’attendent à être bien sur tel ou tel point. On a toujours des retours. En général, on est en contact avec la structure (le Stade Toulousain en l’occurrence) au début de la prépa. Les joueurs ont un programme pendant les vacances. Donc les sportifs nous donnent leur ressenti, mais ils nous envoient aussi ce que leur club leur demande. Comme ça, nous, on sait sur quoi ils sont attendus. Et le but, ce n’est pas de les mettre en porte-à-faux par rapport à leur club. C’est que quand ils arrivent, ils soient capables de répondre aux exigences de leur structure. Et s’ils ont pu en faire un peu plus, tant mieux.
Le Bronco justement, est-ce la préoccupation majeure des joueurs au moment de la reprise en club ?
Les joueurs nous en parlent forcément parce que l’objectif c’est de battre son record tous les ans, parce que ça fait des années qu’ils le font, le but c’est d’améliorer ton temps sur le Bronco. Ça donne aussi le résultat de tout le temps que tu as passé à travailler pendant les vacances.
Pour les joueurs, les vacances c’est aussi le moment où on relâche la pression et où il peut y avoir des excès… Réaliser une préparation physique individuelle c’est aussi un moyen d’éliminer les folies de l’été ?
Il y a de ça oui bien sûr. Mais les mentalités sont en train de changer, pas forcément pour tout le monde, mais les saisons, elles sont dures, donc il faut les récupérer. Il y a toujours la fin de saison où on profite, ce sont lors des premiers jours où ils vont profiter. Mais ils savent que ça peut vite dégénérer aussi. S’ils font traîner les excès trop longtemps, la remise en route est quand même plus dure et plus longue. Et on revient toujours sur le même principe où comme disent beaucoup de sportifs, le sport à haut niveau a changé. Il faut être prêt tout de suite. Avant, il y avait les premiers matchs amicaux pour se mettre en route et les premiers matchs de championnat pour arriver sur les gros matchs importants en forme. Là, maintenant, ils savent que dès les matchs amicaux, il faut être en forme pour montrer à l’entraîneur qu’on est prêt.
Quand avez-vous remarqué que les mentalités des sportifs de haut niveau avaient commencé à changer ?
Il y a peut-être quatre ans, un peu après la période Covid, les athlètes ont commencé à se préparer dans leur coin, à travailler un peu plus leur physique. Puis il y a aussi plus de matchs avec les matchs internationaux et tout ça. Donc les joueurs ont une plus grosse charge. Maintenant, ils savent qu’ils sont obligés de se préparer. Par exemple, Thomas Ramos, lors des coupures ou sur les semaines off du stade, il vient au centre pour faire du travail annexe. Ce ne sera pas une charge en plus phénoménale, mais il reste dans le rythme. Il décompresse mentalement et psychologiquement, mais physiquement il garde le rythme. Comme on a pu le voir au Tour de France où sur une journée off, les mecs vont quand même pédaler un petit peu.
Y a-t-il des exercices en particulier que vous proposez à tous les sportifs ?
Non, c’est individualisé, il y a des mouvements qui sont propres à chaque joueur sur lesquels on va plus travailler puisqu’ils ont des besoins différents. Après, la prépa physique, ça reste pousser, tirer, sauter, courir, faire des squats… les mouvements restent la même chose. Après, c’est l’organisation dans la séance. Il y a des petits mouvements d’assistance qui sont différents. La mobilité en début de séance est spécifique mais après on reste quand même sur des choses… il n’y a pas de secret tout le monde fait la même chose et c’est juste dans l’organisation, dans les consignes sur les points où on veut taper un peu plus, sur des groupes musculaires où il y a des faiblesses et tout ça mais chaque joueur connaît ses mouvements. Puis il y a des joueurs qui ont des mouvements de performance en club qui vont faire ça toute la saison parce qu’ils savent que ça leur développe leurs points forts et qui sont à l’aise là-dessus. Et d’autres mouvements qui leur seront bénéfiques aussi, mais qui peuvent déclencher un peu plus de fatigue sur certains groupes. Du coup, ils ne les font pas. Nous, ici, quand on a le temps de récupérer, on a le temps d’étaler sur la semaine, on va peut-être passer un peu plus de temps sur ces mouvements-là pour qu’ils voient autre chose, qu’ils travaillent dans d’autres angles et qu’ils soient de plus en plus robustes au fur et à mesure des années. Mais après, on n’a pas de secret en intersaison. On fait quelque chose quand même assez simple. Il y a juste des domaines dans lesquels on passe plus de temps que d’autres.











